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La banlieue pour les étudiants étrangers

La pénurie d’appartements à Montréal frappe les jeunes d’ailleurs, qui n’ont que quelques jours pour se loger

« Je commence à stresser », avoue Ronan Bellemin, 19 ans (gauche), en compagnie de Roman Baldos, 20 ans. Ces deux étudiants français sont en échange à l’UQAM pour deux sessions dans le cadre de leurs études en psychologie.
Photo Dominique Scali « Je commence à stresser », avoue Ronan Bellemin, 19 ans (gauche), en compagnie de Roman Baldos, 20 ans. Ces deux étudiants français sont en échange à l’UQAM pour deux sessions dans le cadre de leurs études en psychologie.

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À une semaine de la rentrée universitaire, le stress commence à monter chez les étudiants étrangers qui peinent à se loger dans un Montréal en pleine pénurie d’appartements.

« Si tu ne réponds pas dans les cinq minutes [à une annonce de logement sur Facebook], ils ne vont jamais te répondre », tant les locateurs sont assaillis de messages, témoigne Roman Baldos, étudiant en psychologie à l’UQAM.

Ce Français de 20 ans est arrivé il y a une semaine dans la métropole avec un budget mensuel de loyer de 600 $. Au début, il souhaitait habiter seul. Mais il a vite réalisé qu’il lui faudrait être en colocation, raconte-t-il.

En échange au Québec pour un an, il regardait d’abord les appartements meublés.

« Mais là, je commence à me dire que les non meublés, ce serait okay. Je me débrouillerai. »

Il souhaitait aussi trouver une colocation où l’ambiance est bonne, où il aurait une complicité avec les autres occupants.

« Je pense que je vais juste prendre le premier qui me dit oui », avoue-t-il.

Le manque de logements à Montréal a atteint des sommets sans précédent depuis deux décennies. Le taux d’inoccupation y est de 1,9 %, selon les derniers chiffres de la Société canadienne d’hypothèques et de logement.

Pas de grands logements

De plus, les grands logements sont ceux qui ont le taux de vacance le plus bas, ce qui vient pénaliser les familles, mais aussi les étudiants à faible revenu qui doivent habiter en colocation, indique Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain.

Pendant ce temps, les résidences universitaires sont pleines, que ce soit à l’UQAM, à l’Université de Montréal ou à Concordia, comme c’est généralement le cas à ce temps-ci de l’année.

À l’UQAM, une centaine d’étudiants prolongeaient habituellement leur séjour en résidence pendant la période estivale. Mais cette année, ils ont été 250 à le faire.

« Est-ce une conséquence de la crise du logement ? On ne sait pas. Mais c’est une première pour nous », dit Jenny Desrochers, des relations de presse de l’université.

Devant ce marché hyper compétitif, beaucoup n’ont d’autres choix que de changer leurs attentes, remarque Yannick Richer, qui s’occupe de l’accueil des étudiants internationaux à l’UQAM.

Hugo Bathias, 20 ans et originaire de la France, souhaitait habiter avec des étudiants québécois ou d’autres pays. Mais il s’est résolu à vivre avec d’autres Français.

« Pas le choix ! Heureusement, ils sont sympas », dit-il.

En banlieue

Cette année, les conseillers ont même proposé à des étudiants d’habiter sur la Rive-Sud. Cette option peut être attrayante pour les doctorants qui ne cherchent plus à être au cœur de la fête ou qui sont venus avec conjoint et enfants, explique M. Richer.

Les étudiants les moins avantagés sont sans doute ceux qui ne viennent à Montréal que pour une session. Et c’est encore plus dur pour les jeunes hommes, dit M. Richer.

« On me rapporte que de plus en plus de logements sont réservés aux filles. »

Et ce, même si cette discrimination est illégale.

En attendant de se fixer, Roman Baldos continue de dormir en dortoir dans une auberge de jeunesse... qui vient de monter ses prix à 50 $ la nuit, déplore-t-il.