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Trudeau a imposé son style

Justin Trudeau a un bilan moyen, mais il a réussi à imposer son style de politique basé sur l’image.
Photo Agence QMI, Roger Gagnon Justin Trudeau a un bilan moyen, mais il a réussi à imposer son style de politique basé sur l’image.

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L’image a pris une telle importance pour Justin Trudeau qu’il nous force à faire deux bilans de ces quatre années de gouvernement. Le bilan des actions réelles, et puis le bilan du film qui s’est joué sous nos yeux.

En matière de gouvernance, les libéraux ont rempli une portion raisonnable de leurs engagements. Le plus important pour moi demeure l’allocation canadienne pour enfants qui a déjà eu des effets pour sortir des enfants de la pauvreté.

On retiendra aussi la légalisation de la marijuana, une réforme du Sénat et des mesures concernant la place des femmes. Au Québec, la gratuité du nouveau pont Champlain touche des milliers de gens chaque matin.

Il en a aussi laissé tomber de grosses. Exit la réforme du mode de scrutin. Même chose pour le rétablissement du courrier à domicile et certaines promesses de transparence en matière d’accès à l’information.

Les déficits

Évidemment, le retour à l’équilibre budgétaire représente la promesse brisée au-dessus de toutes les autres. En cours de route, le gouvernement a décidé qu’on s’en fout des déficits, on dépense, et on reviendra à l’équilibre dans la semaine après jamais.

Tout cela compte peu. Le mandat de Justin Trudeau fut d’abord une affaire d’atmosphère, de symboles, de photos. En début de mandat, l’image de Justin était objet de fierté. Fini l’austère Harper, notre premier ministre fait la une des magazines du monde, habillé comme une carte de mode. Les jeunes filles se ruent pour le toucher dans des pays lointains ! Une nouvelle fierté canadienne !

Fort de cette confiance, Justin Trudeau pousse le bouchon trop loin. En Inde, il ne s’habille plus de façon originale. Il est déguisé. Il porte des costumes traditionnels de l’Inde alors que ses hôtes sont en complet. Il danse, il pavane, il se trouve beau. Dans la rue, on entend ses admirateurs d’hier dire : « Il nous fait honte ! »

Puis, il y a sa relation houleuse avec un certain Donald Trump. Il paraît parfois un peu faible, mais tout mis dans la balance, il s’en sort honorablement face à un voisin impossible. Il évite le pire.

L’épisode SNC

La plus récente crise, celle de SNC-Lavalin, aura fait vivre un semestre d’enfer à Justin Trudeau. Il s’en est sorti, mais l’épisode aura démontré trois grosses faiblesses.

  1. Une faiblesse du Parti libéral : dès qu’on soulève des problèmes d’intégrité, l’image libérale demeure très fragile et on entend vite l’écho du mot commandites.
  2. Une faiblesse du Canada sous Justin Trudeau. Le Canada n’est pas si uni qu’il le voudrait et s’il pose un geste pour sauver des emplois au Québec, ça dégobille vertement au Canada anglais.
  3. Une faiblesse de Justin Trudeau lui-même. Lorsque son conseiller Gerald Butts a démissionné, le chef libéral était déculotté totalement. Butts est de retour... et les choses se replacent.

Justin Trudeau aura néanmoins imposé son style aux autres partis. Le sourire d’Andrew Scheer et les turbans colorés de Jagmeet Singh, ce sont des réponses directes à l’image Trudeau.