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Concentration de la presse, mon œil!

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Avant que le Groupe Capitales Médias ne soit à l’abri de ses créanciers en vertu de la Loi sur la faillite, des pourparlers avaient eu lieu avec Québecor Média.

Une fois connue, la nouvelle a fait monter la pression des enragés qui cherchent chaque occasion de dénoncer toute concentration des médias. Ils devraient pourtant savoir que la presse régionale aurait été décimée depuis longtemps sans concentration. Ils devraient savoir aussi que les quotidiens abandonnés par Martin Cauchon ne pourront survivre isolément. Espérons que les membres de la commission parlementaire sur l’avenir des médias le savent également.

La concentration n’est pas récente
 
Durant des années, le sénateur Jacob Nicol fut propriétaire de La Tribune de Sherbrooke (qu’il avait fondée), du Nouvelliste de Trois-Rivières, de l’ Événement-Journal et du Soleil de Québec (eh ! oui, deux quotidiens dans la même ville), sans parler des postes de radio qui accompagnaient traditionnellement les journaux.

Quand Paul Desmarais mit la main sur les six quotidiens que ses fils ont fini par refiler à Martin Cauchon, il ne faisait que continuer une pratique déjà bien ancrée. Desmarais l’avait même amplifiée en devenant propriétaire de La Presse. Power Corporation aurait contrôlé toute la presse quotidienne du Québec sans la création de notre journal en 1964.

Dans une première vie, j’ai été journaliste dans trois quotidiens ayant fini par aboutir dans le giron de Power Corporation. Je suis chroniqueur depuis quelques années pour deux quotidiens de Québecor. Pas plus dans ma première vie qu’aujourd’hui, je n’ai vu le grand patron intervenir, quoi qu’en disent les mauvaises langues. C’est faire injure aux journalistes et aux chroniqueurs de bonne foi de laisser entendre qu’on leur tient la main lorsqu’ils écrivent.

Une solution politique ?

Le virage numérique a tellement fragilisé les médias, les journaux encore plus que la radio et la télévision, qu’ils ne sauraient exister désormais sans les économies d’échelle que permet leur regroupement. Le passage à venir de « V » dans la grande famille de Bell Média le montre bien.

Si Québecor Média avait acquis les journaux de Capitales Médias, les villes de Montréal et de Québec n’auraient pas été différentes d’Ottawa, Edmonton, Calgary ou Vancouver. Dans ces capitales, deux journaux quotidiens appartiennent à un seul propriétaire, Postmedia.

Je ne sais ce qu’il adviendra des journaux moribonds de Capitales Médias. Leur sort dépend désormais du syndic de faillite PricewaterhouseCoopers et de la volonté du gouvernement (Investissement Québec), leur plus important créancier. La tentation sera grande de recourir à une solution politique plutôt qu’à une solution d’affaires. C’est pourtant la seule qui assurera à terme la survie de la presse régionale.

Quand j’écoute les propos nébuleux et disparates qu’on tient cette semaine à la Commission parlementaire, les hypothèses de taxation irréalistes qu’on brandit pour mater les géants du web, les solutions abracadabrantes d’une Catherine Dorion et des propositions aussi étonnantes qu’un crédit d’impôt pour aider Cogeco à payer le salaire de Paul Arcand (mais pas celui du Doc Mailloux !) je ne suis pas rassuré.

L’avenir de nos médias est trop important pour qu’on le laisse entre les mains de politiciens qui n’ont pas vu le danger que faisait courir à nos médias leur complaisance à l’égard des géants du web.