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Des adversaires qui ont tout à prouver pour déloger Trudeau

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Trois nouveaux chefs, une première avec deux députés verts et un nouveau parti. Les quatre dernières années ont été fort mouvementées chez les partis d’opposition. Le Journal dresse le bilan du travail des partis qui espèrent détrôner les libéraux de Justin Trudeau cet automne.

Parti conservateur

Andrew Scheer
Photo d'archives, AFP
Andrew Scheer

Équipe solide, chef peu convaincant

Les députés du Parti conservateur du Canada sont efficaces au Parlement et dans les médias, mais la plus grande faiblesse de la formation politique à l’aube des élections est à sa tête : le chef Andrew Scheer.

« M. Scheer fait son possible, mais ce n’est pas quelqu’un qui a beaucoup de charisme ou qui est bien connu de la population, analyse Daniel Béland, directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill. Il essaye de se faire connaître, mais c’est quelqu’un qui a des positions idéologiques semblables à celles de Stephen Harper et qui est proche de la droite religieuse, mais il doit convaincre les électeurs qu’il sera plus modéré dans ses politiques ».

M. Scheer a tout de même réussi à unir son parti après une course à la chefferie fortement contestée par son principal concurrent, Maxime Bernier, notent les experts.

Députés forts

Ce qui a beaucoup aidé le PCC à faire concurrence à Justin Trudeau au Parlement et dans les sondages est la force de ses députés, croit Mike Medeiros, spécialiste de politique canadienne à l’Université d’Amsterdam.

La forte présence des élus conservateurs sur le terrain explique aussi pourquoi le parti est autant en avance sur les autres dans la nomination de leurs candidats aux élections, dont plusieurs sont d’importantes figures locales et nationales.

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« Ils ont une équipe très solide, avec beaucoup d’expérience et de bons communicateurs qui ont été somme toute très responsables. On a l’impression que les députés comme Pierre Poilièvre, qui sont plus comédiens que politiciens, ont pris moins de place », explique le professeur de science politique.

Le parti a toutefois des éléments dans sa plateforme qui risquent de lui nuire.

« Une de ses lacunes les plus importantes est sur le plan environnemental, où il a présenté un plan dont les gens ont ri en disant que ce n’était pas très sérieux. Il s’oppose au prix sur le carbone, mais ce qu’il propose reste très flou », rappelle Daniel Béland.

Pas de direction

« Dans les propositions, on ne sent pas une direction claire, martèle Frédéric Boily, professeur à l’Université d’Alberta. Par exemple, lors des renégociations de l’Accord de libre-échange nord-américain, les conservateurs ont dit qu’ils feraient les choses différemment. Mais comment ? On ne sait pas. C’est la même chose avec les relations avec la Chine. Donc on a l’impression qu’Andrew Scheer n’a pas vraiment de solutions qui sont véritablement différentes des libéraux. »

Mais malgré ces faiblesses, le PCC a nettement surclassé les autres oppositions dans les quatre dernières années, nuance M. Boily.

Nouveau Parti Démocratique

Jagmeet Singh
Photo d'archives, Sarah Bélisle
Jagmeet Singh

Les néo-démocrates en chute libre

Les troupes de Thomas Mulcair sont tombées de haut aux élections de 2015, passant d’une centaine d’élus à 40. Ce fut une véritable gifle au visage pour le NPD, après qu’il eut réussi à former l’opposition officielle grâce au charismatique Jack Layton en 2011.

Le lendemain de veille aura été de longue durée. L’élection d’un nouveau chef pour la formation politique, Jagmeet Singh, n’est survenue qu’environ deux ans après le dernier scrutin fédéral.

Les membres ont dans un premier temps montré la porte à son prédécesseur, Thomas Mulcair. Une fois élu à la tête du parti, en octobre 2017, M. Singh, un ancien député ontarien de confession sikhe, a attendu jusqu’à l’hiver dernier pour faire son entrée aux Communes en tant que député de la circonscription britanno-colombienne de Burnaby Sud.

Discours contradictoires

Entre-temps, il s’est fait prendre à plusieurs reprises à tenir un discours contradictoire avec les positions officielles de son parti.

Sa performance à la période de questions a toutefois été remarquée par plusieurs observateurs, où il a souvent parlé de logements abordables et d’environnement.

« Mais il n’y a pas de corrélation entre la performance à la Chambre des communes et le succès le jour des élections », signale le politologue François Rocher.

Les experts s’entendent aussi pour dire que M. Singh peine encore à se faire apprécier des électeurs québécois. Les intentions de vote pour le NPD au Québec ont dégringolé ces derniers mois. Elles ont glissé à 7 %, ce qui place le parti en queue de peloton.

