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Travailleurs et électeurs, même combat

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Le travailleur américain a la cote, et non seulement parce qu’on souligne, ce week-end, la fête du Travail. En s’engageant dès la semaine prochaine dans un blitz vers l’élection présidentielle – un blitz en forme de marathon, je reconnais, avec 14 mois encore d’ici le jour du vote – républicains et démocrates cherchent par tous les moyens à garder ou à ramener dans leur camp ces travailleurs qui ont surpris tout le monde en choisissant Donald Trump la dernière fois.

Les sondeurs ont beau s’amuser à décortiquer l’électorat, des constantes persistent aux États-Unis : les religieux évangéliques favorisent le parti républicain, par exemple ; les électeurs noirs, eux, se rangent massivement derrière le parti démocrate. Il y a un peu de mouvement, mais très peu. Puis, il y a les girouettes.

Les démocrates ont longtemps compté sur les travailleurs blancs sans diplôme universitaire, surtout du nord-est et d’une partie du Midwest, le long de la fameuse « Rust Belt ». En 2016, ce sont ces électeurs qui ont contribué à propulser Donald Trump vers une victoire inattendue.

La surprise, selon Gallup, n’aurait toutefois pas dû être aussi choquante. Sur 20 ans, la grande firme de sondage a observé un glissement des préférences politiques des travailleurs blancs sans diplôme universitaire. Et il existe maintenant un écart de 25 points entre les intentions de vote que récoltent les républicains (59 %) et les démocrates (34 %). Ces travailleurs-là avaient fait leur choix, bien avant Trump.

ILS SONT OÙ, LES SYNDIQUÉS ?

Ce que les statistiques du Bureau américain du travail démontrent, par ailleurs, c’est que la syndicalisation a reculé de moitié depuis 35 ans. Vingt pour cent des travailleurs américains étaient syndiqués en 1984, loin du sommet de 35 % atteint 20 ans plus tôt, en 1954, mais clairement plus nombreux que les 10,1 % des travailleurs aujourd’hui membres d’un syndicat.

Pourtant, une majorité d’Américains, selon ce qu’a constaté le Pew Research Center, a une opinion favorable des syndicats (55 %) contre un tiers qui les voit d’un mauvais œil. D’ailleurs, 51 % des personnes interrogées jugent que le recul de la syndicalisation a été mauvais pour les travailleurs, contre 35 % qui estiment que c’est une bonne affaire.

LES « MILLENIALS » S’IMPOSENT

Fascinant, d’autre part, de voir l’attention que porte Donald Trump aux agriculteurs – « our great farmers », comme il aime les appeler sur Twitter – alors qu’ils ne composent plus que 1,3 % de la population active aux États-Unis. L’immense majorité des Américains gagnent leur vie dans le secteur des services, plus de 80 % quand on inclut les fonctionnaires.

On constate aussi, en étudiant le monde du travail américain, que les « Millenials » – nés entre 1980 et 1994 et qui ont donc entre 25 et 39 ans – ont pris le dessus au sein de la population active. Ils ont passé, au cours des dernières années, autant les baby-boomers que la Génération X, née entre 1965 et 1979.

Rien de rassurant pour l’actuel occupant de la Maison-Blanche, alors qu’à leur tour ils assument des emplois qui comblent difficilement leurs besoins et des salaires qui progressent très lentement, malgré la supposée « meilleure économie de l’histoire du pays ». Ce sont eux, les « Millenials », qui, selon les derniers sondages, désapprouvent le plus la présidence de Donald Trump.

Il s’agit maintenant de voir lequel des candidats à l’investiture démocrate plaira le plus à ces électeurs, à ces travailleurs qui ont fait la différence en 2016. Joe Biden, le soi-disant « working-class hero », qui a toutefois passé sa vie active au Congrès ou à la vice-présidence ? Elizabeth Warren qui vient certainement d’un milieu plus modeste, mais qui, pendant 30 ans, s’est consacrée à l’enseignement universitaire ? Ou Pete Buttigieg, ancien combattant et gai, un profil qu’on croise rarement.

Trump, je vous le dis, ne sera pas facile à battre.

La syndicalisation dans le monde

  • Islande 90,4 %
  • Suède 66,1 %
  • Italie 34,3 %
  • Canada 25,9 %
  • Mexique 12 %
  • France 11 %
  • États-Unis 10,1 %

Les « millenials », les travailleurs les plus nombreux

Travailleurs américains, en millions (2017).

  • Millenials (1980-1994) - 56
  • Génération X (1965-1979) - 53
  • Baby-boomers (1944-1964) - 41
  • Génération Z (1995-2015) - 9
  • Génération silencieuse (1928-1943) - 3