/news/society
Navigation

Une évasion spectaculaire

1961

Avant Après
Photo courtoisie, Archives de la Ville de Montréal, VM94-Z1454-06
Photo Pierre-Paul Poulin

Coup d'oeil sur cet article

Le « nouveau » palais de justice

« Drôle d’oiseau, sur cette corniche », semble penser l’agent de police qui se penche à la fenêtre du nouveau palais de justice, du côté de la rue Saint-Gabriel. En effet, à l’époque, l’édifice est encore le plus récent palais de justice de Montréal, bâti face à l’ancien palais, rue Notre-Dame Est. Au moment de sa construction, il ne s’agissait que de construire une annexe au précédent palais, le tout devant même être relié par un couloir souterrain ! L’excavation s’avère néanmoins complexe : de nombreux personnages historiques importants, de Lambert Closse à Honoré Beaugrand ont vécu sur le site. La composition du sol, en glaise, rend aussi difficile l’installation de fondations solides et de pièces isolées de l’humidité. L’édifice, inauguré en 1926, est néanmoins un succès pour l’équipe d’architectes, dont fait partie Ernest Cormier, qui lui donne son nom actuel.

« L’homme singe »

Voici donc comment un des policiers, selon La Presse, baptise ce captif qui tentait de s’enfuir, mais dont l’évasion s’est vu freiner par une corniche, à 6 mètres du sol. L’homme de 24 ans avait été pris la main dans le sac en juillet, dans le grand magasin Morgan du carré Phillips, après une impressionnante battue menée par 50 agents de police. L’homme était en effet recherché depuis plus d’un an. Le malfaiteur s’était rendu célèbre lors d’un cambriolage sur la rue Saint-Hubert, où il avait dérobé des biens d’une valeur de 500 $, soit plus de 4000 $ de nos jours ! Du box des accusés, il aurait franchi sans crier gare les barrières de la salle d’audience jusqu’à bondir de la fenêtre. La hauteur de la corniche semble avoir freiné son élan... L’homme est visiblement ébranlé et on rapporte qu’il aurait dit : « Je ne pensais pas que c’était si haut ! »

Par la rue Saint-Gabriel

Photo courtoisie, Archives de la Ville de Montréal, VM94-Z1454-01

L’échelle des pompiers vient finalement à la rescousse du pauvre diable dont la justice reprendra la garde. C’est du côté de la rue Saint-Gabriel qu’on le cueille, juste en face de l’ancienne maison Sabrevois de Bleury, avant sa restauration en 1969. Cette maison en a vu passer des gens depuis sa construction au XVIIIe siècle : le baron de la fourrure Joseph Frobisher, puis le journal La Patrie, et enfin l’éditeur Beauchemin. La rue Saint-Gabriel est fort ancienne : dessinée vers 1680 par Dollier de Casson, elle relie Saint-Jacques et Saint-Paul et devient la rue des notaires et des avocats. Au loin, on aperçoit l’enseigne de l’entreprise Duchesneau & Trudeau, des marchands grossistes qui occupent le même édifice depuis 1910. La société des frères Duchesneau est une florissante affaire de marchandises sèches : tissus, mercerie, papeterie, jouets y sont distribués jusqu’en 1978.