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Des Québécois victimes de racisme dans un tournoi de baseball au Nouveau-Brunswick

Des joueurs de baseball invectivés au Championnat canadien au Nouveau-Brunswick

SPO - FERNANDO FERNADEZ BELTRAN
Photo Martin Alarie Le lanceur Fernando Fernandez a essuyé plusieurs propos racistes au Nouveau-Brunswick, en fin de semaine dernière.

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« Retourne dans ta boîte de joueur de couleur », « maudit nègre », « membre d’Al-Qaïda », « sale poseur de bombe », « physique de pee-wee ». Ce sont les insanités entendues par les membres de l’équipe québécoise de baseball au Championnat canadien, ce week-end, au Nouveau-Brunswick.

Ces attaques racistes résonnaient au stade Ironmen de Miramichi en demi-finale du championnat quand trois hommes âgés dans le début de la trentaine ont invectivé sans relâche, dès le début de la matinée, les joueurs de la Belle Province. Ils s’en prenaient à leur origine et à leur apparence physique, entre autres en raison de leur barbe fournie.

Le lanceur Fernando Fernandez était l’un des principaux joueurs visés par les attaques. Né à Montréal d’un père hondurien et d’une mère salvadorienne, le gaucher de 24 ans a fait abstraction des propos sur le monticule. N’empêche qu’il les a condamnés.

« C’est vraiment dommage d’entendre ça, que ce soit dans le milieu sportif ou au quotidien. C’est plate que ça arrive dans un championnat canadien. On fait de notre mieux, a relaté le jeune athlète, choix des Phillies de Philadelphie à l’encan 2012, hier, en racontant sa version de l’histoire en entrevue avec le Journal de Montréal.

“Je voulais rester concentré sur mon match, a-t-il poursuivi. Il ne faut pas laisser ce genre de commentaires t’atteindre. Ça ne m’affecte pas vraiment et je n’arrêterai pas de jouer au baseball à cause de trois gars qui disent des niaiseries. C’est vraiment du racisme.”

Un droit pour 20 $

Au fil du match de demi-finale, le chef de mission de l’équipe québécoise, Daniel Bélisle, n’en croyait tout simplement pas ses oreilles. Dégoûté par la teneur des propos, il a demandé une intervention pour faire cesser les insultes.

Dans ce stade pouvant accueillir plus de 3500 spectateurs, le comité organisateur a cru bon dépêcher un septuagénaire pour leur faire comprendre de demeurer respectueux. L’homme a essuyé un refus catégorique. Ils ont plaidé qu’en payant leur billet 20 $, ils pouvaient dire ce qui leur passait par la tête.

“C’est déplorable. On l’a vu cet hiver avec l’histoire de Jonathan Diaby au hockey senior à Saint-Jérôme. De voir que des situations semblables peuvent se produire partout, ça dépasse l’entendement, a pesté M. Bélisle, aussi visé par les hommes qu’il a décrits comme ‘baveux’ et ‘frondeurs’ dans les gradins.

« Ce qui est également inacceptable, c’est que les gens autour riaient de leurs niaiseries. Personne ne disait un mot. Quand ils ont reçu l’avertissement, ils ont cessé quelques minutes. Mais par la suite, c’était pire. Ils auraient dû être expulsés sur le champ’, a soutenu celui qui en a entendu des vertes et des pas mûres au fil de sa carrière dans le monde du baseball. À Prince George en Colombie-Britannique, il y a 15 ans, des gens avaient d’ailleurs lancé des grenouilles en plastique sur le terrain.

Tolérance zéro

Président de la Ligue de baseball majeur du Québec, M. Bélisle a instauré des règles nettes et précises en matière de discrimination et racisme il y a quelques années dans ses stades. C’est tolérance zéro. Si un spectateur tient des propos déplacés, la partie est arrêtée jusqu’à ce qu’il soit escorté hors du stade.

Après l’avertissement à Miramichi, il n’a pas avalé que les trois larrons restent bien assis près de l’abri en continuant leur manège, aidés par les nombreuses boissons alcooliques ingérées.

Après la défaite des Québécois en demi-finale face à la Nouvelle-Écosse, ils sont même demeurés à leur siège pour le match de la médaille de bronze contre la Colombie-Britannique.

Sur le chemin du retour du Nouveau-Brunswick, le chef de mission a longuement réfléchi à la situation. Il a écrit une lettre à Baseball Canada afin que l’organisme se dote d’une politique anti-discrimination en luttant contre le racisme. Sans quoi, l’équipe québécoise fera dorénavant l’impasse sur le championnat national.

Baseball Canada a accusé réception de sa lettre mercredi matin en répondant que le nécessaire avait été fait au stade durant cette journée.

‘En exigeant cela, on ne veut pas que ce soit le Québec contre le Canada. On veut avoir le respect. Si on organisait le championnat chez nous, on n’accepterait jamais pareille histoire. Il ne faut pas l’accepter ailleurs.’

Le français quasi absent

Dans une province se proclamant bilingue, le comité organisateur du Championnat canadien de baseball a présenté une très décevante moyenne au bâton quant au respect du fait français.

Hormis un bref message préenregistré dans la langue de Molière au début des matchs de l’équipe québécoise et la présentation des joueurs du Québec uniquement s’avançant dans le rectangle des frappeurs, toutes les communications étaient en anglais au stade de Miramichi, ville où on retrouve près de 10 % de francophones et une province qui en regroupe 31,6 % selon Statistiques Canada.

Peu d’effort

« L’annonceur essayait de présenter nos joueurs en français, mais il n’aurait pas dû le faire tellement c’était difficile. C’est une situation qui revient année après année avec Baseball Canada. On fait le minimum d’effort, surtout pas le maximum », a déploré le chef de mission Daniel Bélisle qui a aussi noté un logo de championnat national unilingue.

Si les communications avec les spectateurs se faisaient quasi uniquement en anglais, à l’interne elles l’étaient complètement.

« À partir de l’an prochain, on devrait avoir minimalement un officiel sur trois et un superviseur francophones. Je veux que mon équipe puisse pouvoir s’exprimer dans sa langue si jamais il y a un problème sur le terrain. »

 

 

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