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La mort de son père aurait pu être évitée

La coroner met en lumière le piteux état de la remorque qui a causé l’accident

Cindy Ducharme tient une photo d’elle et de son père, prise à l’occasion d’une de leurs nombreuses balades en moto. Elle lui a également fait faire une urne personnalisée à l’effigie Harley-Davidson.
Photo collaboration spéciale, Amélie St-Yves Cindy Ducharme tient une photo d’elle et de son père, prise à l’occasion d’une de leurs nombreuses balades en moto. Elle lui a également fait faire une urne personnalisée à l’effigie Harley-Davidson.

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TROIS-RIVIÈRES | La fille d’un motocycliste tué dans une collision avec une remorque en mauvais état qui s’est détachée d’une voiture affirme qu’un tel accident était évitable.

« Je m’ennuie de mon père et je pense qu’il est parti pour rien. Que ça n’aurait pas dû arriver », laisse tomber Cindy Ducharme, la gorge nouée.

Son père, Guy Ducharme, est décédé le 15 juin 2018 sur la route 158 à Saint-Lin-Laurentides, dans Lanaudière, quand une remorque s’est détachée d’un véhicule arrivant en sens inverse, selon le rapport du coroner.

La remorque a changé de voie, une première moto a réussi à l’éviter, mais l’homme de 60 ans de Joliette a été percuté et projeté dans un fossé. Il est mort sur le coup.

Plus de 14 mois après le drame, le deuil est difficile à faire pour sa fille, qui textait son père tous les jours.

« Il était vraiment mon ami, mon confident et mon papa en même temps », confie la femme de 35 ans de Trois-Rivières.

Le rapport de la coroner Denyse Langelier sur les circonstances de l’accident, que Mme Ducharme a reçu il y a trois semaines, a ravivé une grande colère.

La remorque qui a percuté Guy Ducharme était rouillée et pourrie.
Photo courtoisie
La remorque qui a percuté Guy Ducharme était rouillée et pourrie.

Plancher pourri

Il y est mentionné que la Harley-Davidson de son père ne présentait aucune défectuosité, mais que la remorque était en piteux état.

Le plancher de bois était pourri, le pneu gauche était très craquelé, le cadre et l’essieu étaient très rouillés. La chaîne de sécurité n’était pas soudée à la remorque et la poignée d’attache pouvait bouger sans effort malgré un verrou. De plus, le poids y était mal réparti.

La mauvaise répartition du poids et la chaîne pas assez solide ont joué un rôle important dans la collision, selon le rapport que Le Journal a pu consulter.

« C’est assez clair qu’avec tout ce qui est défectueux, c’est une remorque qui n’aurait pas dû être sur la rue », affirme Mme Ducharme.

Guy Ducharme est mort le 15 juin 2018 sur la route 158, à Saint-Lin-Laurentides, quand une remorque s’est détachée d’un véhicule arrivant en sens inverse.
Photo d’archives
Guy Ducharme est mort le 15 juin 2018 sur la route 158, à Saint-Lin-Laurentides, quand une remorque s’est détachée d’un véhicule arrivant en sens inverse.

 

Pas encore de pardon

Elle estime qu’il y a eu négligence de la part du conducteur de la voiture qui est parti avec une telle remorque, et elle aurait souhaité qu’il la contacte, au minimum pour s’excuser.

Elle lui en veut pour l’instant et a beaucoup de peine, mais elle est ouverte à lui pardonner éventuellement, si elle en venait à le rencontrer face à face.

Cindy Ducharme veut maintenant sensibiliser la population.

« Surveillez vos remorques, faites attention », lance-t-elle comme message.

La Sûreté du Québec a confirmé au Journal qu’elle avait mené une enquête en parallèle avec celle de la coroner et qu’il n’y avait pas d’élément criminel en cause.

Elle apprend à conduire une moto et attend sa Harley

Cindy Ducharme a commencé des cours de moto et doit prendre possession de sa première Harley-Davidson dans les prochains jours, même si son père ne voulait pas qu’elle en conduise une.

Guy Ducharme répétait à sa fille que l’asphalte arrive beaucoup plus vite qu’un banc de neige.

« Il m’a toujours dit : “C’est souvent les autres. C’est pas toi, c’est les autres” », raconte Mme Ducharme.

Elle s’était inscrite à des cours l’été dernier, les a payés, mais s’est désistée à la dernière seconde, car elle était craintive et avait le sentiment de désobéir à son père. Elle s’est finalement reprise cette année.

Son rêve

« C’était mon rêve d’avoir une moto et de rider à côté de mon père. Je me suis imaginé ça pendant des années », se remémore-t-elle.

Elle pourra compter sur des amis de son père pour bien apprendre à conduire. M. Ducharme faisait partie du club de moto des Flame Riders de Lanaudière, et ces derniers vont aider sa fille dans son apprentissage.

« On va l’accompagner jusqu’au bout. Elle va toujours faire partie de la famille », confirme le président du club social Serge Benoit.

Mme Ducharme commencera les cours pratiques sur sa moto prochainement et elle est fébrile. Elle estime que son père souhaiterait la voir apprendre avec eux plutôt qu’avec n’importe qui d’autre.

« J’ai l’impression que je vais vivre vieille, que je vais traîner mon père avec moi et poursuivre sa route pour lui », confie-t-elle.

Quand les remorques sont-elles inspectées ?

  • Une vérification mécanique est requise afin d’immatriculer pour une première fois les remorques et les semi-remorques de fabrication artisanale ayant une masse nette de plus de 900 kg (1984 lb).
  • L’ensemble des remorques et des semi-remorques ayant un poids nominal brut de 4500 kg (9920 lb) ou plus, à l’exception des caravanes, sont soumises à une vérification mécanique annuelle.
  • Le propriétaire ne paie qu’une seule fois l’immatriculation de sa remorque.
  • Un policier en présence d’une remorque en décrépitude pourrait la retirer de la circulation.

Source : Société de l’assurance automobile du Québec