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L’Alberta nourrit notre dépendance

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 Le Canada est un pays riche. Il est membre de l’OCDE, le grand club des pays développés. Il fait partie du G7. Le PIB canadien par habitant se classe dans le top 30 mondial. 

 Toutes les provinces canadiennes sont riches. Sans exception. Cela inclut le Québec, dont le produit intérieur brut (PIB) par habitant est comparable à celui de bien des pays industrialisés. 

 On ne reçoit donc pas de péréquation parce qu’on est pauvres. 

 On en reçoit parce que nous sommes moins riches que la moyenne canadienne. 

 Nous sommes donc des pauvres parmi les riches. 

 Et les riches provinces canadiennes ont toutes un point en commun : du pétrole et du gaz. 

 Remontons à 2011-2012, quand le baril de pétrole valait autour de 100 $, soit le double d’aujourd’hui. 

 Uniquement grâce au pétrole, le gouvernement albertain pouvait récolter 2592 $ de plus par habitant que le Québec... en appliquant exactement les mêmes taux de taxe que nous ! 

 Le piège des pipelines 

 C’est cet écart de capacité fiscale que la péréquation corrige. 

 Même si le Québec s’enrichit, comme le promet François Legault, il deviendra encore plus dépendant à la péréquation si l’Alberta s’enrichit encore plus vite. 

 C’est ce qui nous attend si nous cédons à Jason Kenney, lequel exige que nous permettions à ses pipelines de passer au Québec en échange de la péréquation. 

 La capacité de production pétrolière albertaine s’en verrait décuplée. 

 Et l’exploitation de notre gaz de schiste n’y changerait rien. Les réserves pétrolières canadiennes rivalisent avec l’Arabie saoudite. 

 L’Alberta joue clairement dans une autre ligue. 

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Nous payons nos propres CPE 

 Jason Kenney nous accuse de vivre grassement avec l’argent de ses concitoyens. Il répète à qui veut l’entendre que nous finançons nos CPE grâce à la péréquation. Que l’Alberta fait des déficits pendant que le gouvernement du Québec fait des surplus avec ce transfert fédéral. 

 Ceux qui ont avalé cet argument auraient intérêt à bien lire leur prochain bulletin de paie. 

 Pour financer nos services publics, nous payons plus de taxes et d’impôts que toutes les autres provinces canadiennes. 

 Les Albertains ne paient aucune taxe de vente provinciale. Si le gouvernement albertain introduisait l’équivalent de notre TVQ de 9, 975 %, ses problèmes budgétaires seraient pratiquement réglés. 

 Ils paient aussi très peu d’impôt sur le revenu. Le taux d’imposition albertain provincial est de 10 % pour les contribuables dont le revenu imposable monte jusqu’à 128 000 $. Les Québécois paient des taux beaucoup plus élevés. Et plus progressifs. 

 Héroïnomane pétrolière 

 Cette mauvaise recette a transformé l’Alberta en héroïnomane pétrolière. Les Albertains se sont habitués à voir tomber l’argent du ciel. 

 Maintenant que le prix du pétrole est dans un creux, la réalité les rattrape. Il faut bien trouver un bouc émissaire : le Québec. 

 Plutôt que de taxer, Jason Kenney veut « driller ». Aveuglé par sa propre dépendance au pétrole, il n’a pas le courage de correctement financer ses services publics. 

 Il n’a que lui-même à blâmer et il devrait se regarder un peu le nombril. Que quelqu’un lui achète un miroir !  

 ► Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM