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Un grand du journalisme : Pierre Nadeau est décédé

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MONTRÉAL | Une grande personnalité de l’information vient de s’éteindre. L’animateur, journaliste et producteur Pierre Nadeau est décédé mardi des suites d’une longue maladie. Il avait 82 ans. 

Sa fille, la chef d’antenne de Radio-Canada Pascale Nadeau, a annoncé la triste nouvelle mardi après-midi. 

«Le cœur brisé, je vous annonce que ce matin, tout doucement, dans mes bras, est décédé mon courageux, résilient et combatif père, Pierre Nadeau», a-t-elle écrit. 

«Je te souhaite le plus beau des voyages», a ajouté la journaliste, en terminant son message d’un «Je t’», suivi d’un cœur, symbolisant ainsi «Je t’aime». 

  

Pierre Nadeau était atteint de la maladie de Parkinson depuis 2006. 

Reconnu dans sa carrière pour ses qualités d’intervieweur hors pair, sa capacité à brasser la cage en entrevue, sa diction impeccable et sa stature droite et imposante, Pierre Nadeau incarnait la crédibilité à l’heure où le public québécois s’ouvrait sur le monde. Toujours en parfaite maîtrise, le communicateur alliait la prestance, la noblesse dans la livraison de son contenu et la pertinence de celui-ci. 

 

Pierre Nadeau reçoit Gilles Duchenes à l’émission « Pierre Nadeau rencontre » en septembre 1982.
Photo courtoisie, Radio-Quebec
Pierre Nadeau reçoit Gilles Duchenes à l’émission « Pierre Nadeau rencontre » en septembre 1982.

 

«Moi, je pense qu’il y a eu deux grands communicateurs au Québec, René Lévesque et Pierre Nadeau», a fait valoir son ancien collègue Bernard Derome, en entrevue avec l’Agence QMI, quelques heures après l’annonce du décès. 

«Il pouvait passer du Géant Ferré à un terroriste cagoulé en Jordanie», a résumé Stéphan Bureau, pour dépeindre le large registre de Pierre Nadeau. 

ÉCOUTEZ l’entrevue de l’ancien collègue de Pierre Nadeau, Jean-Luc Mongrain, sur QUB radio:

Meilleur reporter 

Pierre Nadeau est né le 19 décembre 1936, à Montréal. 

Après des études classiques au Collège Jean-de-Brébeuf et en sciences politiques à l’Université de Montréal, il a entamé sa carrière comme reporter à CJBR, la radio de Rimouski, en 1956, et est entré un an plus tard à Radio-Canada, où il devint avec les années une icône des affaires publiques. 

À la fin des années 50, le communicateur est allé s’établir à Paris avec son épouse de l’époque, France Johnson, pour suivre des cours d’art dramatique et prendre part à un stage d’un an à l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF). 

Revenu au pays au début des années 60, alors père de deux enfants, Pierre Nadeau a investi Radio-Canada pour les 20 années suivantes. Il y tenu la barre d’émissions comme «Aujourd’hui» et «Caméra», de 1962 à 1970. En 1964, il a reçu le trophée Méritas du Meilleur reporter à la télévision. 

Émissions prestigieuses 

Nommé correspondant de Radio-Canada à Paris en 1965, il a occupé ce poste pendant trois ans, avant de rentrer au bercail pour animer, à la radio et à la télévision, des tribunes qui ont contribué à forger sa réputation et sa notoriété et auxquelles on l’associe encore aujourd’hui, telles «Le monde maintenant», «Le 60», «Le Téléjournal», «Télémag», «Déjà 20 ans», «Les lundis de Pierre Nadeau», «Pierre Nadeau rencontre», «L’Observateur» et «Le Point». 

 

Pierre Nadeau anime l'émission « Le 60 » en 1974.
Photo courtoisie, Radio-Canada
Pierre Nadeau anime l'émission « Le 60 » en 1974.

 

«Le 60» atteignait fréquemment plus d’un million de téléspectateurs, un chiffre impressionnant pour l’époque, et de surcroît pour une émission d’information. 

Les reportages de Pierre Nadeau ont rendu compte de certains événements mondiaux les plus importants des 50 dernières années, comme la crise à Chypre, la guerre israélo-arabe, les massacres au Burundi et la réalité des Palestiniens en Cisjordanie. 

