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Un taudis avec un spa

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Sortez les défibrillateurs, les défenseurs du troisième lien vont en avoir besoin !

En effet, selon le sondage Léger que Le Journal vous présente aujourd’hui, 55 % des résidants de Québec trouvent que le gouvernement devrait prioriser la réfection des routes actuelles plutôt que la construction d’un tunnel entre Québec et Lévis (45 %).

Question de priorités

La raison est simple.

Quand le toit de ta maison coule, que le balcon est déglingué, que l’escalier branle et que les fondations ont besoin d’être renforcées, tu ne t’achètes pas un spa.

Je sais, je sais : les défenseurs du troisième lien vont dire que mon analogie est bancale, car le projet de tunnel n’est pas un luxe, mais un besoin essentiel.

Effectivement, il y a des problèmes d’embouteillage à Québec — quoi qu’en pensent les gens de Montréal, qui rigolent comme des singes quand ils entendent les mots « embouteillage » et « Québec » dans la même phrase.

Ce n’est pas parce que la métropole a le cancer que la capitale ne souffre pas de la goutte ou de l’emphysème.

Mais si l’on se fie à notre sondage, le temps d’attente pour traverser le fleuve n’est pas le problème numéro un des automobilistes de Québec.

C’est l’état pitoyable des routes.

Le gouvernement devrait retaper les routes actuelles avant d’investir quatre milliards de dollars dans la construction d’un tunnel.

« First things first », comme disent les Anglos.

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Cancer du poumon

J’ai hâte de voir comment le ministre François Bonnardel va réagir.

Car on sait comment les politiciens raisonnent : c’est toujours plus payant d’ouvrir de nouvelles autoroutes ou de nouveaux ponts que de réparer des routes qui existent déjà.

C’est plus spectaculaire, plus sexy.

Pourquoi repriser ses vieux bas quand on peut s’en acheter une nouvelle paire ?

Mais aujourd’hui, l’état de nos routes est tellement épouvantable, la situation s’est tellement dégradée que dépenser quatre milliards de dollars pour ouvrir un nouveau tunnel paraîtrait presque obscène aux yeux de plusieurs citoyens.

Comme offrir des implants mammaires à une fille qui a un cancer du poumon.

Si au moins on était riche, on pourrait se payer des belles routes ET un beau tunnel.

Mais le Québec est cassé.

Pas pour rien que François Legault a changé son fusil d’épaule concernant la péréquation.

Il connaît l’état de nos finances et sait que nous avons encore besoin de la marchette du fédéral pour avancer.

L’enchère

Quand on leur demande s’ils sont pour le projet de tunnel, les gens de Québec disent : « Bien sûr ! »

Mais quand on leur dit que ce projet risque de coûter quatre milliards, comme l’a estimé l’expert embauché par le gouvernement Couillard, leur enthousiasme baisse de quelques crans. Les Québécois commencent à comprendre comment les choses se passent. Ils savent qu’au Québec, on ne respecte jamais nos budgets.

Quatre milliards, ce n’est pas le chiffre d’arrivée. C’est le chiffre de départ.

Ça peut se rendre à six, huit, dix — comme dans une enchère.

Autant de milliards qui n’iront pas dans la réfection des routes.

J’entends déjà certains animateurs radio : « Si on peut se payer des salles de spectacle chromées, pourquoi pas un tunnel ? »

Les micros vont se faire aller...