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Un ex-maire aurait fait suivre une employée pour l’intimider

Son procès pour abus de confiance et entrave à la justice a débuté à Joliette

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Photo Martin Alarie Jean-Claude Gingras (à droite) est défendu par Robert Bellefeuille pour son procès qui se tient au palais de justice de Joliette.

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JOLIETTE | La Couronne tentera de prouver que l’ex-maire de L’Assomption a commis un abus de confiance en congédiant plusieurs fonctionnaires qui lui ont tenu tête, allant même jusqu’à faire suivre une employée pour l’intimider. 

« Jean-Claude Gingras a manqué de façon grave à la norme de conduite à laquelle on s’attend d’un maire raisonnable, d’un maire honnête », a affirmé mercredi à l’ouverture du procès Me Patrice Peltier-Rivest, qui officie pour la Couronne avec Me Francis Pilotte. 

La veille, un jury composé de huit femmes et quatre hommes avait été choisi pour décider du sort de l’homme de 55 ans. 

Jean-Claude Gingras a plaidé non coupable aux accusations d’abus de confiance, d’entrave à la justice et d’intimidation à l’égard d’une personne associée au système judiciaire auxquelles il fait face, au palais de justice de Joliette. 

Les faits reprochés seraient survenus entre le jour de l’élection de M. Gingras comme maire de L’Assomption, le 3 novembre 2013, et le 13 mai 2015. 

Avant de devenir le premier magistrat de la ville de 20 000 habitants située dans Lanaudière, l’accusé était propriétaire d’un chenil nommé Le Loft des 4 pattes, qui ne respectait pas toutes les normes municipales, a précisé Me Peltier-Rivest. 

Après avoir rencontré sans succès Gingras pour qu’il se conforme aux règles, le directeur général de la Ville, Martin Lelièvre, a mandaté une firme d’avocats pour intenter un recours judiciaire. 

Tête mise à prix 

La Couronne prétend que dès que le quinquagénaire a été élu maire, il se serait immiscé dans ladite procédure.  

« [Pendant la campagne électorale], il a dit que la tête du DG était mise à prix, que s’il était élu, je serais congédié. On était plusieurs sur sa liste, tous des incompétents qui devaient être congédiés [selon lui] », a expliqué mercredi Martin Lelièvre, le premier témoin de la poursuite. 

Gingras aurait respecté cette promesse électorale en suspendant avec solde le DG dès le lendemain de son assermentation comme maire, ce qui constitue un abus de confiance aux yeux de la Couronne. 

Un directeur ayant créé une association de cadres, une employée revenue plus tard d’un lunch avec ce directeur, et une greffière qui aurait été vue en compagnie d’un opposant politique : plusieurs autres fonctionnaires municipaux ont également été licenciés sous le règne Gingras. 

Contraventions controversées 

L’accusé aurait aussi tenté de dicter l’application du Code de la sécurité routière — une loi provinciale — aux policiers de sa ville quant aux contraventions pour des silencieux de motos trop bruyants. 

Il aurait d’ailleurs mis fin abruptement au contrat d’une procureure de la Cour municipale ayant refusé d’intervenir dans ces dossiers, a illustré la poursuite. 

Enfin, après avoir appris que sa gestion était scrutée à la loupe par les enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), l’ex-maire aurait même engagé un enquêteur privé pour faire suivre la greffière jusqu’à sa résidence. 

« M. Gingras a publié des commentaires désobligeants [à l’égard de cette employée] sur Facebook et il a diffusé des photos de la filature », a détaillé Me Peltier-Rivest. 

Le procès, présidé par le juge de la Cour supérieure Mario Longpré, doit durer cinq semaines. L’accusé est défendu par Me Robert Bellefeuille.