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Témoins de Jéhovah: un ordre de la cour pour transfuser un enfant de 5 ans, malgré l'opposition des parents

Les parents sont témoins de Jéhovah et ils s’y opposaient

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Le CHU de Québec a obtenu un ordre de la cour pour procéder à une transfusion sanguine sur un enfant de cinq ans à laquelle ses parents, témoins de Jéhovah, s’opposaient.  

L’enfant, qui souffrait de troubles respiratoires nocturnes et avait de la difficulté à avaler et à manger, devait subir l’ablation des amygdales le 30 juillet dernier. 

Le CHU, pour des questions de confidentialité, n’a pas confirmé au Journal si l’opération avait eu lieu comme prévu. 

Si les parents de l’enfant consentaient à l’opération, ils avaient aussi demandé à l’hôpital de respecter leurs croyances religieuses. 

Or, le recours à au moins une transfusion sanguine était inévitable selon l’hôpital, qui s’est adressé aux tribunaux. 

Valérie Larouche, hémato-oncologue pédiatrique qui assure le suivi de l’enfant depuis 2014, a donc témoigné devant la Cour supérieure le 23 juillet. 

 

  • Manon Boyer, la tante d’Éloise Dupuis, morte au bout de son sang lors d’un l’accouchement, était à l’invitée de Richard Martineau sur QUB radio: 

 

Problème d’anémie

Elle a précisé que l’enfant souffrait d’anémie chronique. Son hémoglobine n’était qu’à 76 g/l, la normale à cet âge étant de 120 g/l, et qu’un taux de 100 g/l était nécessaire pour précéder de manière sécuritaire à la chirurgie. Il devenait donc essentiel qu’il reçoive une transfusion sanguine la veille de l’opération et il n’y avait pas d’autres options. 

La Dre Larouche a ensuite fait référence à des études faisant «état d’un taux élevé de complications chez des patients qui n’ont pas de transfusions». 

Si cette opération est considérée comme étant à «risque intermédiaire», ses complications «sont graves». «Le risque est alors significatif, pouvant aller de séquelles permanentes au décès.» Il était donc impossible d’entreprendre la chirurgie sans pouvoir, au besoin, recourir à des transfusions. 

Le jugement rapporte que «la mère est reconnaissante des soins dispensés à son fils, parce qu’en Afrique, elle croit qu’il serait mort. Elle craint cependant que le sang provenant de la transfusion soit souillé, que la transfusion puisse lui causer une maladie, par exemple le VIH.  

La Dre Larouche a répliqué que «cette situation est peu probable et que les bénéfices de la transfusion demeurent plus grands pour l’enfant». 

Les conclusions

Dans sa décision, la juge France Bergeron a souligné que «l’hôpital, s’il estime que cette décision des parents de ne pas consentir aux soins n’est pas justifiée, peut demander au tribunal d’intervenir» 

Elle justifie l’intervention du tribunal puisque «les convictions religieuses des parents et leurs valeurs entrent en conflit avec l’intérêt de l’enfant». 

La juge écrit que «la Cour suprême a établi que le droit à la liberté ne comprend pas le droit des parents de refuser à leur enfant un soin jugé nécessaire par le médecin, pour lequel il n’y a aucune autre solution». 

Elle a ajouté que la démonstration de la Dre Larouche quant à la nécessité des transfusions sanguines préopératoire et postopératoire, s’il y a complication, n’est pas contredite. 

La juge précise que l’intérêt de l’enfant doit primer sur les convictions religieuses de ses parents. «Il apparaît au tribunal que le refus de la mère et du père est injustifié», écrit-elle.  

Finalement, elle a autorisé le CHU de Québec à procéder aux transfusions requises au stade préopératoire, et jusqu’à 15 jours après la chirurgie en cas de complications. 

Les parents se sont représentés seuls, sans avocat. L’enfant est né au Québec en 2013, ses parents s’étant établis au pays en 2011.  

Pas une première  

Septembre 2017  

Le Centre universitaire de santé McGill obtient de la Cour supérieure qu’il puisse donner des transfusions sanguines à une adolescente de 14 ans qui les refusait. Elle recevait des traitements de chimiothérapie contre un cancer. 

Juillet 2017  

La Cour supérieure autorise les médecins du Centre Mère-Enfant de Québec (CHUL) à faire des transfusions à un bébé né 24 heures plus tôt avec une masse abdominale qui nécessitait une opération d’urgence. 

Décembre 2012  

La Cour supérieure autorise le CHU Sainte-Justine à Montréal à administrer une transfusion sanguine à un bébé de 14 semaines présentant une détresse respiratoire. 

Juillet 2011  

La Cour supérieure accède à la demande du CHU Sainte-Justine de procéder à des transfusions sanguines sur un bébé de 11 mois nécessitant une intervention chirurgicale.  

Mortes pour un refus  

12 octobre 2016  

Photo courtoisie

Éloïse Dupuis, 27 ans, décède six jours après son entrée à l’Hôtel-Dieu de Lévis, à la suite de complications après l’accouchement. Son conjoint a maintenu le refus de transfusion de celle qui était devenue semi-comateuse depuis deux jours en raison d’une forte sédation.  

3 octobre 2016  

Photo courtoisie

Mirlande Cadet, 46 ans, meurt deux jours après avoir subi une césarienne à l’Hôpital St. Mary de Montréal. Son conjoint avait finalement accepté la transfusion le 2 octobre. Le coroner Luc Malouin avait conclu qu’il était «impossible de déterminer de façon précise si le délai pour fournir des produits sanguins a eu un impact important».