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L’héritage d’Atatürk le républicain

Ce soldat de la marine républicaine turque restait au garde-à-vous devant le mausolée du père de la nation.
Photo courtoisie, Gilles Proulx Ce soldat de la marine républicaine turque restait au garde-à-vous devant le mausolée du père de la nation.

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Connaissez-vous Atatürk ? C’est le père de la nation turque moderne. Mustapha Kemal Pacha, de son vrai nom. Après la chute de l’Empire ottoman à la suite du désastre de la Première Guerre mondiale, la Turquie, occupée, est en désarroi. Atatürk va la libérer des occupants, mais c’est un admirateur de Napoléon qui a beaucoup lu les penseurs français républicains et révolutionnaires.

On peut dire qu’il a plongé son pays dans le 20e siècle en interdisant la polygamie et en laïcisant l’État. Ce militaire va utiliser l’armée comme institution pour rallier toute l’élite libérale de son pays. Difficile à imaginer pour nous, mais dans cette Turquie d’Atatürk, l’armée est d’une certaine manière... progressiste ! C’est elle qui assure la modernisation du pays et qui fait respecter la loi lorsque les imams rouspètent. Si vous pensez que les histoires de voiles islamiques datent d’hier, vous vous trompez. Pour Atatürk, c’est non : pas dans la fonction publique, ni à l’école.

Je pose devant le « temple » voué à Atatürk.
Photo courtoisie, Gilles Proulx
Je pose devant le « temple » voué à Atatürk.

Partout dans les bâtiments publics, une photo d’Atatürk orne les murs. C’est peut-être de moins en moins vrai... Le président tout-puissant Erdogan, islamiste, essaie de revenir sur l’esprit d’Atatürk. La première chose qu’il a faite ? Autoriser le voile aux étudiantes. Sur les photos, ça paraît probablement. Si on compare la Turquie d’il y a vingt ans à celle d’aujourd’hui, on peut voir la différence en remarquant s’il y a des voiles ou pas.

Le tombeau d’Atatürk.
Photo courtoisie, Gilles Proulx
Le tombeau d’Atatürk.

Malgré le pouvoir islamoconservateur en Turquie, l’héritage d’Atatürk est tellement imposant que même l’autocrate Erdogan doit faire attention à ne pas trop brusquer ses « réformes »... Je me suis beaucoup amusé à photographier cette Turquie « atatürkienne » avec son militarisme éclairé, ses uniformes magnifiques, ses étudiants qui ont l’air on ne peut plus modernes, etc. Bien sûr, il y a aussi le mausolée du grand personnage, à Ankara, la capitale qu’il a lui-même établie. Cet attachement d’une bonne partie de l’élite à l’idéal républicain explique comment on a pu dans les années 1990 rêver d’une Turquie qui rejoindrait l’Union européenne.