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Quatre propositions pour éviter de déshabiller Carole pour habiller Caroline!

Garderie
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À la suite de ma lettre d’opinion, Steve E. Fortin a commenté mes propos. C’est nécessaire, car les échanges constructifs permettent de faire avancer la réflexion des uns et des autres. Sa réponse laisse toutefois plusieurs questionnements et je me permets de faire quatre propositions face aux problèmes qu’il exprime.  

1. Favoriser des débats sains pour apprendre à collaborer  

Comme s’il s’excusait de donner son avis, M. Fortin semble minimiser l’importance que des non-universitaires s’impliquent dans ce dossier. Or, c’est tout le contraire qui est souhaitable. Enfant, je croyais que les scientifiques étaient des Sages. Étudiant, j’ai vu l’envers du décor. Il y a de belles personnes, mais le contexte universitaire favorise trop les luttes d’ego et laisse peu de place à cette sagesse imaginée. Alors, il serait hasardeux de créer des conseils ou réserver les débats aux seuls érudits.     

En effet, notre société ne pourra être sage qu’à partir du moment où tous les citoyens s’impliqueront, justement, dans les débats sociaux pour construire une plus grande justesse dans les choix des décideurs et des gestionnaires. C’est d’autant plus important que certains fanatiques prennent beaucoup de place dans l’univers public... et, malheureusement, veulent réduire au silence les hommes et les femmes de bonne volonté, comme d’ailleurs Steve Fortin l’expliquait dans autre chronique (https://www.journaldemontreal.com/2019/08/21/les-censeurs).     

Et je dirais même, inquiétons-nous de certaines idées présentées comme consensuelles. Soit, elles sont édulcorées, soit on a fait taire la dissidence! Dans les deux cas, nous sommes perdants. En Sciences, aucune théorie ne peut englober l’ensemble des phénomènes humains. Et dans la société civile, aucune loi ne peut répondre à toutes les particularités.     

2. Favoriser la transparence pour solutionner les défis rencontrés sur le terrain  

Il cite plusieurs exemples qui montrent un manque de communication entre les deux réseaux. Il parle de «cannibalisation», là où je parlerais de maladresse et de manque de collaboration. Les faits qu’il rapporte sont d’autant plus importants que le devoir de loyauté fait en sorte que peu de personnes s’autorisent à signaler les situations problématiques. Même les chercheurs doivent parfois taire des données quand celles-ci viennent égratigner l’image d’une institution-partenaire de la recherche menée.     

Ses exemples traduisent cette regrettable lutte entre deux institutions, certes aussi méritoire l’une que l’autre. Or, il existe des tables de concertation qui regroupent notamment les CPE et les commissions scolaires dans plusieurs régions. Les municipalités pourraient en créer aussi pour que les gestionnaires se parlent et vérifient comment – dans chaque localité – il est préférable de répondre aux besoins des enfants. Il est à craindre que, dans l’exemple donné, les adultes aient perdu de vue leur mission: le bien de l’enfant!     

Les cégeps et les universités font aussi partie de ces tables de concertation. Cela devrait donc favoriser de meilleurs arrimages avec les formateurs de la relève, tant pour les CPE que pour les écoles. Apprendre à travailler ensemble. Certaines régions y arrivent mieux que d’autres. Nous devrions donc nous inspirer de ces belles réussites.     

3. En profiter pour transformer certains aspects du transport scolaire  

Ce n’est pas la première fois qu’on parle des craintes des chauffeurs d’autobus scolaires. Il est vrai que ces véhicules ne sont pas adaptés à la taille des jeunes enfants, mais je mentionnerais – encore pire – la violence psychologique que certains doivent subir de la part de leurs aînés. Depuis que je vis au Québec (27 ans), je n’ai jamais compris pourquoi on ne s’assure pas de la présence d’un adulte qui peut garantir une certaine surveillance dans les bus, afin de laisser le conducteur se concentrer sur la route.     

Le gouvernement libéral de Daniel Johnson avait, en 1994, eu l’idée d’offrir une expérience d’emploi aux personnes assistées socialement, mais aptes au travail, comme accompagnatrices dans les autobus scolaires. Les groupes de défense des bénéficiaires sont montés aux barricades médiatiques et l’idée est morte-née. Ce qui est bien dommage, car on aurait peut-être pu consolider certains emplois partiels dans les écoles, tout en offrant une meilleure sécurité dans les autobus scolaire, en impliquant des éducatrices des services de garde scolaires.      

