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Ottawa prend « les grands moyens »

Yvon Charest est appelé à la rescousse pour piloter les négociations concernant le rachat du pont de Québec

Le secrétaire parlementaire Joël Lightbound ainsi que les ministres fédéraux Jean-Yves Duclos et François-Philippe Champagne ont confirmé, vendredi, la nomination de Yvon Charest (à gauche)  à titre de négociateur dans le dossier de la peinture du pont de Québec. Ils avaient convoqué la presse à l’Aquarium du Québec. Le maire Labeaume était aussi présent (à droite).
Photo Didier Debusschère Le secrétaire parlementaire Joël Lightbound ainsi que les ministres fédéraux Jean-Yves Duclos et François-Philippe Champagne ont confirmé, vendredi, la nomination de Yvon Charest (à gauche) à titre de négociateur dans le dossier de la peinture du pont de Québec. Ils avaient convoqué la presse à l’Aquarium du Québec. Le maire Labeaume était aussi présent (à droite).

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Incapable de s’entendre avec le CN sur le sort du pont de Québec, rongé par la rouille, le gouvernement Trudeau a confirmé, vendredi, qu’il est désormais « prêt à acquérir » l’infrastructure s’il le faut pour sceller le dossier.

Comme le révélait Le Journal vendredi, l’ancien grand patron d’iA Groupe financier, Yvon Charest, a été appelé à la rescousse comme négociateur spécial pour tenter de dénouer l’impasse.

M. Charest a accepté ce mandat à titre bénévole, comme il l’avait fait par le passé dans le dossier de l’amphithéâtre à Québec. Il devra présenter des recommandations finales au gouvernement « au début de 2020 », a-t-on précisé en point de presse à l’Aquarium, avec le pont vert-brun-gris en toile de fond.

Parmi les options sur la table, celle d’un rachat apparaît la plus probable selon les observateurs qui ont suivi le dossier de près, depuis 15 ans. Ottawa brandit aussi, pour la toute première fois, la menace d’une nouvelle loi pour obliger le CN à restaurer le pont centenaire.

« Aujourd’hui, on prend les grands moyens. Après neuf mois de négociations intenses, c’est la première fois, dans l’histoire, que le gouvernement fédéral accepte de mettre sur la table le rachat potentiel », a déclaré le ministre de l’Infrastructure, François-Philippe Champagne.

Présent à l’annonce, le maire Régis Labeaume a salué la nomination d’Yvon Charest, encensant son intégrité et son intelligence. Il s’est réjoui de la possibilité qu’Ottawa légifère « pour imposer une solution », ou de l’acquisition possible du pont. « Il est difficile de négocier quand le principal intéressé ne veut pas vraiment s’asseoir à la table », a-t-il lâché, au sujet du CN.

Yvon Charest a bon espoir de parvenir à un consensus avec les parties, heureux de pouvoir compter sur un éventail d’options. « Je pense que les gens qui m’ont engagé ont cru que je pourrais avoir un impact et c’est pour ça que j’ai accepté. Le CN, c’est une société publique. J’ai présidé une société publique pendant 18 ans. Je pense que je peux comprendre comment ces gens-là fonctionnent », a-t-il exprimé.

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La faute aux fonctionnaires

Les libéraux avaient promis, rappelons-le, de régler ce dossier six mois après leur arrivée au pouvoir en 2015. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’agir ainsi, à quelques semaines du déclenchement des élections fédérales ?

Le ministre Jean-Yves Duclos n’a pas hésité à pointer du doigt les fonctionnaires à Ottawa, qui ont freiné les ardeurs des élus. « La machine administrative n’était pas prête à nous accompagner », a-t-il répondu, évoquant des « progrès significatifs » et un virage majeur suivant l’arrivée de M. Champagne à la tête du ministère de l’Infrastructure en 2018.

Guilbault refuse de commenter

À l’approche de la campagne fédérale, la ministre responsable de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, a préféré s’abstenir de commenter, a-t-on indiqué à son cabinet.

« L’engagement du gouvernement du Québec est d’investir d’importantes sommes sur le tablier du pont [environ 200 M$] dans les prochaines années, ce que nous ferons », s’est limitée à dire son attachée, Amélie Paquet.

— Avec la collaboration de Marc-André Gagnon

Des réactions à l’annonce

« Ça a été une erreur historique de donner le pont au CN, puis le fédéral va la corriger. Yvon Charest est habile et intelligent. C’est clair qu’on a le bon cheval. »

— Luc Paradis, avocat à l’origine de la création du Forum sur l’avenir du pont

« On va attendre les résultats avant de se réjouir, mais on sent enfin une volonté de régler le dossier. Moi, je pense que la solution passe par le rachat du pont. »

— Michel L’Hébreux, conférencier et auteur d’un livre sur l’histoire du pont de Québec

« C’est un dossier qui s’est avéré peut-être plus complexe qu’on l’avait estimé à l’époque, mais ce que les gens vont retenir, surtout, c’est qu’aujourd’hui, on prend les grands moyens. Le message est clair. »

— François-Philippe Champagne, ministre de l’Infrastructure et des Collectivités

« Le pont est sécuritaire. Le CN s’est toujours assuré de faire les investissements requis pour assurer la pérennité et l’intégrité structurelle du pont. Nous avons toujours été ouverts à discuter de ce dossier avec le gouvernement fédéral. Nous allons contacter M. Charest dans les prochains jours. »

— Alexandre Boulé, porte-parole du CN

« Excellente nouvelle de voir Yvon Charest mandaté comme négociateur pour le gouvernement fédéral. Je pense que c’est quelqu’un qui va faire l’unanimité, qui est extrêmement respecté à Québec. »

— Sébastien Proulx, porte-parole du PLQ pour la Capitale-Nationale