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Le talon d’Achille d’Andrew Scheer

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C’était prévisible que la religion allait surgir dans la campagne électorale. Nul doute que l’avortement est une pierre d’achoppement qui risque d’empoisonner la vie de certains chefs et candidats.

Pour le moment, c’est Andrew Scheer qui est sur la sellette, avec ses déclarations alambiquées sur le droit des femmes à disposer de leur corps. Si ses propres députés ne comprennent pas sa position, comment peut-il la vendre aux Québécois et aux Canadiens ?

Quand la religion s’invite

Le 18 août dernier, son lieutenant politique au Québec, Alain Rayes, et une dizaine de ses députés et candidats prenaient part au défilé de la Fierté gaie, à Montréal. Andrew Scheer n’y était pas.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, en a profité pour diffuser sur son compte Twitter une vidéo, vieille de 14 ans, où le député Scheer faisait un discours contre le mariage entre personnes du même sexe.

Ce que M. Goodale a oublié de dire, c’est que des députés pro-vie et anti-mariage gai se retrouvaient aussi dans son parti (le PLC) et plusieurs avaient également voté contre le mariage gai et contre l’avortement.

En mai 2018, le Parti conservateur avait organisé un congrès bien réussi à Saint-Hyacinthe. De l’avis de plusieurs vétérans, on n’avait pas vu autant de conservateurs dans un rassemblement au Québec depuis l’ère de Brian Mulroney.

Le 13 mai, en point de presse avec Andrew Scheer, une journaliste lui demande s’il considérait « l’avortement comme un droit ». Et lui de répondre en oblique : « Ma position n’a pas changé et ne changera pas [...] et un gouvernement sous mon leadership ne va jamais ouvrir ce débat. »

Une question de leadership

Justin Trudeau a aussi été confronté au même dilemme, en 2014. Après plusieurs tergiversations, il a eu le flair de s’enlever cette épine du pied, cinq mois avant de s’engager en élection.

Il avait alors affirmé : « Sous ma direction, les nouveaux députés libéraux voteront toujours en faveur des droits fondamentaux de la femme [...] Lorsqu’il s’agit de soutenir activement les droits des femmes, notre parti doit parler d’une seule voix. » (CBC, 21 mai 2015)

Le problème se pose différemment pour Andrew Scheer. Il est lui-même catholique pratiquant et sa pensée politique a été structurée par ses convictions religieuses. Il s’est prononcé contre le mariage gai et contre l’avortement.

Il vient d’une province, la Saskatchewan, qui, paradoxalement, a vu naître le parti le plus à gauche du Canada, le NPD, a été la première à créer l’assurance maladie, mais où les institutions portent encore, aujourd’hui, l’empreinte des religions.

De plus, le parti d’Andrew Scheer compte de nombreux députés, candidats, organisateurs, donateurs et militants pro-vie.

La question est donc de savoir s’il veut faire du PCC un véritable parti national, incluant le Québec, majoritairement laïque, ou s’il veut le confiner dans son fief de l’Ouest canadien.

Aura-t-il assez de leadership pour déclarer publiquement et clairement que, comme citoyen, il a droit à ses convictions personnelles, mais que, comme futur premier ministre, il est de son devoir de défendre les droits des femmes à disposer de leur corps ? Une règle qui doit s’appliquer à tous ses députés, partout au Canada.