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Un lien se précise entre les pesticides et l’autisme

Pas moins de 158 études inquiètent la Fondation David Suzuki qui sonne l’alarme

Les pesticides sont partout dans la vie courante des Québécois, des champs cultivés aux mauvaises herbes du voisin.
Photo Adobe Stock Les pesticides sont partout dans la vie courante des Québécois, des champs cultivés aux mauvaises herbes du voisin.

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Des médecins et des chercheurs québécois pressent le gouvernement provincial de restreindre l’utilisation trop répandue des pesticides, s’inquiétant que de plus en plus d’études fassent un lien avec l’autisme.

« On parle d’énormément d’études qui convergent toutes vers la même direction. [...] À la quantité de drapeaux rouges qui sont hissés, il est à peu près temps qu’on applique le principe de précaution », tranche Louise Hénault-Ethier, chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki.

L’organisme publie aujourd’hui une exhaustive revue scientifique de 158 études dressant une corrélation entre l’autisme et l’utilisation des pesticides. Elle est notamment destinée à la commission parlementaire sur ces produits chimiques, qui doit commencer à la fin du mois.

« Je ne peux pas répondre sans équivoque : “les pesticides causent l’autisme”, scientifiquement, je n’ai pas le droit », concède-t-elle.

Mais en santé publique, le principe de précaution qu’elle évoque vise à éviter des risques potentiels ou plausibles.

Abondants

De nombreux pesticides abondants sur le marché au Québec, autant dans les champs que dans les maisons, sont cités dans les études. Par exemple, le glyphosate, commercialisé dans le Roundup de Monsanto, qui est le plus gros vendeur dans la province. Mais aussi les pyréthroïdes, un insecticide fort répandu puisqu’il est l’ingrédient actif dans le Raid.

« On manque d’études pour prouver la causalité, donc exigeons des tests avancés de neurotoxicité pour tous ces produits-là », plaide Mme Hénault-Ethier, ajoutant que plusieurs se vendent « comme des bonbons », facilement accessibles en quincaillerie.

Pour les chercheurs, ni la révision des critères de diagnostic ni une connaissance plus grande de ce trouble ne peuvent expliquer la hausse rapide des cas d’autisme.

Et même si les troubles du spectre de l’autisme sont associés à des facteurs génétiques, l’environnement joue un rôle important. Surtout que le développement du cerveau humain est très sensible à l’exposition aux substances toxiques.

Avant d’être enceinte

Dans sa revue, la Fondation relève que des études mesurant la concentration de substances toxiques dans le sang ou l’urine ont aussi mis en lumière un lien entre l’autisme et les pesticides.

D’autres ont révélé que la proximité du domicile de la mère avec une zone d’épandage de pesticides agricoles, avant qu’elle ne devienne enceinte et durant sa grossesse, augmente le risque pour un fœtus de développer l’autisme, par exemple.

Pour la Fondation, il est donc grand temps d’éliminer graduellement l’utilisation des pesticides au profit d’alternatives existantes, qui sont moins dommageables pour l’humain et l’environnement.

Parmi les gestes de transition proposés : restreindre davantage leur utilisation à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments, dont les écoles, les garderies et les hôpitaux.

Faire du Parkinson une maladie professionnelle

Le gouvernement québécois devrait reconnaître le Parkinson comme une maladie professionnelle, puisque de nombreuses études ont montré la causalité entre les pesticides et ce mal neurodégénératif incurable.

C’est l’une des recommandations que comptent présenter de pair la Fondation David Suzuki et l’organisme Parkinson Québec à la fin du mois, quand la commission parlementaire sur les pesticides entamera ses travaux.

« L’exposition aux pesticides augmente de deux fois le risque de développer la maladie de Parkinson », souligne le coordonnateur chez Parkinson Québec et pharmacien de formation, Romain Rigal.

Six fois

Le risque se multiplie jusqu’à six fois si l’exposition des pesticides commence tôt dans le développement, comme la grossesse et l’enfance, puis se poursuit à l’âge adulte.

« Ce lien est unanimement reconnu par la communauté scientifique », poursuit-il, soulignant que la France a qualifié depuis plus de 15 ans déjà cette maladie neurodégénérative comme étant professionnelle (causée par l’environnement de travail ou en lien avec un emploi).

« Au vu de toutes ces données, le gouvernement se doit d’agir », plaide M. Rigal, ajoutant que le risque de maladie de Parkinson associé à l’exposition aux pesticides était déjà répertorié dans la stratégie québécoise sur les pesticides 2015-2018.

Sur des animaux

M. Rigal explique que depuis 30 ans, les modèles animaux qui permettent d’étudier la maladie de Parkinson sont développés en injectant des herbicides et des insecticides, comme le paraquat et la roténone.

C’est pourquoi il invite aussi le gouvernement à bannir ces produits.

« On ne fait pas ces recommandations contre les agriculteurs et les exterminateurs. Ce sont les premières victimes », ajoute à son tour Pascal Priori, porte-parole de l’Alliance pour l’interdiction des pesticides systémiques.

Il propose à Québec de restreindre l’utilisation de pesticides qui ont des effets toxiques sur le développement neurologique. Et aussi de donner aux chercheurs les moyens financiers d’étudier les impacts, en plus d’exiger plus de transparence de l’industrie.

Des chiffres alarmants

808 %

Le pourcentage d’augmentation du nombre d’élèves autistes dans les écoles publiques au Québec de 2001 à 2017

5,5 millions $

Les coûts associés au soutien d’une personne autiste au Canada tout au long de sa vie

98,7 %

Le pourcentage des 442 échantillons d’urine prélevés chez des enfants de 3 à 7 ans qui contenaient des résidus de pesticides organophosphorés, dans une étude réalisée au Québec en 2004

Source : Fondation David Suzuki et Autisme Montréal