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Dans le monde des «ultra-ultra-trails»

Chronique Oxygène du 29 août 2019
Photo courtoisie Alexandre Genois, 29 ans, est le seul Québécois parmi les 100 « élus » qui seront du départ de la course-anniversaire du Tor des Glaciers.

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Le 6 septembre prochain, le coureur et triathlète Alexandre Genois prendra le départ du Tor des Glaciers, une course non balisée de 450 km et de 32 000 m de dénivelé positif à travers les Alpes italiennes. L’athlète de 29 ans de Québec nous fait découvrir l’univers des « très » ultras.

« La première journée, on se sent comme sur une bulle, et ça va bien. Les autres journées sont plus difficiles : tout ton corps t’ordonne d’arrêter », dit Alexandre Genois.

« Puis, après 300 km, on passe à un autre mode : la survie. Notre corps en vient à considérer ce nouveau quotidien nomade à enchaîner les kilomètres comme normal. À la fin du Tor des Géants [330 km et 24 000 mètres de dénivelé positif], j’avais l’impression que j’aurais pu continuer une ou deux journées de plus », précise l’adepte des défis d’endurance.

Pourquoi s’arrêter avant ? Un ultra-ultra comme un « tant qu’à faire ». Ou plutôt, un « tant qu’à souffrir ».

Stratégie et impondérables

Selon Genois, au-delà de 200 km, on fait « une course de gestion », ce qui ne déplaît pas à l’athlète détenteur de deux baccalauréats et de deux maîtrises (génie et droit). « Le but, c’est de ne jamais se briser, car il faut toujours avancer. Tous les problèmes que l’on rencontre sur les autres ultras de

100 km ou de 160 km, il faut s’assurer de les éviter dans une course de 450 km, parce que ce sera dans ce cas-ci impossible de les tougher », explique-t-il.

La gestion de l’effort, du sommeil, de l’alimentation, des inconforts... pendant des jours.

On dit que tout peut arriver sur un marathon. On devine que TOUT peut arriver sur une distance près de 11 fois plus longue. Alexandre Genois s’est conséquemment armé d’une dizaine de plans de match, selon divers scénarios. « Il y a une quantité incroyable d’impondérables dans une course aussi longue, surtout sous cette formule semi-autonome. J’espère dormir par exemple entre trois et quatre heures, entre minuit et 5 h, toutes les nuits, pour couper les journées... mais qu’est-ce qui arrive si je suis à 30 km de progression du prochain refuge ? Je vais devoir continuer ! » explique l’athlète.

« L’important, c’est de réussir à rester assez lucide », précise Alexandre Genois.

Les ultras pour la vie ?

À 16 ans, Alexandre Genois s’inscrivait à un Ironman (3,8 km de nage, 180 km de vélo et 42,2 km de course)... seulement parce que l’organisateur de la course lui a d’abord interdit de s’inscrire au Double Ironman (7,6 km de nage, 360 km de course et 84,4 km de course). « Je trouvais que ça avait l’air le fun ! J’ai fait ça avec mon vélo hybride et sans

wetsuit », rigole l’athlète de Québec. Il n’avait jamais participé à un triathlon.

Après avoir été plus sage côté distance pendant ses années dans le Rouge et Or, il se lance dans un 80 km en sentier à 21 ans, dans l’espoir de récolter des points pour faire le CCC du UTMB (100 km dans le cadre du Tour du

Mont-Blanc), puis le UTMB l’année suivante. Ensuite, quelques ultras, dont la Trans-Martinique, le Tor des Géants et un double Ironman en 2014, une traversée autonome du Canada record en

18 jours en 2016...

« Ce que j’aime des ultras comme ça, c’est qu’on vit quelque chose de tellement intense qu’on ne retrouve pas ailleurs. Sur une distance plus courte, je le sais que je vais réussir. Je préfère surtout puiser dans mes réserves mentales, même si c’est très exigeant, et que le décalage est souvent difficile au retour, » explique Alexandre Genois.

Il sait que le Tor des Glaciers s’ensuivra d’une période moins facile. Peut-être un « nouveau passage à vide », comme celui qu’il a vécu après le Tor des Géants, où la facilité du quotidien lui semblait désormais un non-sens.

« Mais je vieillis, et je suis rendu à une étape de ma vie où je veux avoir plus de temps et d’énergie pour me concentrer sur mon début de carrière et sur des projets familiaux. »

Il n’est toutefois pas question d’une retraite sportive à se bercer dans de vieilles pantoufles. « Je pourrais peut-être juste faire un 160 km par année comme ultra », dit-il, comme s’il s’agissait d’une promenade annuelle.

Le Tor des Glaciers

Chronique Oxygène du 29 août 2019
Photo courtoisie

Le Tor des Glaciers est une version « géante » du Tor des Géants, au cours de laquelle Alexandre Genois s’est classé en 2014. L’organisation souligne son 10e anniversaire en proposant à 100 coureurs émérites de participer à une épreuve encore plus extrême à travers un parcours non balisé dans les Alpes italiennes.

  • Quand : le 6 septembre 2019
  • Où : Vallée d’Aoste en Italie
  • Distance : 450 km et 32 000 m D+
  • Temps limite : 190 heures
  • Progression : semi-autonomie
  • Le plus haut sommet du parcours : Col Loson, culminant à 3299 mètres
  • Nombre de passages à plus de 3000 mètres : 8
  • Taux d’abandon moyen pour ce genre de distance : 50 %