En 1975, Pierre Nadeau était sacré vainqueur du concours du Plus bel homme du Canada instauré par Lise Payette. 

À TVA 

En 1979, il a fondé la maison Productions du Sagittaire, qui fut notamment derrière l’acclamée série «Les Grands Procès», une coproduction de Sovimage diffusée de 1993 à 1995 à TVA. Pierre Nadeau agissait comme narrateur dans ces reconstitutions de procès ayant marqué l’imaginaire québécois au 20e siècle (l’affaire Mesrine, l’affaire de la petite Aurore, l’affaire Cordélia Viau, etc.). 

À titre de producteur, on lui doit aussi les concepts de «Sept jours», «Ferland-Nadeau en vacances» et «Ferland-Nadeau en direct» (qu’il coanimait avec Jean-Pierre Ferland) et «L’Événement» (dont il était aussi l’hôte), tous présentés à TVA. À Radio-Québec (aujourd’hui Télé-Québec), il a produit «Nord-Sud», animée par le défunt André Payette. 

 

Photo d'archives

 

En 1994, il a été nommé délégué du Québec à Boston, fonction qu’il a occupée pendant un an. Il est retourné à Radio-Canada en 1996, où il a piloté «Enjeux». 

En 2001, l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision (ACCT) rendait hommage à Pierre Nadeau lors du Gala des prix Gémeaux, en lui décernant le Grand Prix de l’Académie. La même année, l’homme lançait sa biographie, «L’Impatient». 

Détenteur de plusieurs trophées Gémeaux, Pierre Nadeau s’est vu octroyer nombre de distinctions prestigieuses dans sa vie. Il a notamment été fait Chevalier de l’Ordre national du Québec, Officier de l’Ordre du Canada et, en 2016, on lui décernait la médaille d’honneur de l’Assemblée nationale du Québec. En 2002, le Festival de Banff l’intégrait à sa liste des 50 personnalités les plus célèbres des 50 premières années de la télévision du Canada. 

En janvier 2013, Pierre Nadeau adressait des adieux publics à son meilleur ami, le journaliste sportif Richard Garneau, qui venait de décéder. Tous deux avaient commencé leur parcours professionnel en même temps à Radio-Canada. 

 

Les journaliste Richard Garneau et Pierre Nadeau.
Photo courtoisie
Les journaliste Richard Garneau et Pierre Nadeau.

 

Pierre Nadeau s’était marié en 1957 avec la journaliste et animatrice France Johnson, de qui il s’était séparé en 1983. Mme Johnson est décédée, le 9 juillet dernier. Pierre Nadeau et France Johnson ont eu deux enfants, leur fille Pascale, journaliste, et leur fils Sylvain, avocat, installé à Paris. 

Ses collègues lui rendent hommage 

Une vingtaine d’années plus jeune que Pierre Nadeau, Pierre Bruneau n’hésite pas à qualifier ce dernier de «modèle» et de «mentor», d’«idole pour une génération», soutenant que Nadeau l’a beaucoup inspiré dans son métier, à une époque où encore peu de pionniers avaient pavé la voie aux plus jeunes. Les deux hommes ont travaillé ensemble à TVA au tournant des années 90 et se vouaient une admiration mutuelle. 

 

Photo d'archives

 

«Il avait vraiment son style direct, dans le fait de parler pour être écouté, a souligné Pierre Bruneau. C’était un bonhomme charmant, d’une grande classe, très "classy", je dirais. Un prince des annonceurs, qu’on disait à l’époque! C’était un très grand journaliste, un beau modèle, très accessible. C’était un vrai de vrai!» 

«Nadeau, c’est une époque, a complété Bernard Derome. Le journaliste, le correspondant, le gars de terrain, la prestance, la capacité de rebondir: c’était une référence. J’ai beaucoup appris de lui. C’était un gars adorable, chaleureux, qui avait toutes les qualités, un fonceur qui n’avait pas froid aux yeux, et un sens de la vulgarisation remarquable.» 

«Toute la famille journalistique perd un collègue d’exception, a renchéri Anne-Marie Dussault. Avant même de savoir que j’allais devenir journaliste, je buvais ses paroles et ses reportages, et j’ai ensuite eu le privilège de le côtoyer au travail. Ils sont plusieurs à avoir voulu devenir journalistes grâce à lui. Il avait le sens de l’histoire qu’il allait raconter aux gens, un grand charisme et une grande générosité.» 

