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Cellulaires: des écoles du Québec appliquent déjà la ligne dure

Au moins trois établissements ne permettent pas du tout l’utilisation du cellulaire à l’école

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 Des écoles québécoises adoptent la ligne dure envers le cellulaire, certaines allant même jusqu’à l’interdire en tout temps, comme la France.  

 

 Dans son édition de lundi, Le Journal rapportait que l’interdiction du cellulaire dans les écoles en France est bien accueillie dans les établissements, un an après son entrée en vigueur. Une tournée effectuée dans plusieurs écoles françaises au printemps a révélé que cette mesure avait beaucoup d’effets positifs.  

 

 Alors qu’en France, le cellulaire est banni en tout temps à l’école, au Québec ce petit appareil est généralement interdit en classe (sauf pour des usages pédagogiques), mais permis pendant l’heure du dîner et les pauses.  

 

 En réalité, la situation est souvent à géométrie variable, selon l’enseignant qui décide ou non de suivre le règlement à la lettre.  

ÉCOUTEZ l’entrevue avec Daphnée Dion-Viens, journaliste au Journal de Québec, sur QUB radio:

 Adopter la ligne dure  

 

 Or, devant l’omniprésence des notifications et textos en classe, certaines écoles ont récemment serré la vis.  

 

 Depuis l’automne dernier, les cellulaires sont bannis en tout temps à l’intérieur de l’école secondaire Fernand-Lefebvre, à Sorel-Tracy. Cette décision a complètement changé l’ambiance de l’école (voir autre texte). La même règle est en place à l’école secondaire Saint-Stanislas, à Saint-Jérôme.  

 

 À Lévis, la direction de l’école secondaire les Etchemins a décidé depuis avril de faire respecter de façon beaucoup plus stricte le règlement qui interdit l’usage du cellulaire en classe (voir encadré). Les cellulaires sont confisqués pour la journée si un élève se fait pincer.  

 

 Ces petits appareils étaient devenus une véritable source de distraction en classe et un «obstacle» aux apprentissages, ce qui a suscité «les plus vives inquiétudes» parmi les enseignants, révèle une lettre envoyée aux parents.  

 

 «C’était de plus en plus difficile à gérer, parce qu’on avait manqué de rigueur», affirme Caroline Massicotte, qui était jusqu’à tout récemment directrice de l’école.  

 

 À la Commission scolaire Kamouraska–Rivière-du-Loup, on ne badine pas avec l’usage non autorisé du cellulaire en classe.  

 

 Les élèves qui se font prendre à l’utiliser pendant un cours en sont privés pendant une semaine complète, ce qui arrive quelques fois dans l’année, indique le directeur des communications, Éric Choinière.  

 

 Réflexion en cours  

 

 Pendant que certains établissements passent à l’action, d’autres se questionnent, constatant à quel point cet objet occupe une place parfois envahissante dans la vie des jeunes.  

 

 À l’école secondaire François-Bourrin, un établissement privé de Québec, l’exemple de la France revient fréquemment dans les conversations entre les membres du personnel.  

 

 «Il ne se passe pas une semaine sans qu’on en parle», lance son directeur, Jean-David Meunier.  

 

 À la Fédération des établissements d’enseignement privés, on affirme toutefois qu’il ne s’agit pas d’un enjeu majeur puisque les élèves «sont moins branchés que ce que l’on pourrait croire».  

 

 De son côté, Lise Madore, qui était jusqu’à tout récemment présidente de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, affirme plutôt que l’interdiction en vigueur dans les écoles en France suscite de l’intérêt de ce côté-ci de l’Atlantique.  

 

 «C’est sûr que ça va être une réflexion qui s’en vient dans nos milieux, j’en suis convaincue», lance-t-elle.  

 La vie est revenue dans une école secondaire de Sorel-Tracy 

 

 

 Les élèves de l’école secondaire Fernand-Lefebvre ont dû apprendre à mettre de côté leur cellulaire, y compris pendant les pauses et l’heure du dîner, ce qui a complètement changé l’ambiance entre les murs de cet établissement de Sorel-Tracy. 

Nathalie Massicotte.
Directrice d’école
Photo Daphnée Dion-Viens
Nathalie Massicotte. Directrice d’école

 

 L’an dernier, le hall d’entrée de cette école qui accueille 1100 élèves de la troisième à la cinquième secondaire était bien silencieux. Des dizaines d’élèves s’y tenaient tête baissée, les yeux rivés à leur écran de téléphone cellulaire. «Tout le monde était assis, personne ne se parlait. C’était fou!» lance la directrice Nathalie Massicotte.  

 

 C’est maintenant tout le contraire, a constaté Le Journal lors de son passage dans l’établissement ce printemps. Le niveau de décibels était plutôt élevé dans le grand hall situé près des casiers, où les blagues fusaient entre élèves. «C’est le jour et la nuit!» affirme l’enseignante de mathématique Suzanne Cournoyer.  

