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Et si nous aidions la DPJ à protéger nos enfants?

Ici, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, de qui relève la Direction de la protection de la jeunesse.
Photo Agence QMI, Simon Clark Ici, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, de qui relève la Direction de la protection de la jeunesse.

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Il y aurait en ce moment 3500 enfants sur la liste d’attente de la DPJ. 3500! C’est catastrophique! Malgré des efforts constants, cet organisme ne suffit plus à la demande depuis longtemps. J’y vois là une incapacité de la société en général à agir en amont afin de prévenir au lieu de guérir. Pourquoi? Parce que les parents les plus démunis de notre société sont laissés à eux-mêmes. Parce qu’on les a abandonnés depuis longtemps.   

Mon petit de 9 ans a commencé son année dans le bureau de la technicienne en éducation spécialisée. En crise. Il avait terminé son année de la même manière. Trop anxieux pour entrer dans le rang. Complètement paniqué. Pourtant, je suis prof depuis 20 ans, conseillère pédagogique hyper scolarisée et j’ai les moyens de le faire suivre par une thérapeute spécialisée en psychologie de l’enfance au privé. Et malgré tout, je me sens démunie comme maman.               

Maintenant, imaginez les parents qui sont au prise avec des problèmes de consommation, qui ont des limites intellectuelles, des enjeux psychologiques, voire même psychiatriques ; ceux qui ne parlent pas la langue, ceux qui peinent à rejoindre les deux bouts. Plusieurs peuvent devenir agressifs ou négligents devant la montagne insurmontable qui s’est érigée devant eux. Comment peuvent-ils améliorer leur sort s’ils sont isolés?                

Et nous, témoins de cette détresse, que fait-on? Des signalements. Des milliers de signalements chaque année dont 3500 restent lettres mortes. Parce qu’au lieu d’aider, on signale... On se sent si impuissants devant la misère humaine et on est tellement pressés que nous nous contentons de signaler pour nous déculpabiliser alors que nous savons trop bien que la route sera longue et qu'il n’y aura malheureusement pas de miracle. Car aucun million supplémentaire ne réussira à suffire à la demande si nous maintenons notre style de vie individualiste.               

L’importance du lien école-famille-communauté   

Dans ces circonstances, je me demande franchement ce qu’on attend pour créer davantage de liens école-famille-communauté, surtout que, comme le souligne Julie Bouchard, doctorante en psychopédagogie à l'Université de Montréal, de nombreuses recherches scientifiques nous rappellent son impact positif sur la réussite éducative, la persévérance scolaire et la motivation. Selon l'étudiante-chercheuse, pour réussir à tisser des liens avec ceux qui se sentent jugés et inadéquats, ceux dont la culture familiale (les valeurs, les méthodes, les croyances sur les rôles, etc.) sont éloignées de l’école, il est impératif de prendre le temps de créer une relation de confiance, d’ouvrir la porte de l'école (encore et encore!) pour les écouter sans les culpabiliser. Il faut aussi leur offrir de multiples façons de contribuer, de se sentir utiles et valorisés en leur confiant, par exemple, des tâches simples ne nécessitant pas obligatoirement une présence à l'école.             

La bienveillance: pas juste l'affaire de l'école  

Et nous, simples citoyens, simples voisins, si nous prenions le temps de regarder ce qui se passe autour de nous? Si nous prenions le temps de tisser des liens, d’aller vers les gens plus isolés pour échanger avec eux? Si au moins une fois dans l’année nous donnions notre temps afin d’organiser des activités communautaires pour sortir certains parents et enfants de leur solitude et de leur détresse, ce serait un bon début, non? Qu’attendons-nous pour prendre le taureau par les cornes et aller au devant? D’où nous vient toute cette méfiance et cette passivité honteuses? Il est bien évidemment important de continuer à mettre de la pression sur le réseau scolaire et la DPJ, mais nous avons aussi le devoir de soutenir ces humains en détresse, en les accompagnant vers des ressources communautaires. Parce qu’en ce moment, si c’est vrai qu’il faut un village pour éduquer un enfant, on est mal barrés!               

Bref, je crois sincèrement que cette bienveillance envers autrui pourrait contribuer à réduire cette longue et cruelle liste d'attente.              

En terminant, j'aimerais dédier cette chronique à Mme Christine Jost, directrice retraitée, inspirante et dévouée, qui a incarné de magnifique façon, et ce, pendant des années, ce lien école-famille-communauté dans l'une des écoles les plus défavorisées du Canada.