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Fédérales 2019: des enjeux chauds à surveiller

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OTTAWA | La campagne électorale fédérale est à nos portes. Le Journal a marqué le coup, samedi, avec la publication d’un premier grand sondage Léger sur les intentions de vote ainsi qu’un bilan du gouvernement Trudeau et des partis d’opposition. Aujourd’hui, nous vous proposons un aperçu des enjeux qui risquent de retenir l’attention dans les prochaines semaines. 

L’environnement  

Pétard mouillé ? 

Le pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan en construction en Alberta.
Photo Courtoisie
Le pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan en construction en Alberta.

 

Une série d’études cinglantes sur le réchauffement climatique et des sorties répétées de jeunes préoccupés par la question ont fait de l’environnement un incontournable.  

Mais est-il certain que ce momentum se reflétera en campagne électorale ? « La question de l’environnement peut se perdre avec d’autres enjeux », prévient un professeur de l’Université de l’Alberta, Frédéric Boily.  

La taxe sur le carbone mobilisera à coup sûr des échanges musclés, en plus de l’épineuse question du transport pétrolier par oléoduc.  

Or, le spécialiste en politiques environnementales à l’école de gestion HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau, doute que les partis traditionnels proposent des initiatives ambitieuses à ce chapitre.  

« Dire la vérité, c’est dire qu’il faudrait payer plus cher pour l’énergie, changer nos habitudes de transport [...]. Ça n’est pas le genre de message très populaire dans la classe politique », analyse-t-il.  

De nombreux électeurs sensibles à la question environnementale pourraient donc opter pour les libéraux de peur de voir une régression sous un éventuel gouvernement conservateur d’Andrew Scheer.  

L’affaire SNC-Lavalin  

L’épée de Damoclès 

Le siège social de la firme d’ingénierie SNC-Lavalin à Montréal.
Photo Agence QMI, Joêl Lemay
Le siège social de la firme d’ingénierie SNC-Lavalin à Montréal.

 

La controverse qui a pétaradé tout l’hiver a brièvement refait surface avec le blâme mis sur le premier ministre Justin Trudeau par le commissaire fédéral à l’éthique.  

Mais la joute politique ne fait que commencer à s’intensifier.  

Les partis d’opposition sauteront sur chaque occasion pour taper sur ce clou. Au plus fort de l’affaire de la firme montréalaise d’ingénierie et de construction SNC-Lavalin, les libéraux ont chuté dans les intentions de vote.  

Le rapport du commissaire à l’éthique n’a pas créé davantage de dommages.  

« Mais si ça n’avait pas été important, les libéraux auraient remonté dans les sondages », souligne le politologue à l’Université d’Ottawa, François Rocher.  

Il est trop tôt pour savoir ce qu’il restera de cette controverse le 21 octobre. Chose certaine, l’impact négatif pour les libéraux se concentre dans le Canada anglais.  

« Pour beaucoup de gens au Québec, ce qui est important, c’est de défendre les emplois de SNC-Lavalin, même si on n’a pas de preuve qu’ils sont réellement en péril et même si des prêts gouvernementaux à Bombardier n’ont pas empêché des licenciements », soutient la professeure de droit à l’Université de Montréal, Martine Valois.  

L’Immigration  

La carte imprévisible 

Une affiche, depuis retirée, enjoignant de voter pour Maxime Bernier afin de contrer l’immigration « de masse ».
Photo DIDIER DEBUSSCHERE
Une affiche, depuis retirée, enjoignant de voter pour Maxime Bernier afin de contrer l’immigration « de masse ».

 

Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, s’époumone à faire de l’immigration et du multiculturalisme des incontournables de la campagne électorale. Il est toutefois loin d’être certain, pour plusieurs politologues, que ce thème sera déterminant.  

L’afflux de migrants irréguliers passant par le rang Roxham, en Montérégie, s’est résorbé et les conservateurs n’ont pas détaillé ce qu’ils feraient avec les seuils d’immigration s’ils prennent le pouvoir.  

« Ils sont prudents de ne pas se faire avoir sur cet enjeu-là, comme cela a été le cas en 2015 avec Stephen Harper et les serments de citoyenneté », souligne M. Boily.  

Au Québec, les débats entourant la loi sur la laïcité pourraient avoir un impact.  

« S’ils sont brillants pour deux sous, les bloquistes vont revenir là-dessus en campagne électorale et ça va être une question qui risque de diviser l’électorat », note M. Rocher.  

Les provinces  

L’épouvantail Doug Ford 

Le premier ministre ontarien, Doug Ford.
Photo AFP
Le premier ministre ontarien, Doug Ford.

 

Depuis quelques mois, l’équipe de Justin Trudeau multiplie les sorties publiques pour mettre dans le même panier Andrew Scheer et des premiers ministres provinciaux conservateurs, comme Doug Ford et Jason Kenney.  

L’accent est surtout mis sur le premier ministre de l’Ontario puisque sa cote d’impopularité atteint des sommets.  

Ce type d’amalgame est utilisé autant pour faire craindre aux Canadiens des coupes budgétaires drastiques que pour dépeindre M. Scheer comme l’ennemi juré de l’environnement.  

« C’est la seule stratégie possible à l’heure actuelle pour les libéraux », estime M. Rocher.  

« Ça reste un peu démagogique, mais faire de la politique partisane dans une campagne électorale, ce n’est pas passer un examen dans un cours de sciences politiques », ajoute-t-il.  

Reste à voir si cette ligne d’attaque sera maintenue par les libéraux.  

Les déficits  

L’attaque prévisible 

Le ministre des Finances Bill Morneau. 
Photo AFP
Le ministre des Finances Bill Morneau. 

 

Les troupes d’Andrew Scheer continueront certainement de rappeler aux électeurs que le gouvernement Trudeau a rompu sa promesse de parvenir à l’équilibre budgétaire dans un premier mandat.  

Elles insistent déjà sur cet élément dans des publicités préélectorales.  

L’experte en finances publiques de l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier, relève toutefois que les conservateurs ont récemment changé leur discours à ce sujet. Plutôt que de promettre d’atteindre le déficit zéro en deux ans, M. Scheer se donne désormais cinq ans.  

Mme Tellier croit aussi que la plupart des Canadiens de la classe moyenne ont apprécié avoir plus d’argent dans leurs poches avec l’Allocation canadienne pour enfants, notamment.  

« J’ai toujours pensé qu’on était un peu bipolaires en tant qu’électeurs. On dit qu’on ne veut pas de déficit, mais en même temps on aime mieux avoir de l’argent tout de suite que plus tard. »      

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.