« Je dirais que les carottes sont plutôt cuites », résume M. Rocher.

Bloc Québécois

Yves-François Blanchet
Photo Agence QMI, Steve Madden
Yves-François Blanchet

Gestion de crise au Bloc

Le Bloc québécois a passé le plus clair des quatre dernières années à se reconstruire, après avoir réussi à ne faire élire que 10 députés en 2015.

C’était mieux que la débandade de 2011, mais insuffisant pour que l’ex-chef Gilles Duceppe reste aux commandes. « L’équipe est minuscule [...] ils n’ont plus de visibilité et c’est difficile pour eux, explique la politologue Geneviève Tellier. Ils font ce qu’ils peuvent avec les moyens qu’ils ont. »

La course à la direction qui a suivi la démission de M. Duceppe a fait ressortir d’importantes lignes de fracture au sein du parti. Le couronnement de Martine Ouellet n’aura ensuite qu’intensifié les dissensions jusqu’à déclencher une crise.

Sept des 10 bloquistes ont quitté le navire pour former Québec Debout pendant quelques mois.

Le roman-feuilleton a pris fin avec l’arrivée d’Yves-François Blanchet, un ex-ministre péquiste, à la tête du parti. Ce nouveau souffle a entraîné une remontée du Bloc dans les intentions de vote.

« Le vote pour exprimer son mécontentement n’ira pas [en octobre] aux néo-démocrates, mais risque de revenir au Bloc », croit le politologue François Rocher tout en demeurant prudent sur leurs chances de marquer beaucoup de points.

Parti populaire du Canada

Maxime Bernier
Photo d'archives, Agence QMI
Maxime Bernier

Le pari casse-gueule de Maxime Bernier

Le député de Beauce Maxime Bernier a lâché une bombe il y a un an en quittant avec fracas le Parti conservateur du Canada (PCC).

Celui qui a vu glisser entre ses doigts la chefferie du PCC a claqué la porte de cette formation politique pour lancer le Parti populaire du Canada.

Il invitait du même souffle tous les conservateurs déçus par le leadership d’Andrew Scheer à joindre ses rangs. Une initiative casse-gueule aux yeux de Frédéric Boily, politologue de l’Université de l’Alberta.

« On s’en aperçoit présentement parce qu’il a de la difficulté, aujourd’hui, à attirer l’attention autrement que par des controverses », estime-t-il.

M. Bernier a lancé son parti environ un an avant les élections d’octobre prochain.

Il avait donc peu de temps pour se bâtir une équipe et défendre ses positions, comme la baisse drastique des seuils d’immigration et son idée de mettre la hache dans la Loi sur le multiculturalisme canadien.

M. Bernier s’est aussi fait remarquer par ses envolées rhétoriques sur Twitter, comme quand il a soutenu que le CO2 n’est pas polluant en soi puisque les plantes s’en nourrissent. Si « Mad Max » arrive à faire parler de lui, M. Boily croit quand même qu’il a perdu son pari pour l’instant.

« Ce qu’il faut prendre en considération, c’est qu’il n’est pas parvenu vraiment à attirer des membres de l’establishment du parti conservateur [à part] quelques candidats au Manitoba qui sont des membres relativement mineurs du parti. »

Parti vert du Canada

Elizabeth May
Photo d'archives, Didier Debusschère
Elizabeth May

Un parti efficace avec juste deux députés

Son parti a beau occuper seulement deux des 338 sièges à la Chambre des communes, la chef du Parti vert Elizabeth May réussit à prendre une place considérable dans l’espace médiatique et parlementaire canadien.

« Un bon indice de la qualité du travail de Mme May, c’est de voir à quel point ses propos font réagir ici dans l’Ouest canadien, souligne Frédéric Boily, professeur à l’Université d’Alberta. C’est bien au-delà du poids de son parti en Chambre. »

« Elizabeth May est assez populaire en tant que leader. Elle peut critiquer, mais elle est aussi plus constructive dans son approche qu’Andrew Scheer ou Jagmeet Singh », ajoute Daniel Béland, directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill.

Cette approche a contribué à l’élection historique d’un deuxième député vert au cours du dernier mandat, ainsi qu’une montée importante dans les sondages récemment.

Rappelons qu’au niveau provincial, les partis verts ont pris une place importante dans les gouvernements de la Colombie-Britannique et du Nouveau-Brunswick au cours de la dernière année. Cela augure bien pour les chances du parti fédéral dans ces provinces, constatent les experts consultés par Le Journal.

Pour une première fois, on parle aussi du Parti vert en tant que potentielle force politique même au Québec et en Ontario, où la formation pourrait voler du terrain au NPD.