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Le.Panda: de la rue à la scène

Le.Panda: de la rue à la scène
COURTOISIE BERTRAND DUHAMEL

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Son baptistaire le présente sous le nom de Philippe Gagné, mais vous pouvez l’appeler le.Panda. On connaitra un jour l’origine de ce singulier surnom, mais pour l’instant, le musicien de rue, qui vient de mettre le pied dans le circuit professionnel en raflant les honneurs au 51e Festival international de la chanson de Granby (FICG), la semaine dernière, protège jalousement son secret.

L’auteur-compositeur-interprète et multi-instrumentiste indépendant, natif de Neufchâtel, en banlieue de Québec, annonce ses couleurs en se définissant comme «l’enfant illégitime d’un trip à trois entre Erykah Badu, DJ Khaled et Bob Marley» au son «soul-R&B-reggae-jazz».

Ses textes jasent de liberté et de l’importance de n’adhérer qu’à ses propres choix, une doctrine qu’il a mise en œuvre en abandonnant l’école et en pratiquant son métier comme il l’entendait, et ce, depuis sept ans.

«Mon rêve, c’était de jouer de la musique. J’ai tout lâché pour le faire. Au début, ça marchait plus ou moins, il fallait que je m’achète des pois chiches séchés au supermarché. Maintenant, je peux les acheter en canne et je suis vraiment content. Éventuellement, je pourrai peut-être "upgrader" à des haricots noirs...», expose le.Panda.

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Philippe Gagné commençait tout juste à se «sentir normal» en début de semaine, quelques jours après son couronnement au FICG, le vendredi 23 août. L’adrénaline aidant, il n’avait que peu dormi, mais se sentait quand même au sommet de sa forme, heureux du bagage emmagasiné grâce à sa participation au concours.

«Mon intention en m’inscrivant, c’était d’acquérir de l’expérience et de m’immiscer dans l’industrie de la chanson au Québec. Ça faisait sept ans que je vivais de la musique, mais dans un univers parallèle. Je voulais m’informer sur le milieu de la chanson. C’est quand même une grosse machine; il y a beaucoup d’intermédiaires, de grosses équipes, des labels. Moi, je ne connaissais rien de ça. Il n’y aura jamais d’atelier, à La Voix, par exemple, sur ce qu’est un bon contrat, ou ce qu’est un pisteur radio ou une attachée de presse, et sur l’importance d’en avoir dans son équipe. À Granby, on a reçu des formations, et je me sens maintenant plus outillé pour faire face à ce milieu-là. J’ai vraiment mis mes connaissances à jour grâce au festival», explique l’artiste.

Dans la rue

«L’univers parallèle» auquel le.Panda fait référence pour décrire son parcours, c’est celui de la musique de rue. Le musicien joue sur les trottoirs – par choix – depuis 2012. En 2013 et 2014, il a complété deux sessions d’études universitaires en Finlande et est parti gratter sa guitare dans les rues de l’Allemagne.

«C’est là que la cloche a sonné, illustre-t-il. Pour un musicien de rue, ça prend environ de deux à trois ans pour comprendre la "game", les heures, le style qui fonctionne. En Allemagne, je vivais de ce que je faisais dans la rue, et je me suis demandé pourquoi je ne pourrais pas le faire aussi dans ma ville, alors que je sais qu’il y a une grosse affluence touristique.»

«Alors, je suis revenu au Québec et, au grand dam de mes parents, j’ai lâché l’université et j’ai commencé à jouer à temps plein dans les rues en été. L’hiver, je me trouvais une "jobine" dans un café et je travaillais sur ma musique.»

Encore cet été, il a manié sa guitare, sa basse, sa flûte traversière, son harmonica, son trombone et sa batterie à ciel ouvert.

Son séjour à Granby derrière lui, il souhaite désormais transporter son savoir-faire sur scène en créant un spectacle, sortir des chansons à la pièce et, éventuellement, dévoiler un premier EP ou un album complet. Sans jamais oublier d’où il vient.

«Je veux profiter de ma tribune pour démystifier la musique de rue, indique le.Panda. Ce ne sont pas des drogués et des alcooliques qui font de la musique dans la rue; souvent, ce sont des gens qui aspirent à vivre de leur art, mais à qui le chemin traditionnel convient moins.»