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Un bilan économique en demi-teinte

Les années de gouvernement Trudeau ont permis aux familles canadiennes d’épargner, mais à quel prix?

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Photo d'archives, REUTERS Le ministre des Finances Bill Morneau et le premier ministre Justin Trudeau au moment de dévoiler le plus récent budget fédéral, le 27 février dernier au parlement.

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Allègement du fardeau fiscal des familles, investissements en infrastructures, libre-échange : en matière d’économie, les libéraux de Justin Trudeau n’ont pas chômé depuis quatre ans.

Le programme économique dévoilé par les libéraux à la veille des élections de 2015 avait déstabilisé leurs adversaires en ne promettant le retour à l’équilibre budgétaire qu’en 2019.

Cette promesse a toutefois rapidement pris le bord.

Confrontés à des indicateurs économiques défavorables, les libéraux n’ont pas hésité.

Au lieu de sacrifier certaines promesses au niveau social, « ce sont les promesses de retour à l’équilibre budgétaire qui ont souffert », dit Lisa Maureen Birch, directrice du centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval.

Cela ne semble toutefois pas préoccuper une majorité de Canadiens, souligne la coéditrice d’un bilan du gouvernement publié récemment.

« Il y a eu une grande période où la lutte au déficit a été une source de préoccupations constante, mais (plus) depuis la crise économique de 2008-2009 », constate-t-elle.

Mais le prochain gouvernement du Canada ne pourra pas ignorer bien longtemps les déficits qui s’accumulent, croit Simon Gaudreault, directeur de la recherche à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. La situation budgétaire est une préoccupation importante des PME, selon lui.

Équité fiscale

« Dans un avenir prévisible, on va devoir payer la facture. Et comment ? On craint que ce soit par des taxes et impôts plus élevés. »

L’autre dossier économique qui risque de rattraper les libéraux, c’est celui de l’équité face au fisc, croit la professeure de politique Geneviève Tellier de l’Université d’Ottawa.

Même si le gouvernement a investi dans l’embauche d’enquêteurs pour lutter contre l’évitement fiscal, les résultats tardent à se concrétiser.

Le ministre des Finances Bill Morneau s’oppose aussi à une taxe qui forcerait les géants du numérique à payer des impôts au Canada comme les autres entreprises.

« La notion d’équité est importante. Les contribuables tiennent à ce que chacun paie » son dû, dit-elle.

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Un déficit qui explose

En 2015, Justin Trudeau prend tout le monde de court en promettant... un « déficit à court terme de 10 milliards $ » par an afin de financer son programme. « Ils ont doublé le NPD par la gauche, alors que Thomas Mulcair venait de promettre d’équilibrer le budget », rappelle Geneviève Tellier, de l’Université d’Ottawa. Cette promesse sera toutefois brisée dès le premier budget Morneau, mais sans répercussions majeures sur la popularité du gouvernement. « Même aujourd’hui, la lutte au déficit est loin d’être une priorité pour les libéraux », dit Mme Tellier. Selon le directeur parlementaire du budget, ce n’est qu’en 2040 que l’équilibre pourrait être atteint.

Tensions commerciales

En matière de commerce international, il y aura eu un « avant » et un « après » Trump. Le président républicain a forcé la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain et l’imposition de tarifs a poussé Ottawa à accélérer ses échanges avec d’autres pays. « Ils ont fait le maximum possible », concède Simon Gaudreault, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. « On a pu sauver les meubles dans un contexte de négociation extrêmement difficile. » Malgré l’imposition de tarifs pour l’acier et l’aluminium, cette industrie s’en est plutôt bien tirée. L’industrie laitière apparaît quant à elle comme la « grande perdante » des tensions. « On a protégé certaines industries, comme l’automobile, mais l’industrie laitière a été sacrifiée », observe Mme Tellier.

Un programme d’infrastructures inachevé

Ambitieux, Justin Trudeau avait promis de faire passer à 125 milliards $ en 10 ans les sommes consacrées aux infrastructures. Des investissements en transport collectif et en logements abordables avaient notamment été promis. C’est sans compter la mise sur pied de la Banque de l’infrastructure, censée attirer des capitaux privés pour financer des projets comme le Réseau express métropolitain (REM). Les libéraux ont toutefois tardé à livrer la marchandise : en mars 2018, à peine la moitié des 14,4 milliards promis dans la première phase du plan avait été investie. Quant à la Banque, même le ministre de l’Infrastructure, François-Philippe Champagne, ne cache plus son impatience à son égard.

(Pas de) taxe GAFA

Sur le front de la fiscalité, les grands gagnants des années Trudeau sont les géants du numérique, qui ne paient toujours pas d’impôt au Canada. Le Canada attend que les 35 membres de l’OCDE s’entendent sur une stratégie commune à cet effet, répète le ministre Morneau. Pendant ce temps, elles siphonnent les revenus publicitaires des médias d’ici. Ceux qui s’attendent à une volte-face vont être déçus, prévient l’économiste François Delorme. « Le gouvernement ne voudra pas créer un nouveau front de désaccord avec les États-Unis. La stratégie du gouvernement consiste à procrastiner, et ça ne changera pas de sitôt », précise-t-il.

L’économie canadienne depuis 2015

DETTE NETTE DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL

  • Mars 2015 : 682 milliards $
  • Mars 2019 : 768,4 milliards $

CROISSANCE DU PIB (%)

  • 2e trimestre 2015 : -0,4 %
  • 2e trimestre 2019 : 3,7 %

PIB PAR HABITANT ($ US CONSTANT 2010)

  • 2015 : 50 256 $
  • 2018 : 51 358 $

TAUX DE CHÔMAGE

  • Juillet 2015 : 6,8 %
  • Juillet 2019 : 5,7 %

INVESTISSEMENTS DIRECTS CANADIENS À L’ÉTRANGER

  • 2e trimestre 2015 : 35,1 milliards $
  • 2e trimestre 2019 : 23 milliards $

INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS AU CANADA

  • 2e trimestre 2015 : 23,3 milliards $
  • 2e trimestre 2019 : 18,7 milliards $

Source : Statistique Canada