 

 Depuis l’automne dernier, les cellulaires sont interdits en tout temps à l’intérieur de l’école. Un élève qui se fait prendre avec son téléphone dans sa poche aura droit à un premier avertissement. S’il récidive, son cellulaire lui sera confisqué jusqu’à la fin de la journée. En cas de deuxième récidive, c’est le parent qui devra venir chercher l’appareil le jour même, si l’élève veut le récupérer. «Dans 98 %, on a la collaboration des parents. Plusieurs nous disent même de garder le cellulaire», indique la directrice.  

 

 Un élément déclencheur  

 

 Mme Massicotte avait déjà pu constater les avantages d’une telle interdiction, puisqu’elle l’avait instaurée il y a déjà plusieurs années à l’école secondaire Bernard-Gariépy, qui accueille les élèves de première et deuxième secondaire de Sorel-Tracy.  

 

 À son arrivée comme directrice à l’école Fernand-Lefebvre, le personnel n’était pas prêt à mettre en place la même règle, mais un incident a précipité la réflexion : une bagarre entre élèves a été filmée et s’est retrouvée sur les réseaux sociaux. «Ç’a été l’élément déclencheur», affirme-t-elle.  

 

 À la fin de l’année scolaire, une lettre a été envoyée aux parents pour leur expliquer la nouvelle règle qui sera en place pour la rentrée. En septembre, un plan a été élaboré avec les membres du personnel afin de s’assurer que la nouvelle directive soit respectée.  

 

 «On s’était dit au mois de septembre, ça va être un peu l’enfer, mais on met l’accent là-dessus et on casse l’affaire. Mais à notre grande surprise, on a eu très peu d’interventions à faire», raconte Mme Massicotte.  

 

 Pendant le premier mois d’école, seulement cinq cellulaires ont été confisqués.  

 

 Dans les classes, les élèves ne sont pas déconnectés pour autant : ils ont accès à des tablettes et ordinateurs portables pour réaliser différents projets pédagogiques.  

 

 «Ce n’est pas un moyen répressif, je ne suis pas contre les cellulaires. On veut juste leur montrer à utiliser les technologies au bon moment, au bon endroit et pour la bonne raison», dit Mme Massicotte.   

 

 Des pochettes dans une école secondaire à Lévis  

 

Photo DIDIER DEBUSSCHERE

 Des pochettes sont en place dans toutes les classes de l’école secondaire les Etchemins à Lévis depuis l’an passé, mais ce n’est que depuis la fin avril qu’elles sont utilisées de façon systématique. Les élèves doivent déposer leur cellulaire dans la pochette qui porte le même numéro que le bureau où ils sont assis pendant la période de cours. 

 Un élève qui déroge à la règle se fera confisquer son cellulaire. Lorsque l’utilisation du téléphone est permise, pour différents projets pédagogiques, les élèves vont le récupérer dans la pochette avant de le ranger de nouveau, une fois la tâche terminée. 

 Il s’agit d’un système qui fonctionne bien, affirme l’enseignant Denis Côté, qui ne se gêne pas pour l’utiliser en classe au besoin. L’enseignant a néanmoins été étonné de constater que depuis l’application stricte du règlement, les élèves apportent de moins en moins leur téléphone avec eux en classe. «Ils se sont détachés de leur cellulaire», affirme-t-il.  

 

 

 Des sacs de plastique à Sainte-Anne-des-Plaines  

 

Photo Dominique Scali

 Dans la classe de Patricia St-Jacques, qui enseigne l’histoire et la géographie dans une école secondaire de Sainte-Anne-des-Plaines, les élèves doivent ranger leur cellulaire dans un sac de plastique bien en vue, sur le coin de leur bureau. 

 L’enseignante leur permet de l’utiliser à l’occasion pour faire des recherches sur le web, pour consulter le plan de cours ou des outils de révision, aussi disponibles en format papier. 

 «Ça se vit très bien», affirme Mme St-Jacques. L’enseignante précise qu’en début d’année, elle consacre toute sa première période à une discussion sur les règles entourant les outils technologiques en classe, en mettant l’accent sur les bénéfices, mais aussi sur les inconvénients de ces petits appareils pour l’apprentissage. «S’il n’y a pas de sensibilisation, on passe à côté», lance-t-elle.  

 

 

 Des paniers à l’école secondaire Manikoutai  

 

 Dans cette école secondaire de Sept-Îles, toutes les classes sont munies depuis quelques années de paniers dans lesquels les élèves doivent ranger leur téléphone cellulaire. Du moins, en théorie. 

 «Au début, ça fonctionnait bien, mais plus ça va, moins le panier est utilisé», raconte l’enseignante Renée Paradis. 

 Les élèves sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à le garder avec eux dans leur poche et ne se gênent pas pour allumer l’écran en classe, pour voir s’ils ont reçu des notifications. 

 «Ce n’est pas tous les enseignants qui agissent de la même façon. Des fois, on laisse passer, ça devient compliqué à gérer, il y a plus de négociations à faire avec les élèves», lance Mme Paradis, qui enseigne à des jeunes de quatrième et cinquième secondaire.