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La requête de Bettez se retournera-t-elle contre lui?

Il s’expose à être contre-interrogé sur le meurtre de Cédrika Provencher

La requête de Bettez se retournera-t-elle contre lui?
Photo d’archives

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Jonathan Bettez prend le risque d’être publiquement questionné sur le meurtre de Cédrika Provencher en réclamant plus de 10 millions $ à la Sûreté du Québec. 

• À lire aussi - La famille de Jonathan Bettez a raison de poursuivre la SQ, selon des avocats 

« En déposant sa poursuite, [Bettez] réactive toute l’affaire. La Sûreté du Québec pourra le contre-interroger sur ses agissements [relativement à la mort de la petite Cédrika]. Il ouvre une boîte de Pandore, c’est un couteau à double tranchant », explique la juge retraitée Nicole Gibeault.  

Jeudi, Jonathan Bettez, ses parents et l’entreprise Emballages Bettez ont déposé une poursuite civile de 10 454 500 $ contre la Sûreté du Québec (SQ).  

Ils allèguent que la police provinciale a ouvert une enquête de pornographie juvénile contre Bettez « sans preuve ni raison valable et pour un motif oblique », dans le but d’alimenter celle sur la disparition et le meurtre de Cédrika Provencher.  

« Cette conduite hautement répréhensible de la SQ [...] a eu des conséquences extrêmement lourdes sur la famille Bettez, dont certaines irréparables », peut-on lire dans la poursuite civile dont Le Journal a obtenu copie.  

La disparition de Cédrika Provencher, en 2007, avait secoué le Québec. La SQ avait rapidement ciblé Bettez comme principal suspect. Les enquêteurs avaient même tenté sans succès de lui extirper des aveux dans le cadre d’une opération d’infiltration étalée sur 25 scénarios.  

Terrain glissant  

La découverte des ossements de la fillette de 9 ans à Saint-Maurice, en 2015, avait ravivé l’enquête, et c’est dans ce contexte que la SQ l’a arrêté sans mandat pour possession et distribution de pornographie juvénile.  

Le hic, c’est que la preuve a été recueillie illégalement, a statué le juge Jacques Lacoursière en octobre dernier, au palais de justice de Trois-Rivières, si bien que Bettez a été acquitté.  

Comme ce dernier n’a jamais été accusé de meurtre, les chances d’entendre sa version étaient bien minces, jusqu’à jeudi.  

« Si jamais la poursuite civile se retrouve à procès, il va devoir témoigner sur tout ce qui est pertinent au dossier, rappelle l’avocat Walid Hijazi. Il s’avance sur un terrain glissant. »  

Entente ?  

Il n’est bien sûr pas à exclure que les parties en arrivent à une entente à l’amiable. La plupart du temps, ce genre d’accord hors cour est confidentiel.  

« S’il y a un procès civil, on peut supposer que la couverture sera phénoménale, explique le professeur titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l’UQAM Bernard Motulsky. »  

Et c’est durant ces audiences que Bettez devra expliquer le lien entre les dommages qu’il dit avoir subis et les agissements des enquêteurs.  

« Beaucoup d’informations pourraient être dévoilées. C’est là qu’on va en apprendre davantage sur l’affaire Cédrika Provencher », conclut la juge retraitée Gibeault.  

Martin Provencher, le père de la petite Cédrika, n’a pas souhaité commenter l’affaire.  

Extraits de la poursuite   

  • « Jonathan Bettez a perdu la possibilité de reprendre les rênes de l’entreprise familiale, [...] il est maintenant isolé socialement et professionnellement et vivant de l’aide sociale. »  
  • « Sa réputation a été à tout jamais ternie. Il s’agit d’un cas sans précédent. L’étiquette de pédophile et de tueur d’enfant lui a été accolée. »  
  • « [Les parents de Jonathan Bettez] ont aussi fait l’objet de vandalisme à leur domicile [...], on a laissé un nœud coulant sur leur propriété et encouragé la mort de leur fils. » 

ÉCOUTEZ l'entrevue de la juge retraitée Nicole Gibeault sur QUB radio: