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Pourquoi des villes renoncent-elles aux feux de circulation?

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Des villes d'Europe renoncent à leurs feux de circulation. Certaines vont plus loin et retirent les panneaux d’arrêt. D’autres effacent les lignes blanches de démarcation. Le résultat de ces mesures estcontre-intuitif : ces routes «dénudées » de signalisation s’avèrent plus sécuritaires et moins congestionnées. 

L’urbaniste hollandais dont l'oeuvre inspire ces réformes, Hans Monderman (1945-2008), démontre que plus les éléments de signalisation se raréfient, plus les automobilistes se concentrent sur la route (au lieu de se fier aveuglément aux feux) et moins il y a d’excès de vitesse, de collisions, de morts ou de blessés. 

En octobre 2015, les autorités de la ville deBeverleyen Angleterre découvrent que les 42 feux censés faciliter la circulation d’un carrefour réputé chaotique ne servaient à rien... sinon à alourdir la congestion. À l’occasion d’une panne du système, la circulation s’est fluidifiée, relate le Telegraph. «Le trafic se déplace mieux maintenant que lorsque les feux fonctionnaient, constate un résident. Tout le monde paraît à l’aise de traverser la jonction. Il n’y a pas de file d’attente.» 

Nuisibles 

Ce n’était pas la première fois qu’une ville anglaise concluait à l'inutilité de ses feux. Selon l’organisme The City Fix, la municipalité balnéaire de Portishead, en 2010, a volontairement éteint ses feux afin d’observer le résultat: unenette amélioration de la fluidité du trafic, moins d’excès de vitesse, moins d’accidents. Bref, des vies sauvées. 

Selon le chroniqueur duGuardian Simon Jenkins, plus de 400 villes du Royaume-Uni et de l’Europe ont déjà adopté des mesures de ce genre avec succès et il faut déplorer que ces expériences, pourtant concluantes, demeurent marginales. «Les ingénieurs de la circulation qui nous mutilent et qui nous tuent avec leurs règlements, leurs feux et leurs pots de peinture continuent tout bonnement de rêver à toujours plus de marquage, écrit Jenkins. Ils prétendent rendre nos vies plus sécuritaires alors que c’est exactement le contraire. Et nous les laissons faire.» 

Possible au Québec? 

Les feux de circulation se sont déjà multipliés abusivementau Québec par le passé, estime Lynda Bellalite, professeure titulaire de géomatique de l’Université de Sherbrooke. «Les feux s’avèrent indispensables pour permettre à la circulation des voies secondaires de traverser les artères très achalandées, mais certains cultivent une pensée magique en imaginant que les feux vont régler les problèmes de vitesse et de sécurité», fait-elle remarquer. 

«Des méthodes éprouvées en Europe et en Angleterre ne fonctionneraient pas forcément au Québec», juge cependant Mme Bellalite. À sa connaissance, il n’y a jamais eu d’expérience de ce genre au pays. Pour ce qui est de Montréal, où même le virage à droite au feu rouge demeure interdit, les théories de Hans Monderman ont peu de chances d’être essayées de si tôt...