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Je prenais une bière avec un ami dernièrement. En fait c’est plus qu’un ami, c’est un gars que je connais depuis 30 ans. Je n’ai pratiquement aucun souvenir de ma vie avant de le connaître; c’est comme un frère. 

Il arrive qu’on ne parle pas pendant plusieurs semaines, même parfois plusieurs mois, mais quand on se revoit c’est comme si rien n’avait bougé. Nous ne sommes plus les jeunes garçons qui aimaient faire du vélo et écouter des films d’action avec un gros plat de popcorn. En fait, nous sommes toujours ces garçons, mais nous sommes aussi des hommes, maintenant. Des chums, des travailleurs, des pères...  

La vie n’épargne personne, je ne vous apprends rien. Et je voyais bien autour de cette bière et de ces quelques ailes de poulet que mon ami en avait long à dire. Sa vie avait subi beaucoup de chamboulement dernièrement et il commençait à reprendre le contrôle.  

Durant les quatre heures qu’a duré cette conversation, une phrase m’a frappé plus que le reste. C’est quand mon ami m’a dit : «Ce que je trouve le plus difficile de vieillir c’est que maintenant je vois les problèmes venir avant même qu’ils n’existent».  

Il avait alors mis le doigt sur quelque chose de si vrai et de si logique qu’il me semblait impossible de ne pas y avoir pensé avant. Pas que je sois plus intelligent que les autres, loin de là, mais quand ces mots sont sortis de sa bouche, ça semblait tellement évident.  

C’est l’essence même de nos peurs et de nos angoisses. Plus souvent qu’autrement, nous sommes angoissés, stressés et même amers pour des choses qui ne sont même pas encore arrivées. Des choses qui plus souvent qu’autrement n’arriveront même pas. Mais qui arrivent quand même juste assez souvent pour nous garder suspicieux.  

J’ai fait face à un paquet de problèmes dans la vie, comme tout le monde d’ailleurs. Dans mon cas il s’agit surtout d’ennuis de santé. Et peu importe la gravité des maux, ce n’est jamais le moment où je les affrontais que je trouvais le plus difficile, c’était le avant et le après. Qu’est-ce qui m’arrive? Est-ce grave? Est-ce que c’est vraiment terminé? Est-ce que ça va revenir? Est-ce que je vais avoir des séquelles?  

Des questions sans réponses; voilà un bon sujet pour bâtir des angoisses et des peurs. Même si elles sont farfelues et absurdes, nos peurs resteront bien au chaud dans notre petite tête tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas la preuve qu’elles n’ont pas leur raison d’être. Et encore là...  

Il n’y a pas de remède miracle à tout cela. Dans un monde où la performance et le paraitre l’emportent sur le bonheur et la quiétude, c’est un mal que nous devrons apprendre à gérer.  

Et parfois, pour gérer nos peurs, il ne faut qu’une bière, quelques ailes de poulet et un frère à qui parler.