Cela dit, le parent qui confie son enfant à un CPE ou à une garderie familiale se déplace personnellement pour conduire son enfant à ses activités journalières. J’encourage donc vivement à prolonger cette stratégie, non seulement pour les «maternelles 4 ans», mais aussi pour les «maternelles 5», voire pour le début du primaire. Cela permettra de réduire de nombreux cas d’intimidation traumatisant certains jeunes, car cette souffrance quotidienne affecte leur disponibilité aux apprentissages tant durant la journée de classe que lors de la période des devoirs et leçons à la maison.     

4. Respecter les besoins de l’enfant.  

M. Fortin expliquait que «des parents aussi choqués, déçus de voir leurs poupons dans une classe maternelle 4 ans au ratio 1-22 complètement mésadapté pour ce groupe d’âge. Est-ce la norme? Bien sûr que non, mais quand on ajoute ces nombreux écueils à la littératie concernant ces deux milieux pour le groupe 4 ans, cela donne à réfléchir».     

Il soulève deux points importants. D’une part, la tentation de ne pas respecter le ratio imposé par le MESS qui est, pour la maternelle-4-ans, de 2 adultes (une enseignante et une éducatrice diplômée) pour 17 enfants, ce qui avoisine le ratio des CPE 1-10 pour des enfants de 4 ans. Un ratio de 1-22 serait donc clairement une situation inacceptable pour ces enfants. Et je comprends l’inquiétude des parents. Cela dit, c’est un problème de «gestion», mais pas vraiment de «pertinence» quant à la création des maternelles-4-ans. Il y a donc une période un peu délicate qui, je l’espère, se résorbera dans quelque temps.     

Deuxièmement, il est important de rappeler que ce n'est pas une obligation d’inscrire son enfant en maternelle-4-ans pas plus que de créer une classe qui les accueillerait si l’école n’est pas prête. Toutefois, le fait que 22 enfants sont inscrits laisse entendre que 22 familles ont été intéressées par cette offre de services. Le tout est de s’assurer que cela se passe dans de bonnes conditions, et ce, d’autant plus si certains sont déjà vulnérables...     

Il mentionne enfin que nos CPE jouissent d’une belle reconnaissance. J’en suis heureux, car les éducatrices font un travail du tonnerre. Et je les en remercie. Toutefois, l’Institut des statistiques du Québec révélait, il y a quelques mois, que près de 28% des enfants de 4 ans étaient affectés par au moins une vulnérabilité dans l’une de ses 5 sphères de son développement. Or, il y a 6 ans, c’étaient seulement 21%.     

Ce n’est pas la faute des CPE, mais ils n’ont pas nécessairement assez de ressources pour faire face à cette réalité. Et quand bien même les CLSC offrent des services, ceux-ci sont brusquement arrêtés lorsqu’il y a un passage à l’école. C’est ainsi que ma position quant à la création des maternelles-4-ans tient au fait que cette mesure ministérielle en éducation est censée être attachée aux mandats de Lionel Carmant, ministre des Services sociaux.     

Il veut offrir du dépistage précoce et amener les services orthopédagogiques ou thérapeutiques disponibles dès l’entrée à l’école (au lieu d’attendre la fin du primaire), ce qui donnera lieu à une possibilité de suivi durant huit années! Ce sont ces enfants qui sont visés par l’ouverture de plus de classes maternelles, et ce, pas uniquement dans les quartiers défavorisés.     

En effet, il y a des écoles implantées dans des quartiers accueillant deux grands groupes sociaux (classe moyenne et milieu défavorisé) qui n’ont pas accès aux mesures de support adéquates, car certaines maisons cossues ou salaires raisonnables modifient l’accès aux ressources. Par exemple, j’accompagne une de ces écoles depuis plusieurs années. Elle vient de passer d’une cote «10» à une cote «7», ce qui affecte lourdement tout ce qui a été mis en place ces dernières années pour aider les enfants vulnérables. Autrement dit, offrir des services adaptés aux besoins sans référence à la cote socioéconomique d’une école est nécessaire pour le bien des enfants!      

Mais, il y aura toujours des enfants qui seront mieux en CPE ou en garderie familiale, voire à la maison avec des parents dévoués. On ne peut plus offrir un service mur-à-mur, car l’être humain est influencé par de multiples facteurs. Offrir une série de couleurs, accepter que la palette soit peut-être dans une situation transitoire pendant quelques mois, cibler les problèmes et offrir son meilleur là où on est fait partie de la solution pour aider les enfants en difficultés.     

Joël Monzée, Ph.D., Docteur en neurosciences
Directeur de l’Institut du développement de l’enfant et de la famille
Professeur associé, département de psychiatrie, Université de Sherbrooke