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Gare à la «trumpisation» de la politique

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Les déraillements de Maxime Bernier contre la jeune activiste environnementale Greta Thunberg sont un avertissement de ce qui nous attend si le style politique de Donald Trump devient la norme chez nous.

Les commentaires de Maxime Bernier à l’endroit de Greta Thunberg étaient inacceptables. Qu’on remette en question les solutions prônées par la jeune activiste, passe toujours, mais Bernier la qualifie de malade mentale manipulée par de sinistres comploteurs et affirme qu’elle doit non seulement être dénoncée, mais « attaquée ».

Ce genre de discours centré sur l’invective et les attaques personnelles n’a pas sa place en politique. Pourtant, chez nos voisins du Sud, il est émis quotidiennement par le président lui-même.

La « trumpisation » de la politique, c’est ça. La dérive de la politique américaine depuis l’entrée en scène de ce personnage est moins liée aux idées qu’il propose qu’au style qu’il incarne.

Personnalisation

La « trumpisation » signifie d’abord une personnalisation à outrance de la politique. Pour Trump, tout se résume à la « qualité » des personnes, qui dépend essentiellement du rapport qu’elles entretiennent avec lui.

Cela se traduit d’une part dans la tentation autoritaire de celui qui prétend être le seul à pouvoir régler tous les maux de son pays et pour qui le contenu des politiques ou des « deals » compte moins que l’identité de leur signataire.

Dans un espace politique « trumpisé », l’ordre tient par la force de l’autorité et non par l’adhésion à des normes. La première norme à disparaître est la civilité.

L’opposant devient donc une cible légitime pour les insultes et invectives. Les idées qu’on oppose ne peuvent venir que d’individus déviants. Les opposants au leader qui incarne le « peuple vrai » sont par définition des traîtres. Il n’y a plus de dialogue possible.

Quand les normes tombent, l’éthique fout le camp. Dans l’environnement politique « trumpisé », l’éthique d’un geste dépend avant tout de celui qui le pose. La partisanerie mène parfois à une certaine élasticité des jugements moraux, mais dans un environnement politique sain il doit quand même demeurer possible de voir la poutre dans l’œil de son parti si on voit la paille dans celui du parti voisin.

Mort des idées

Dans un espace politique « trumpisé », il n’y a plus de débats d’idées. Il n’y a que des affinités ou des conflits interpersonnels. Les préférences politiques ne dépendent pas d’une conception objective de l’intérêt commun mais des sentiments et préjugés des partisans.

Les idées qui sous-tendent les politiques de Trump ne sont pas nécessairement indéfendables. On peut débattre d’immigration, de protectionnisme, d’isolationnisme, de déréglementation ou de fiscalité progressive ou régressive, mais dans un environnement politique « trumpisé», les politiques publiques n’ont de valeur que si elles satisfont les préjugés de la base du parti ou les intérêts de ses bailleurs de fonds.

On s’éloigne des commentaires déplacés d’un politicien de chez nous, mais si ce genre de déraillement s’établit comme la nouvelle normalité politique, on n’est pas sortis du bois.