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Des nouvelles du sud sud

L’ex-numéro deux des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), Ivan Marquez
AFP L’ex-numéro deux des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), Ivan Marquez

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Comprendre les retournements de situations vers la droite en Amérique latine peut nous aider à mieux comprendre la situation que nous connaissons au Québec, et, par ricochet, au Canada. 

Il ne faut pas se le cacher, la gauche a perdu du terrain en Amérique latine, avec l’arrivée au pouvoir de gouvernements droite, alignés sur les politiques de l’empire américain, comme en Argentine, au Brésil, en Équateur, et dans une moindre mesure, au Chili. 

Dans ce dernier pays, on a appris récemment que le gouvernement soi-disant socialiste de Michelle Bachelet avait approuvé l’envoi, pendant son mandat, de cinq cent quatre-vingt-cinq officiers de l’armée chilienne à l’École des Amériques des États-Unis, basée en Géorgie, aux États-Unis, pour y recevoir une formation spéciale en matière de sécurité. Par le passé, cette école, de sinistre réputation, s’est rendue coupable de crimes contre l’humanité en formant des escadrons de la mort qui sont intervenus au Chili et en Bolivie, entre autres. 

Il ne faut donc pas s’étonner si madame Bachelet, maintenant en charge du Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme, s’en prend actuellement au gouvernement du président Maduro, au Venezuela, plutôt que de dénoncer tous les assassinats de syndicalistes, de militants des droits humains et d’ex-guérilleros en Colombie, les assassinats de leaders indigènes au Brésil, les violences en Haïti, au Paraguay, au Honduras, etc. Il est tellement plus facile, mais tellement honteux à la fois, de taper sur une personne qui est acculée au pied du mur, comme le dirigeant vénézuélien à qui on tente de couper tous les vivres, alors que le président brésilien, qui s’est rendu complice des accusateurs de l’ex-dirigeant Lula da Silva et de ceux qui brûlent actuellement l’Amazonie, jouit d’une totale impunité et se permet de narguer ceux qui osent le rappeler à ses devoirs. 

Au moment d’écrire ces lignes, l’ancien dirigeant des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), Ivan Marquez, annonce, dans une vidéo filmée quelque part dans les montagnes colombiennes, que son organisation reprend la lutte armée. Depuis la signature des accords de paix, à La Havane, en novembre 2016, 627 leaders sociaux et 138 ex-guérilleros des FARC ont été assassinés impunément. Ce véritable massacre n’est pas le fruit du hasard ou de vengeances personnelles mais correspond bien à un plan précis pour éliminer toute forme d’opposition. Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs, que le gouvernement trahit sa parole donnée et ferme les yeux sur les assassinats perpétrés par les groupes paramilitaires. 

Ainsi donc, les accords de paix, qui ont été négociés pendant quatre ans à La Havane, sont désormais rompus en raison de la trahison des secteurs du gouvernement opposés aux accords de paix, qui ont permis ces massacres. La guérilla reprend de plus belle dans la jungle colombienne et ces guérilleros l’ont annoncé à visage découvert, dans une vidéo qu’on peut voir sur le web. 

Cette entrée en scène d’ex-dirigeants de la guérilla, qui ont perdu leurs illusions sur une possible paix négociée de bonne foi, risque fort de bouleverser le fragile équilibre à la frontière entre la Colombie et le Venezuela.