/opinion/columnists
Navigation

Quand le gouvernement paye

Coup d'oeil sur cet article

Les nouveaux locaux qui seront construits pour loger les futures maternelles 4 ans vont coûter plus cher que prévu. 800 000 $ par classe, plutôt que les 120 000 $ qu’avait prévus la CAQ dans son programme électoral. Pas le double, pas le triple, presque sept fois plus cher !

Ces derniers jours, Radio-Canada a élargi la discussion en détaillant les raisons qui expliquent le coût effarant de chacune des classes. Entre vous et moi, imaginez ce qu’on peut construire dans le résidentiel pour un tel montant.

Les partis d’opposition ont vite sauté à la gorge du ministre de l’Éducation, l’accusant d’avoir mal planifié son projet. Ils ont aussi attaqué la CAQ en dénonçant le manque de rigueur de ses projections financières. Le mot amateurisme s’est ajouté à la liste des reproches formulés par les oppositions, qui combattent de façon exagérée le déploiement des nouvelles maternelles 4 ans.

Le gouvernement Legault jouit d’une marge de manœuvre financière, il va réarranger ses chiffres et s’assurer de prévoir les sommes nécessaires. Le premier ministre a insisté vivement sur cet aspect de son programme et il ne reculera pas.

STOP !!!

Puis-je me permettre de regarder tout ce dossier de façon différente ? Plutôt que d’accepter un coût sept fois supérieur aux prévisions, la CAQ devrait se demander s’il n’y a pas quelques travers de fonctionnement à corriger. Se pourrait-il que dès que c’est le gouvernement qui paye, tout coûte plus cher ? Et même beaucoup plus cher.

Plutôt que de toujours sortir le chéquier avec notre argent, j’aimerais voir un gouvernement qui remet en question les façons de faire. Si l’on dépense davantage pour fournir de meilleurs équipements aux enfants, pour améliorer leur réussite, j’accepte le dépassement de coût.

Mais soyons sérieux, à 800 000 $ par classe, il y a autre chose. Les commissions scolaires profitent de l’occasion pour régler d’autres problèmes et passer d’autres dépenses. Les professionnels en profitent pour peser fort sur le crayon.

Abus, exagérations

Et chez les entrepreneurs, peut-on imaginer qu’on n’y va pas avec le dos de la cuiller pour établir le coût des travaux ? Pourquoi pas ? C’est l’État qui paye ! Surtout dans une période où tout le monde sait qu’il y a de l’ouvrage abondamment, donc qu’il y aura des contrats pour chacun. Pourquoi serrer la vis sur les prix lorsqu’on peut facturer allègrement le père Noël ?

La construction coûte déjà cher au Québec. La réglementation lourde, les conventions collectives, la CNESST, les cotisations, les organismes gouvernementaux, alouette. Un électricien, par exemple, recevra 40 $ l’heure en rémunération. En incluant toutes les autres cotisations, son employeur devra verser plus de 95 $ l’heure.

En résumé, construire coûte cher au Québec. Et construire coûte extrêmement cher lorsque c’est le gouvernement qui paye. Les maternelles ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan.

Si les Québécois ont élu un nouveau parti avec plusieurs ministres issus du monde des affaires, c’est aussi pour changer les paramètres en profondeur et pas seulement pour sortir le chéquier comme les prédécesseurs.