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Vivre sa passion de Gatineau à Izmir

Glenn Hoag cumule les postes d’entraîneur de l’équipe canadienne et de directeur technique du club Arkas Spor, en Turquie

De retour comme entraîneur-chef de l’équipe canadienne masculine, Glenn Hoag voit comme un avantage de travailler en Turquie de septembre à mai, ce qui pourrait l’aider dans le processus de qualification olympique.
Photo d’archives, Didier Debusschère De retour comme entraîneur-chef de l’équipe canadienne masculine, Glenn Hoag voit comme un avantage de travailler en Turquie de septembre à mai, ce qui pourrait l’aider dans le processus de qualification olympique.

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GATINEAU | Glenn Hoag n’apparaît dans aucune statistique de nos exportations parce que ce qu’il marchande à l’étranger ne se calcule pas en chiffres. Quand un entraîneur québécois en volleyball choisit de travailler en Turquie depuis neuf ans, on en conclut que c’est d’abord la passion qui dicte son quotidien.

L’homme de 60 ans, qui a repris en novembre dernier les rênes de l’équipe canadienne masculine, s’épanouit dans une double identité. De front, il cumule la mission de qualifier le pays aux prochains Jeux olympiques tout en dirigeant, de septembre à mai, le club professionnel Arkas Spor et son programme de volleyball de plus de 700 joueurs, situé à Izmir.

Loin de l’actualité sportive nord-américaine, dans une ville de 4 millions d’habitants sur les rives de la mer Égée, un entraîneur gagne sa vie dans un emploi atypique et pour une raison que lui seul peut expliquer.

« Passer du temps dans un gymnase, ça me rend bien. Dresser le profil d’un athlète et celui d’une équipe, j’adore. C’est encore ce que j’aime faire », dit-il simplement.

Propriétaire conciliant

Le jour de notre rencontre au centre national d’entraînement à Gatineau, le 7 mai, Hoag avait renoué la veille avec l’équipe canadienne. Quelques jours plus tôt, son club d’Izmir venait de perdre dans le match ultime de la finale de la ligue de Turquie. Avec une huitième finale en neuf ans marquée par trois titres nationaux, Hoag a encore enflammé les passionnés de smash dans sa ville d’adoption.

Le charme réciproque qui opère entre l’entraîneur québécois et le club d’Izmir ne se trouve pas seulement dans l’amphithéâtre bondé de 5000 spectateurs les soirs de match. La philosophie du propriétaire, Lucien Arkas, un riche armateur, y contribue.

« La direction du club est super. Souvent dans les clubs professionnels, la direction est axée beaucoup sur les résultats. Avec M. Arkas et les dirigeants, c’est surtout axé sur le développement. Ils veulent des résultats, bien sûr, mais ils nous donnent des moyens. Ils ont beaucoup de respect pour le directeur technique. Ils respectent mes décisions. Il y a des clubs où les dirigeants ne connaissent rien au volleyball, mais où ils vont quand même donner des directives comme celles qu’ils donnent dans leurs propres affaires », observe le Québécois qui, à titre de directeur technique, voit aussi à la formation des entraîneurs et des centaines de joueurs, de l’enfance à l’âge adulte.

« Le fait qu’il coache là-bas depuis tout ce temps démontre sa valeur internationale. Quelqu’un qui coache depuis aussi longtemps dans le même club, ça prouve qu’il est respecté parce que c’est souvent le jeu de la chaise musicale en Europe. Il y a peu d’entraîneurs qui demeurent au même endroit huit ans ou même 10 ans », donne à entendre Julien Boucher, directeur du Comité de haute performance à Volleyball Canada.

En famille

La vie dans cette ville côtière, qu’il juge plus libérale que celles conservatrices du centre du pays, sert bien ce géant de 6 pi 6 po. Appartement fourni, salaire autour de 250 000 $, encore deux années à son contrat, Hoag se réjouit d’avoir maintenant son épouse Donna avec lui.

Cette aventure à l’autre bout du monde leur permet de rattraper un peu du temps échappé durant les premières années de son expérience en Turquie. Durant deux ans, Donna était demeurée à Sherbrooke avec Nicholas, leur plus jeune fils qui fréquentait alors le cégep, pendant que Christopher étudiait à Calgary. On connaît la suite : Nicholas est devenu aujourd’hui l’un des piliers de l’équipe canadienne que dirige son père, quelques années après que Christopher eut laissé lui aussi sa marque dans la formation nationale.

Ce que Hoag entrevoit après trois ou quatre autres années de sa carrière internationale ne surprend pas. La vocation d’enseigner de ce maître, il y a des adolescents de l’Estrie qui la découvriront à leur tour.