Simon Durivage s’est remémoré sa collaboration avec Pierre Nadeau à l’époque du «Point», à Radio-Canada, de 1984 à 1988, alors que Brian Mulroney venait d’être élu premier ministre du Canada. 

«On a vécu des années absolument passionnantes, a raconté Simon Durivage. Sur la scène internationale, il y avait tellement de sujets chauds dans lesquels Pierre excellait! On avait un plaisir fou à travailler ensemble. On s’amusait comme des enfants dans la présentation des émissions. C’est devenu un ami, et je ne serais pas là s’il n’avait pas été là.» 

«Il était vraiment princier dans sa façon de se comporter, de faire du journalisme, dans sa manière si élégante de présenter ses émissions, grâce à sa langue, qui était si parfaite et si soutenue, a pour sa part souligné Denise Bombardier. Une langue dans laquelle il exprimait tout ce qu’il voulait, et qui était comprise par tout le monde. Ce n’était pas quelqu’un de partisan ou d’idéologique, ni quelqu’un de "familier". C’était un homme de terrain, il ne voulait pas parler de politique tout le temps.» 

«Il avait beaucoup de présence, il en imposait beaucoup, a ajouté la chroniqueuse au "Journal de Montréal". Il n’avait peur de personne. Il avait un côté combatif, coléreux, parfois. On lui a offert toutes sortes de choses sur un plateau d’argent, parce qu’il était un aristocrate. Il était à la hauteur de ce qu’il voulait, et à la hauteur des gens qu’il rencontrait.» 

Enfin, Stéphan Bureau a salué «non pas un héros, mais un ami», à «l’instinct redoutable», qui l’a souvent conseillé et critiqué au cours de sa carrière. 

«C’était mon rêve de policier ou de pompier à moi, un Tintin qui partait aux quatre coins du monde, a imagé Stéphan Bureau pour illustrer combien Pierre Nadeau était son idole de jeunesse. C’est quelqu’un qui pouvait être extrêmement rigoureux, mais aussi espiègle. Il avait l’élégance d’un prince et la générosité d’un roi. Il était vrai à l’antenne et dans ses rapports avec ses collègues, il n’était jamais condescendant. Il pouvait donner l’impression d’être un personnage un peu hermétique, mais loin s’en faut.» 

Ils ont réagi sur Twitter 

- «Bonne route, Pierre» - Le journaliste et auteur Daniel Lessard 

- «Je suis triste d’apprendre le décès d’un grand du journalisme québécois. Pierre Nadeau était un homme cultivé, un intervieweur hors pair. On s’ennuie de ses grands entretiens à Format 60. Pensées pour sa fille @PascaleNadeau et tous ses proches» - Le premier ministre du Québec, François Legault 

- «#PierreNadeau fut pour moi une grande source d’inspiration. Son professionnalisme, sa classe, sa grâce en ont fait un journaliste d’exception. Toutes mes pensées @PascaleNadeau, son époux Martin (ex patron que j’ai bcp apprécié et à la famille» - La journaliste, animatrice et documentariste Esther Bégin 

- «Mes pensées vont vers @PascaleNadeau qui est bien éprouvée de perdre ses deux parents dans un temps si rapproché. Mes condoléances #PierreNadeau» - La comédienne Danièle Lorain 

- «Triste nouvelle. Sincères condoléances à vous Pascale et à vos proches. Pierre Nadeau a été un géant du reportage et du journalisme québécois. Il a été un témoin privilégié des événements, ici comme ailleurs dans le monde, à la fois d’une grande rigueur et vulgarisateur. Merci!» - Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor 

- «Pierre Nadeau était un grand journaliste et une inspiration pour toute une génération de communicateurs. #respect #pierrenadeau #journalisme» - Michel Jean, chef d’antenne et journaliste à TVA Nouvelles et auteur 

- «Un très grand journaliste, un érudit jusqu’au bout des doigts, un esprit aussi raffiné qu’ouvert sur le monde. Un modèle de droiture. Un très grand respect. Toutes nos condoléances à sa famille» - La journaliste, chroniqueuse et auteure Josée Legault 

«Toutes mes sympathies pour la perte de ce grand homme» - L’analyste politique et animateur à QUB radio Jonathan Trudeau