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Et si on débutait par la fin?

Et si on débutait par la fin?
Photo courtoisie

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Je profite de ce nouveau départ, de cette nouvelle rentrée, pour partager avec vous les mots que j'ai écrits, en juin dernier, à une finissante particulièrement marquante. 

Chère Rosalie, tu excuseras ma calligraphie: la route et les vibrations de notre autobus font en sorte qu’il est difficile de tenir mon stylo. Évidemment, le bruit des rires suscités par les pitreries d’Alexis n’aide guère à ma concentration. Mais, pour être tout à fait honnête, c’est aussi l’idée d’en être arrivé à te faire mes adieux qui me rend hésitant à trouver les bons mots. 

Il y a déjà plusieurs années, tu es arrivée dans le gymnase pour y apprendre le basketball avec moi. Un peu gauche et timide parce que tu dépassais déjà, à l’époque, tous tes camarades d’une tête, tu es entrée avec la peur au ventre, incertaine de ce qui t’attendait avec ce drôle d’oiseau d’enseignant de sixième année. 

Il m’a fallu quelques blagues et une poignée d’encouragements pour que tu en viennes rapidement à vouloir bien faire et poser des questions fort pertinentes. Les mois, puis les années ont passé et c’est après un nombre incalculable d’entraînements et de parties que nous avons terminé cette aventure, il y a déjà quelques semaines, quand tu as donné la meilleure performance de tout ton parcours avec moi. 

Sur le terrain, devant des adversaires que nous nous savions incapables de battre, tu as travaillé intensément, sans jamais t’arrêter, envers et contre tout, comme si les chiffres au tableau indicateur n’existaient pas. Tu as brillé par l’effort et la volonté derrière chaque geste, chaque intention. 

Cette année, j’ai eu le privilège d’être ton enseignant et de voir cette force de caractère chaque jour où tu as mis les pieds dans notre bibliothèque transformée en local d’enseignement pour 63 élèves. À travers ce véritable chantier en perpétuelle reconstruction, tu as toujours donné le meilleur de toi-même, désireuse de suivre mes conseils, convaincue par une incroyable confiance en moi. 

Cette loyauté que tu as eue pour moi, pour notre rêve un peu utopique de la sixième année, elle m’a été essentielle. D’abord pour continuer à créer un petit univers gravitant en marge des normes habituelles dans une école, et ce, malgré les différents obstacles se trouvant sur ma route. Mais cette foi en ce que je suis m’a surtout permis de croire en moi, en mes forces, en ma capacité à toucher le cœur des jeunes gens avec qui j’ai l’honneur de partager mes journées. 

Cette confiance, cette fierté et ce respect dans ton regard, peu de collègues me les ont donnés. Non pas que je le souhaite tellement, mais je tiens à te le dire pour te faire comprendre à quel point ta générosité à mon égard est un cadeau que j’ai apprécié et que celle-ci m’a motivé à toujours chercher à faire mieux. Comme toi... 

Ne plus t’avoir avec moi, avec nous, afin de tenir la barre de ce petit monde éclectique qu’est notre sixième année, à Wolff, me peine beaucoup. En tout près de 15 ans en enseignement, tu as été l’une des élèves les plus dévouées et les plus ouvertes à accepter de poser un nouveau regard sur l’apprentissage et ce qu’on vit dans une école. 

Ma chère Rosalie, tes plus belles années sont devant toi et je serai toujours honoré d’avoir été le témoin privilégié des premiers moments marquants, succès et échecs, qui t’auront donné certains des outils nécessaires à tous les défis qui t’attendent. 

Je serai toujours très fier d’avoir passé dans ta vie. J’espère que nos adieux ne seront, au final, qu’un au revoir, et que tu reviendras me parler de tes nouvelles aventures au secondaire. Mieux encore, tu seras peut-être même de retour dans le gymnase pour y enseigner, à ton tour, le basketball à une petite fille un peu timide, mais au potentiel sans limites. Comme toi...