« Après ma carrière internationale, j’aimerais continuer pour retourner à la base. Ce qui m’intéresse, c’est revenir au Québec pour travailler avec des cadets ou des juvéniles. J’aimerais prendre un club d’une école. Ce sera un autre défi. »

Une nouvelle approche pour de nouveaux défis

Glenn Hoag n’adopte pas la même approche avec ses joueurs de l’équipe canadienne que lors de son premier mandat.
Photo Alain Bergeron
Glenn Hoag n’adopte pas la même approche avec ses joueurs de l’équipe canadienne que lors de son premier mandat.

Même à 6 pi 6 po et à l’âge de 60 ans, Glenn Hoag fait la démonstration qu’un entraîneur peut encore grandir.

C’est un « leader » différent qui a accepté à l’automne dernier de prendre la relève de Stéphane Antiga, celui qui lui avait succédé à la tête de l’équipe canadienne masculine après les Jeux de Rio de 2016. Le patron, qui avait mis 10 ans pour redonner de la crédibilité au programme en le hissant jusqu’à la cinquième position au tournoi olympique, dit avoir changé.

9 joueurs de retour

Neuf des 12 joueurs qui ont vécu les Jeux de 2016 demeurent en lice pour participer à ceux de Tokyo en 2020 si l’équipe s’y qualifie. Ces gars ont mûri et ne sont plus les jeunots avec lesquels l’entraîneur devait serrer la vis et qui ont réussi à ramener le Canada masculin sur un terrain olympique après une absence de 24 ans.

« Quand je suis revenu, j’ai dit aux joueurs: je suis très conscient que vous avez changé. Certains gars avaient des appréhensions en raison de l’approche rigide que j’avais eue avec eux quand on a monté le programme. Durant cinq ou six ans, ce sont des joueurs que je devais amener à pouvoir se débrouiller sur un terrain international afin d’affronter les Brésiliens, les Russes, les Américains. Durant cette période-là, j’avais été assez rigide avec les gars. Il fallait vraiment que j’en fasse des guerriers », rappelle-t-il.

« Maintenant, la plupart des joueurs de mon groupe jouent dans de bons clubs en Europe et s’ils sont autant en demande, c’est parce qu’ils sont devenus de bons joueurs. Avec cette évolution, je suis bien conscient que ce ne sera pas la même approche. Et je leur l’ai avoué. Par contre, il y a aussi une urgence et il ne reste pas beaucoup de temps pour espérer se qualifier. »

Le « meilleur sur la planète »

Quand Stéphane Antiga a annoncé qu’il quittait ses fonctions pour des raisons familiales, Volleyball Canada n’a pas effectué une longue tournée pour lui trouver un remplaçant. Glenn Hoag avait tricoté toutes les mailles du programme jusqu’en 2016, ce qui faisait de lui la première option.

« Ça n’aurait pas été évident d’amener un nouvel entraîneur au milieu du cycle olympique pour préparer l’équipe à la qualification. Glenn connaissait le système, c’est lui qui l’avait mis en place. C’était le candidat le plus logique sur la planète », explique Julien Boucher, directeur de la haute performance.

Un parcours musclé jusqu’à Tokyo

Le Canada est de retour dans l’élite mondiale du volleyball masculin, mais sa présence aux Jeux olympiques de Tokyo servira à le prouver.

Les Canadiens ont raté une première occasion de se qualifier, il y a deux semaines en Chine, où l’Argentine a remporté un tournoi à quatre équipes pour s’assurer d’un laissez-passer aux Jeux de 2020. En vertu du classement mondial au 1er janvier dernier, le Canada (6e) avait été désigné dans le même groupe que l’Argentine (7e), la Finlande (18e) et la Chine (19e).

Deuxième chance

Cinq autres tournois disputés simultanément – réunissant le total des 24 meilleurs pays au monde – ont réglé une première sélection de six équipes pour le tournoi olympique avec les victoires du Brésil, des États-Unis, de l’Italie, de la Pologne et de la Russie. Ces six formations rejoignent le Japon, qualifié d’office à titre de pays hôte.

Les Canadiens devront maintenant remporter le tournoi de la conférence NORCECA (Amérique du Nord et Centrale), du 9 au 12 janvier, à un endroit à déterminer.

Mais pour s’inviter à cette ultime chance, ils devront auparavant terminer parmi les quatre meilleures équipes au tournoi de qualification de cette conférence prévue à Winnipeg, du 2 au 7 septembre.

« Un dernier tournoi de qualification au mois de janvier n’est pas le meilleur temps. On est désavantagé au Canada parce que ça signifie que nos joueurs doivent revenir de leur ligue où ils jouent en Europe. Les équipes nationales européennes qui devront aussi se qualifier après les Fêtes n’ont pas ce même problème parce qu’elles peuvent rapatrier leurs joueurs en deux heures », explique Julien Boucher, directeur de la haute performance.