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Il a disséqué 250 parties du corps

La plastination permet aux futurs médecins d’être mieux outillés pour effectuer de délicates chirurgies

Plastination
Photo collaboration spéciale, Alex Drouin Au profit de la science, le technicien prosecteur Denis Bisson effectue des recherches sur un pied qu’il a plastiné. Les organes serviront aux étudiants en médecine.

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SHERBROOKE  |  Un scientifique qui vient de prendre sa retraite a passé les dernières années de sa carrière à disséquer près de 250 parties du corps de personnes qui se sont livrées à la science.

« Mon travail a aidé à faire évoluer la science », fait valoir sans hésiter Denis Bisson, qui vient tout juste de prendre sa retraite après avoir occupé pendant une douzaine d’années le poste de technicien prosecteur (qui pratique la dissection) du laboratoire d’anatomie et de plastination de l’Université de Sherbrooke.

Cette technique scientifique, qui vise à préserver des parties du corps humain en retirant les liquides organiques et en les remplaçant par du silicone, avait fait beaucoup jaser en 2007 lors de l’exposition itinérante Body Worlds, soit la même année où cette technique a fait son apparition à l’université.

Durant sa carrière, M. Bisson a disséqué près de 250 parties du corps humain de personnes qui ont donné leur corps à la science, comme des coudes, des mains, des pieds, des cerveaux ou des cœurs, a affirmé le scientifique qui se tenait à côté d’une étagère remplie de membres humains disséqués lors de son entrevue avec Le Journal.

Pédagogique

Quand il se fait demander comment il fait pour laisser ses émotions de côté lorsqu’il dissèque une personne qui était vivante quelques jours auparavant, il répond tout simplement : « Il faut le voir d’un point de vue scientifique et d’enseignement. »

À Sherbrooke, la plastination est principalement utilisée pour l’enseignement des étudiants en médecine.

« Le médecin qui va te soigner connaîtra davantage l’anatomie, car il aura travaillé avec un véritable spécimen humain plutôt qu’un mannequin », illustre-t-il. Cela peut prendre entre 20 et 40 heures à un membre humain pour être disséqué. Le spécimen trempera dans divers produits pendant environ trois mois afin de remplacer les liquides organiques par du silicone. Il sera alors déshydraté sans être déformé.

« Une fois plastiné, ça va durer ad vitam æternam et l’on peut manipuler la partie du corps qui a été traitée à mains nues », précise-t-il.

Le cerveau est sans contredit la partie la plus difficile à plastiner, puisqu’il est composé en grande partie de graisse.

« L’acétone dissout les graisses, alors il se peut que le cerveau soit magané si la plastination ne se fait pas correctement », explique celui qui a une formation de pathologiste. Il a appris son métier au fil des années puisqu’il n’y a pas d’école au Québec qui enseigne spécifiquement la plastination.

Cas très rare

Juste avant sa retraite, M. Bisson a légèrement travaillé sur un cas très rare appelé situs inversus, c’est-à-dire que la plupart des organes internes se retrouvent à l’opposé d’où ils devraient être. Par exemple, le cœur est à droite plutôt qu’à gauche.

« Je n’avais jamais entendu parler de ça et je ne croyais pas la famille lorsqu’elle m’a parlé de cette particularité », a lancé M. Bisson.

Après quelques recherches, il a constaté que c’était effectivement un cas très rare et qu’une personne sur 10 000 peut être ainsi formée.

« J’aurais aimé travailler davantage sur ce corps [mais il ne sera pas disponible avant trois mois] », déplore-t-il en serrant les dents, déçu de ne pas avoir eu un cas comme celui-là plus tôt dans sa carrière.

La plastination permet de mieux éduquer

Une technique d’enseignement en médecine peu connue au Québec permet aux futurs médecins d’être mieux outillés lorsqu’ils devront effectuer de délicates chirurgies pour sauver des vies.

« La plastination me permet d’apporter un organe en classe et de leur montrer comment c’est fait en effectuant quelques tests. Cela nous permet d’aller un peu plus loin dans notre enseignement », explique le directeur du laboratoire d’anatomie et de plastination de l’Université de Sherbrooke (UdeS), Frédéric Balg.

Un genou plastinés.
Photo Alex Drouin
Un genou plastinés.

La plastination est pratiquée dans seulement quelques établissements de la province comme la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS, qui se targue d’avoir été le premier laboratoire du Québec à pratiquer cette technique visant à préserver des parties du corps humain en retirant les liquides organiques et en les remplaçant par du silicone.

Or, plutôt que de conserver un corps en entier, la Faculté ne conserve que des parties du corps humain comme des cerveaux, des pieds et des mains, pour ne nommer que ceux-là.

Un morceau de cerveau.
Photo Alex Drouin
Un morceau de cerveau.

Très abstrait

M. Balg constate depuis des années que les étudiants ont de grandes faiblesses lors des cours d’anatomie. « C’est très abstrait pour eux », dit-il.

Le directeur amène régulièrement ses étudiants examiner des corps décédés, mais il reconnaît que l’accessibilité des laboratoires peut parfois être restreinte. Sans oublier qu’il ne pourra effectuer des tests sur les corps en question puisque les groupes suivants doivent eux aussi examiner les corps, et ce, en parfait état.

« On peut dire que c’est, en quelque sorte, révolutionnaire puisque ça augmente la compréhension des étudiants du corps humain, plutôt que simplement apprendre la théorie par cœur », soutient M. Balg.

« En examinant par exemple un genou, ils sont en mesure de faire des liens plus faciles pour comprendre certaines maladies », ajoute celui qui est également professeur de chirurgie orthopédique.

Il donne aussi comme exemple pédagogique les cas de cœurs qui ont été disséqués et qui ont encore leur stimulateur cardiaque, ce qui permet au professeur de montrer à ses étudiants comment le chirurgien s’y est pris pour l’installer.