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Promesse trahie à Baie-Trinité: un entrepreneur lance un cri du cœur

Produits forestiers Résolu se serait désistée «sans raison valable» d’un projet

L’entrepreneur Jean Proulx est originaire de Baie-Trinité, une municipalité dévitalisée de la Côte-Nord. Il « met ses tripes sur la table » dans une lettre adressée à Produits forestiers Résolu et visant à concrétiser un projet d’achat de copeaux de bois.
Photo Olivier Roy Martin L’entrepreneur Jean Proulx est originaire de Baie-Trinité, une municipalité dévitalisée de la Côte-Nord. Il « met ses tripes sur la table » dans une lettre adressée à Produits forestiers Résolu et visant à concrétiser un projet d’achat de copeaux de bois.

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BAIE-TRINITÉ | Un entrepreneur de la Côte-Nord lance un cri du cœur à une compagnie forestière qui lui a fait miroiter un projet d’usine grandement profitable à son patelin dévitalisé, mais qui ne s’est pas concrétisé.

L’automne dernier, des membres de la direction de Produits forestiers Résolu (PFR) se sont rendus à Baie-Trinité, située à près de deux heures de Baie-Comeau, pour proposer à l’entrepreneur Jean Proulx d’approvisionner la forestière en copeaux de bois.

«Ce sont eux qui sont venus me voir la première fois», souligne le propriétaire de JR Proulx et Fils, qui se spécialise dans le déneigement et les travaux publics.

Au cours des mois suivants, l’homme de 62 ans s’est lancé à ses frais dans la confection d’un plan d’affaires pour concrétiser ce projet qui permettrait la relance de la scierie de Baie-Trinité, fermée depuis plus de 10 ans.

Achat de 25 000 tonnes de copeaux

Selon M. Proulx, PFR proposait d’acheter 25 000 tonnes de copeaux de bois annuellement pendant trois ans.

Advenant une entente, la forestière s’engageait à fournir du bois à l’homme d’affaires, qui prévoyait embaucher une demi-douzaine d’employés pour le transformer en copeaux servant à la fabrication de papier journal.

Pour l’homme natif de la région, ce projet est crucial pour amener des familles dans un village vieillissant et « à l’agonie » de quelque 400 âmes.

«Le déracinement de plusieurs familles, faute d’emplois, laissant ainsi leurs proches, leurs rêves et leurs espoirs derrière eux, est inqualifiable», fait-il valoir dans une lettre qui a été envoyée à la compagnie forestière, dont Le Journal a obtenu copie.

Au printemps 2019, le sexagénaire a donc convaincu la caisse populaire du village de lui accorder un prêt de plus de 250 000 $. Et une fois son plan d’affaires complété, il l’a soumis à la direction de PFR.

Poignée de main

«Au début du mois d’avril, j’ai dîné avec eux autres. C’était réglé. La poignée de main était faite. On était en business. Les prix étaient établis», raconte M. Proulx.

Mais un mois plus tard, la direction de la compagnie a changé d’avis «sans raison valable», déplore Jean Proulx.

«Ils m’ont appelé pour me dire qu’il y a eu des décisions qui ont été prises et qui font que ça ne se fera pas...»

Notons qu’aucune entente finale n’avait été signée.

C’est pourquoi il a décidé d’écrire une missive lourde de sens à Produits forestiers Résolu. «Lorsque tu crois qu’une cause est perdue, tu envoies ça», lâche-t-il, espérant toujours que PFR «revienne sur sa décision» ou «accepte un projet qui créera de l’emploi dans le village».

«La municipalité a trop entendu de fausses promesses, trop de fausses joies, laissant son cœur en attente sans que personne n’ait la capacité ni la conviction profonde qu’il pouvait agir pour changer les choses et faire avancer les choses. Derrière l’entrepreneur que je suis [se trouve] un papa qui croit en un avenir certain pour ses enfants», peut-on lire dans la lettre.

Le maire de Baie-Trinité, Étienne Baillargeon, affirme que le rejet du projet de Jean Proulx est «désolant». Mais, M.Baillargeon refuse de baisser les bras. «Ce projet-là, on y tient», dit-il.

Ce dernier a par ailleurs accompagné M. Proulx dans une rencontre avec le député de la région, Martin Ouellet, en juillet, pour lui faire part de la situation. Le député s’est engagé à recueillir l’information nécessaire pour une éventuelle relance du projet auprès des ministères concernés.

Contacté par Le Journal, le directeur principal aux affaires publiques de Produits forestiers Résolu, Karl Blackburn, a affirmé qu’il ne commenterait pas ce dossier «privé» sur la place publique.

Produits forestiers Résolu en bref :

  • Compagnie forestière qui produit des pâtes et papiers ainsi que des produits du bois
  • Possède 40 installations aux États-Unis et au Canada
  • L’usine de Baie-Comeau produit 322 000 tonnes par année de papier journal et 237 personnes y travaillent
  • A enregistré des ventes de 755 M$ US lors du deuxième trimestre de 2019