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Histoires de cowboys: prudence au pays des armes à feu

Le Rio Grande dans le Canyon Santa Elena dans le parc de Big Bend
Photo courtoisie, Reynald Brière Le Rio Grande dans le Canyon Santa Elena dans le parc de Big Bend

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AUSTIN, TEXAS — On a entrepris ce périple de 3500 kilomètres à moto en partant de la capitale de l’État du Texas, Austin. Ville universitaire, ville de fonctionnaires.

Mais au petit déjeuner, Reynald Brière, le capitaine de la randonnée, a rappelé une autre réalité : « On est au Texas. Il faut considérer que toute personne avec qui on entre en contact a de fortes chances de porter une arme à feu sur elle. Fait que si on se fait couper par un pick-up sur une route régionale, on ne répond pas en levant le majeur ou en jouant au cowboy. Il faut être prudent ».

C’était la première fois qu’on me rappelait aussi clairement que dans certains États des États-Unis, il fallait se garder une petite gêne. Et le Texas est l’état numéro un sur la liste. Surtout qu’on passait devant un Walmart en prenant la route pour Rocksprings.

Mais on oublie. On traverse quelques dizaines de bleds de moins de 1000 habitants. Les Texans sont gentils. Avenants. Ils ont un gun dans le Ford F-150 mais ils sourient quand on les aborde. Et puis, ­Donald Trump l’a dit, c’est pas le gun qui est fou, c’est le gars qui s’en sert. Il est où le problème ?

On a roulé plusieurs jours dans ce Texas écrasé par le soleil, à quelques mètres parfois de la frontière mexicaine. Cette présence de l’immigration illégale pèse sur le Texas et le Nouveau-Mexique d’une façon qu’on ne connaît pas au Vermont ou le reste de la Nouvelle-Angleterre, un quotidien que l’on connaît mieux au Québec.

Un poste de contrôle le long d’une autoroute
Photos courtoisie, Reynald Brière
Un poste de contrôle le long d’une autoroute

On a dû s’arrêter deux fois pour des contrôles dans des postes installés le long des routes nationales. Des agents frontaliers armés, accompagnés d’un chien, inspectent les voitures qui passent. Ils fouillent tout et demandent les passeports : « Aux douanes, ils fouillent tous les containers. Ici, on vérifie surtout les papiers des gens. S’ils sont immigrants, on contrôle si leur séjour est légal », a expliqué un agent à qui on s’est informé.

Et les cinq Harley ont pu repartir... jusqu’au prochain contrôle avant de prendre la route du Nouveau-Mexique.

Le fabuleux parc de big bend

Parc de Big Bend
Photos courtoisie, Reynald Brière
Parc de Big Bend

Avant de quitter le Texas, il fallait ­visiter le parc national de Big Bend qui côtoie la frontière à 150 mètres. C’est stupéfiant. Des kilomètres et des kilomètres de désert habité par des lapins, des coyotes, des roadrunners et des serpents à sonnettes. On en a vu. Il y a plus de 50 sortes de reptiles, des dizaines de sortes d’oiseaux, des espèces d’animaux par centaines. C’est le plus grand parc écologique des États-Unis.

Le Rio Grande
Photos courtoisie, Reynald Brière
Le Rio Grande

Une beauté à couper le souffle. Avec un arrêt dans le canyon Santa Elena, à 150 mètres du Rio Grande qui sert de frontière sur 1200 kilomètres. On voit les gens de l’autre côté du fleuve. D’ailleurs, en août, le Rio Grande se traverse à pied...

Les Rangers ont zéro chance de contrôler tous ceux qui tentent d’immigrer aux States. Impossible.

12 habitants et un resto !

Après trois heures à rouler dans un désert cuit par le soleil, dans le sud profond du Texas, près de la frontière du Mexique, on lit une toute petite ­affiche : Langtry. C’est l’étape visée pour le lunch et le plein d’essence pour les motos.

Le musée en l’honneur du juge Roy Bean
Photo Adobe Stock
Le musée en l’honneur du juge Roy Bean

Langtry, plein d’images de bandes dessinées s’installaient dans ma tête. Langtry, c’est la ville du juge Roy Bean, la loi à l’ouest du Pecos, un des ­meilleurs albums de la collection Lucky Luke.

Dans la bande dessinée, il y avait un saloon qui se transformait en tribunal. J’ai hâte de voir si le saloon y est encore !

Autre petite affiche. Langtry. La ­pancarte toute menue indique que nous sommes arrivés. Mais il n’y a rien à part une cabane avec une vieille pompe ­dégingandée.

— Madame, où est donc le centre-ville de Langtry ?

Right here ! Le centre-ville de Langtry, vous êtes dedans.

On aurait dû vérifier. Langtry compte 12 habitants. Ça monte jusqu’à 15 quand quelques illégaux mexicains échappent aux rangers qui patrouillent dans la ­région.

