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L’humain, ce drôle d’animal

Pascal Janovjak publie, Le Zoo de Rome
Photo courtoisie Le Zoo de Rome
Pascal Janovjak
Éditions Acte Sud, 256 pages

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Les vitres ont beau avoir remplacé les barreaux, le jardin zoologique demeure l’un de ces lieux où s’exprime le besoin de domination de l’être humain sur les animaux. Dans son second roman, Pascal Janovjak décortique avec finesse cet étrange rapport en racontant l’histoire du Zoo de Rome.

Lorsque Giovanna Di Stefano devient la nouvelle directrice des communications du Zoo de la Ville éternelle, elle découvre une institution à la dérive : finances en piteux état, bâtiments vétustes et allées désertes. L’endroit semble sur le respirateur artificiel jusqu’au jour où le tamanoir de la collection devient l’unique spécimen de son espèce. C’est le miracle qu’attendait la jeune femme pour mousser la popularité du zoo, qui renoue avec le succès.

Pascal Janovjak
Photo courtoisie, Laura Salvinell
Pascal Janovjak

Bientôt, les visiteurs affluent de partout pour observer l’animal à la fois instrumentalisé par un vétérinaire à l’éthique douteuse et chéri par un vieux gardien aux soins jaloux. Certains considèrent l’extinction prochaine de l’espèce comme un présage d’une Apocalypse imminente, d’autres voient la bête comme une sorte de guide spirituel. C’est à se demander de quel côté de la vitre se situe l’animal ! « Au final, on projette toujours nos propres émotions sur les animaux, raconte au bout du fil l’auteur suisse qui réside en Italie depuis 2011. J’ai l’impression que dans le zoo s’exprime un désir de domination qui remonte à très loin. Voir une bête fauve dans un espace restreint ne nous choque pas tellement. Il y a quelque chose de rassurant de penser que l’on contrôle le cours de la vie. »

Témoin d’un siècle mouvementé

C’est à l’occasion d’une simple visite au Zoo de Rome qu’est née l’idée d’écrire ce roman. « L’endroit me semblait assez ennuyeux au premier abord, mais je voyais beaucoup de traces d’histoire, confie Pascal Janovjak. Puis, j’ai eu cette vision d’un lieu touffu, mystérieux avec ces bruits d’animaux dont on ne sait pas d’où ils viennent. J’ai commencé à creuser pour découvrir un lieu très riche. »

Dans l’œuvre, l’auteur superpose habilement un présent réinventé à la mémoire d’un lieu dont l’histoire résume celle de l’Italie moderne. Fondé en 1911 pour célébrer le cinquantième anniversaire de l’unification italienne, le Zoo faisait partie d’un plan plus vaste pour transformer la ville en une capitale européenne digne de ce nom. « Le projet avait une fonction politique dès le départ », relève-t-il. Quelques années plus tard, il devient un instrument de propagande sous Mussolini, qui agrandit de façon importante le site pour vendre l’idée de son aventure coloniale. « En exposant au public des animaux des territoires conquis, le régime fasciste voulait faire croire que ses guerres en Afrique étaient une réussite. » Pour l’anecdote, l’endroit a accueilli à la fin des années 1920 la lionne domestique du dictateur, baptisée Italia.

Un univers en soi

Puisque très peu de documents abordent l’histoire du zoo romain, Pascal Janovjak a dû mener sa propre enquête. « Par chance, j’ai rencontré un employé du musée de zoologie qui y avait passé son enfance, car son père tenait un bar-tabac juste en face. L’homme avait documenté les différentes collections d’animaux du parc. Ce fut le point de départ à mes recherches. »

Ses nombreuses trouvailles sont devenues pour lui un tremplin créatif. « Mallarmé a dit que le monde est fait pour aboutir à un beau livre. Le zoo est un peu comme une prison, c’est un univers à part entière. Il y avait tout là-dedans. Il suffisait pour moi de me promener dans ses allées pour que surgisse l’œuvre. »