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Armes et explosifs retrouvés chez lui: une vraie bombe à retardement en prison

Le résident de Pointe-Calumet a été arrêté en possession d’une mitraillette et de substances explosives

Patrick Tremblay a été arrêté à sa résidence de Pointe-Calumet en juillet 2018.
Photos Martin Alarie et courtoisie de la cour Patrick Tremblay a été arrêté à sa résidence de Pointe-Calumet en juillet 2018.

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Débusqué par le FBI après avoir menacé de faire sauter le Pentagone, un homme des Basses-Laurentides chez qui on a découvert une mitraillette et des substances explosives croupit en prison depuis plus d’un an et pourrait bien y rester.

« Pour utiliser un mauvais jeu de mots, c’était une bombe à retardement, c’était ça au moment de son arrestation », a illustré le procureur de la Couronne Me Sédrik Valiquette en parlant de Patrick Tremblay.

 

  • La journaliste Claudia Berthiaume et l’ex-enquêteur de la SQ Paul Laurier étaient à l’émission Dutrizac sur QUB radio:

 

 

L’homme de 41 ans est détenu préventivement depuis que les policiers de la Régie de police du Lac des Deux-Montagnes se sont présentés à sa résidence de Pointe-Calumet, le 4 juillet 2018.

Mitraillette, arme artisanale, chargeurs à grande capacité, substances explosives : les enquêteurs ont fait des découvertes surprenantes dans la maisonnette sans meubles de la 31e Rue.

Les agents étaient allés s’enquérir de l’état de Tremblay, qui avait envoyé cinq courriels en deux jours au gendarme Vincent Pellerin de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), spécifiant qu’il comptait mettre fin à ses jours avec des explosifs.

Patrick Tremblay, que l’on voit avec son arme automatique.
Photo courtoisie de la cour
Patrick Tremblay, que l’on voit avec son arme automatique.

Pas un hasard

Le quadragénaire n’avait pas choisi son destinataire au hasard. Le policier œuvrant à l’équipe intégrée sur la sécurité nationale – qui enquête sur le terrorisme – avait rencontré Tremblay un mois plus tôt.

Le résident des Basses-Laurentides était dans la mire des autorités depuis un certain temps en raison de propos inquiétants tenus sur un site destiné aux investisseurs.

Ce sont des agents du FBI qui ont informé la GRC de menaces potentielles proférées à l’endroit de la Réserve fédérale américaine et du Pentagone à partir d’adresses IP québécoises.

Le AR57 modifié par Patrick Tremblay afin d’en faire une arme automatique.
Photo courtoisie de la cour
Le AR57 modifié par Patrick Tremblay afin d’en faire une arme automatique.

Après avoir rencontré Tremblay, la GRC a conclu qu’il n’avait pas la capacité de mettre ses menaces à exécution.

« On voit que c’est un solitaire qui passe beaucoup de temps sur internet. Ça semblait plus un geste impulsif », a témoigné le gendarme Pellerin, plus tôt ce mois-ci.

C’était toutefois sans savoir ce que Tremblay détenait chez lui.

La perquisition menée le jour de son arrestation a permis de mettre la main sur un pistolet artisanal Thompson Center et un AR57 modifié, tous deux fonctionnels.

L’arme automatique a été découverte sur la tablette d’une garde-robe.
Photo courtoisie de la cour
L’arme automatique a été découverte sur la tablette d’une garde-robe.

Arme automatique

Tremblay avait transformé la seconde arme afin qu’elle tire plusieurs projectiles à chaque pression de la détente, ce qui est interdit au Canada. Il possédait aussi trois chargeurs de 50 coups, qui sont prohibés – le maximum permis étant cinq cartouches.

Les autorités ont également saisi 3424 g de thiocyanate de cuivre et 112,4 g de perchlorate de cérium. Ces deux substances ne sont pas des explosifs en soi, mais plutôt des précurseurs pouvant le devenir.

Ce pistolet artisanal Thompson Center a été trouvé caché à l’intérieur d’un tuyau de PVC.
Photo courtoisie de la cour
Ce pistolet artisanal Thompson Center a été trouvé caché à l’intérieur d’un tuyau de PVC.

Détail non négligeable, le suspect connaissait le procédé chimique pour transformer ces produits en explosifs maison et l’a même expliqué aux autorités.

Un spécialiste de la GRC a par la suite confirmé la viabilité de la méthode.

Patrick Tremblay a été arrêté à sa résidence de Pointe-Calumet en juillet 2018.
Photo courtoisie de la cour

Inquiétantes photos

Si rien ne laisse présager que Patrick Tremblay préparait un massacre, des images trouvées dans son cellulaire ont de quoi inquiéter.

Vidéos violentes de l’État islamique, photos de membres coupés et de meurtres, visages de tueurs de masse : le contenu du téléphone n’avait rien de rassurant.

Deux fichiers intitulés « Mon Plan » et « Projets » donnaient également froid dans le dos.

Devant ce profil des plus inquiétant, la Couronne a demandé au juge Sylvain Lépine de protéger le public pour la plus longue période possible.