Mais on fait quoi ? Le prochain bled est à des dizaines de kilomètres. Il fait plus de 100 degrés. Et la dame, blanche comme une morte et un peu perdue par cette énorme affluence de clients, nous invite à nous installer.

Il y a une petite affiche qui nous dit qu’il y a une épicerie. Où ça, l’épicerie ?

Right here, répond la madame. Dans une étagère, il y a cinq boîtes de sardines, trois boîtes de soupe Chunky, un pot de beurre de pinottes, des chips et, dans le coin, de la crème glacée. Et il y a un micro-ondes.

— Et le restaurant, il est où ?

Right here ! C’est la table dans le milieu. Je vous fais chauffer la soupe...

Ça se passait donc à Langtry..., Texas. Le musée en l’honneur du juge Roy Bean n’était pas ouvert sur l’heure du midi. Dommage, il y a quand même des milliers de visiteurs qui font le voyage à Langtry pour saluer le légendaire juge qui a failli être pendu pour une histoire d’amour.

Et le musée, vous l’avez deviné, on l’a installé dans l’ancien saloon du juge.

La patrie des extraterrestres

La petite ville du Nouveau-Mexique pourrait être banale. Sauf qu’il y a une soucoupe volante sur le panneau d’accueil de la ville à l’entrée. Ça donne le ton.

Un extraterrestre accueille les gourmands au Dunkin’ Donuts.
Photo courtoisie
Un extraterrestre accueille les gourmands au Dunkin’ Donuts.

E.T. semble être la mascotte de la ville. On trouve d’énormes mascottes ou poupées énormes du personnage du film devant les boutiques ou les restaurants.

Rue principale, en plein cœur de Roswell, on retrouve le musée des soucoupes volantes. Et quand on lit les affiches sur les façades des édifices, on découvre plein d’associations ou de locaux où on consacre son temps à analyser les soucoupes volantes et les extraterrestres.

Il y a une importante base militaire dans la région. Et surtout, Roswell est la ville où une soucoupe volante se serait écrasée en 1947. On parle de la zone 51 et la controverse autour de cet incident a permis à la ville de 50 000 habitants de développer une importante industrie touristique. Le summum étant la présentation en 2019 d’une télésérie à Showcase intitulée Roswell.

À Roswell, un loustic avec deux genoux en titane et une hanche artificielle, des cheveux transplantés et des dents implantées s’appelle E.T. Au Québec, c’est un patient du docteur Alain Cirkovic. Ils ont compris que l’avenir, c’était hier.

Notes de calepin

FLAGSTAFF, ARIZONA

Le sud du Texas et le nord du ­Nouveau-Mexique et de ­l’Arizona ne sont pas des ­destinations habituelles de ­randonnées en moto.

Le Grand Canyon vu de l’Arizona
Photo courtoisie
Le Grand Canyon vu de l’Arizona

C’est malheureux parce que les paysages sont fabuleux et les routes à pleurer d’envie. La 160 et la 80 entre Santa Fe et Flagstaff traversent des canyons taillés dans la pierre rouge. On se croirait dans un film sur Mars. Inoubliable.


AMERIK@MOTO DÉVELOPPE SON MARCHÉ

En mai dernier, c’est AmeriK@Moto qui a expédié nos motos à Las Vegas. Cette fois, elles ont été livrées à Austin au Texas et ramenées à Delson de Phoenix en Arizona. Un aller-retour coûte 1500 $. Les trois bikers qui ont préféré louer leur Harley au Texas ont payé le double. Les frais de retour des motos sont élevés. Dans la semaine du 12 août, AmeriK@Moto avait une quarantaine de motos qui roulaient aux États-Unis et dans l’Ouest canadien.

C’est une façon de voyager qui ouvre tous les horizons...


SANTA FE : LA VILLE À DÉCOUVRIR

Santa Fe, au Nouveau-Mexique
Photo Adobe Stock
Santa Fe, au Nouveau-Mexique

Un conseil. Arrangez-vous pour visiter Santa Fe une fois dans votre vie. On dirait une ville mexicaine. La vie culturelle est riche et variée. En juillet et août, on présente des opéras de très haut niveau. Magnifique. On a couché à l’hôtel St. Francis. Grand hôtel, chambres petites. On ne peut bâiller et ouvrir les yeux en même temps sans ­s’assommer contre le mur.


ET LA CHALEUR ?

Et la chaleur ? On a eu droit à des températures au-dessus de 100 degrés F pendant cinq ou six jours. Dans les déserts du Texas et du sud du Nouveau-Mexique, on ne peut compter sur les dépanneurs pour se désaltérer. La simple prudence exige qu’un motard du groupe traîne une glacière souple remplie d’une dizaine de bouteilles d’eau. On ne sait jamais. Il faut boire impérativement toutes les heures.