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«J’abandonne une partie de moi que j’adapte»: le bonheur en débat

«J’abandonne une partie de moi que j’adapte»: le bonheur en débat
PHOTO COURTOISIE, HUBERT AMIEL

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MONTRÉAL – Avec la pièce «J’abandonne une partie de moi que j’adapte», présentée au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 7 septembre, la metteure en scène Justine Lequette souhaite faire du bonheur une question résolument politique.  

Le point de départ de la pièce nous ramène à l’aube des contestations de mai 68. C’est à partir du documentaire de 1961 «Chronique d’un été» d’Edgar Morin et Jean Rouch – à travers lequel les deux intellectuels interrogent certains travailleurs sur leur vie quotidienne et sur leur rapport au bonheur – que la pièce de Justine Lequette entame son parcours d’un peu plus d’une heure.  

«Au départ du projet, j’avais vraiment envie de parler de la question du travail aujourd’hui, et c’est en me penchant sur cette question que je suis tombé sur le documentaire Chronique d’un été, indique la metteure en scène. J’ai sélectionné ensuite uniquement les scènes dans lesquelles la question du bonheur résonnait avec celle du travail. »  

Le titre de la pièce «J’abandonne une partie de moi que j’adapte» renvoie explicitement à ce film et plus particulièrement au commentaire d’un ouvrier questionné par les deux cinéastes. On l’entend ainsi expliquer qu’à chaque fois qu’il se rend au travail, il abandonne une partie de lui, qu’il doit adapter, et qu’il retrouve uniquement une fois la journée terminée.  

« Cette phrase, elle m’a semblé être au cœur de ce que je voulais raconter. Le titre s’est imposé assez rapidement », a expliqué Justine Lequette.  

Mécanisation générale  

«Chronique d’un été»a permis de saisir l’aliénation vécue au travail il y a maintenant 60 ans, «J’abandonne une partie de moi que j’adapte» parle du même sujet dans le contexte d’aujourd’hui en y intégrant des scènes à la fois tirées du film et d’autres, fictives, se déroulant dans les années 2010. L’évolution à travers le temps ne semble pas nécessairement être à notre avantage.  

« Je dirais que ça a empiré, soutient Justine Lequette. Je me suis basé sur un auteur et philosophe du nom de Roland Gori qui parle d’une prolétarisation générale de la société. À son avis, ce qui s’est passé dans les années 1960, la mécanisation ouvrière, se retrouve aujourd’hui à tous les niveaux de la société, pour un médecin comme pour un directeur d’école par exemple, parce que les tâches des emplois sont devenues tellement spécialisées que l’on vit tous cette machinisation que vivaient uniquement les ouvriers dans les années 60. Je pense que cette question de l’émancipation au travail est devenue une question très actuelle. »  

La pièce, réglée au quart de tour, se promène ainsi entre deux époques, pour terminer son parcours avec une finale qui prend au cœur. «J’abandonne une partie de moi que j’adapte» n’offre pas de réponse, on lui aurait reproché alors d’être prétentieuse. Néanmoins, dans une proposition où le théâtre, la danse et le documentaire se mêlent élégamment, la pièce de Justine Lequette soulève fort habilement la question du bonheur. On en ressort le cœur gai, mais quelque peu confus, nous forçant à réfléchir sur notre propre bonheur.