– Avec la collaboration de Christian Plouffe

Un cas de santé mentale qui ne mériterait pas la prison

L’avocate de Patrick Tremblay estime que celui-ci devrait recevoir des soins pour sa problématique de santé mentale au lieu de demeurer en prison, comme le réclame la Couronne.

« Si Monsieur n’avait pas tenu des propos suicidaires, il serait encore chez lui avec ses armes. Je ne vous dis pas que c’est plus légal, mais les infractions sont directement liées avec la problématique de santé mentale. Quand il y a cette problématique, les tribunaux l’ont dit à maintes reprises, c’est la réhabilitation qui doit primer », a plaidé Me Marie-Philip Tremblay au début du mois, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Plusieurs paquets de thiocyanate de cuivre et un flacon de perchlorate de cérium, qui semblent avoir été commandés par la poste, ont été saisis lors de la perquisition au domicile de Tremblay, à Pointe-Calumet. 
Photo courtoisie de la cour
Plusieurs paquets de thiocyanate de cuivre et un flacon de perchlorate de cérium, qui semblent avoir été commandés par la poste, ont été saisis lors de la perquisition au domicile de Tremblay, à Pointe-Calumet. 

Son client, Patrick Tremblay, venait de plaider coupable à des accusations de possession d’arme sans permis, de possession de dispositifs prohibés, de fabrication d’une arme prohibée, de possession de substances explosives et de menaces envers le Pentagone.

La criminaliste a tenté de convaincre le juge Sylvain Lépine que l’homme de 41 ans, qui est détenu depuis plus d’un an, avait passé assez de temps derrière les barreaux.

Patrick Tremblay a été arrêté à sa résidence de Pointe-Calumet en juillet 2018.
Photo courtoisie de la cour

Remise en question

« C’est la première fois de sa vie qu’il entre dans un établissement carcéral. Je pense qu’il a eu le temps de penser, de se remettre en question. Ce serait erroné de dire que ça n’a pas de valeur étant donné que ç’a pris la détention pour en arriver là, parce que sinon ça sert à quoi de mettre les gens en prison ? » a martelé Me Tremblay en réclamant une probation de trois ans avec suivi en guise de sentence.

Me Sédrik Valiquette, de la Couronne, a une position diamétralement opposée.

Patrick Tremblay a été arrêté à sa résidence de Pointe-Calumet en juillet 2018.
Photo courtoisie de la cour

« La problématique avec M. Tremblay, c’est l’absence de prise en charge de cette problématique de santé mentale là. [...] Qui sait ce qui aurait pu arriver avec cet individu-là ? Il était tellement fragile, il avait presque tous les outils, il avait les connaissances pour faire de lourds dommages », a souligné le procureur.

Évoquant un risque de récidive et une dangerosité élevés, Me Valiquette réclame une peine de deux ans de pénitencier – ce qui porterait le total d’incarcération à près de quatre ans –, suivis d’une probation de trois ans.

Le juge Lépine tranchera en octobre.

Les fichiers trouvés sur son téléphone

Fichier non daté intitulé « Mon plan »*

« Alors voici le plan. Je continue à construire des armes, des armes à feu, et je me concentre pour acquérir les capacités et tout le temps nécessaire pour finir mes missiles et mes armes chimiques. Disons le 24 juin 2014. Ça me donne environ 30 000 $, assez pour six missiles et assez pour tuer tout le monde à la Saint-Jean-Baptiste. [...] Ce jour-là, je pourrai lancer mon attaque chimique et mitrailler le reste des membres de ma famille. »

*Traduction libre de l’anglais

Fichier non daté intitulé « Projets »

« Résolutions pour l’an 2012

1) Maîtriser le mandarin, parlé et écrit

2) Maîtriser le propeller

3) Avoir développé et testé mon LCCM [Low Cost Cruise Missile]

4) Avoir développé et testé mon arme chimique, être opérationnel

5) Avoir développé et testé l’arme onéirique

6) Avoir développé et testé mon pistolet mitrailleur »

Fichier non daté intitulé « Recettes »

« Je veux que mon budget d’épicerie ne dépasse pas 60 $ par deux semaines, comme cela j’aurai 350 $ pour dépenser sur mes pièces d’armes et mes systèmes, mon site web, etc. »

Propos menaçants*

« Je n’ai rien à perdre. Mon prochain projet, laisser tomber l’épée de Damoclès sur le Pentagone pour ne pas m’avoir payé le 20 000 000 $ que je demande. Notre monde est un complet non-sens, rien n’est sûr. Tout est risqué. [...] Gros risque, grosse récompense, disent-ils. »

« Voici ce que je vais faire :

1) Construire des missiles ;

2) Les pointer vers la Réserve fédérale américaine (FED) ;

3) Si la FED ne me paie pas 20 M$ ; détruire le bâtiment alors que la plupart des directeurs sont toujours à l’intérieur. »

« Tim McVeigh [terroriste américain à l’origine de l’attentat d’Oklahoma City ayant fait 168 morts en 1995] a seulement dépensé 5000 $, j’en aurai 195 de plus. Si les autorités ne me paient pas les 2 M$ que je demande, je vais avoir 200 000 $ pour faire de leur vie un enfer sur terre. »

*Traduction libre de l’anglais