/opinion/blogs/columnists
Navigation

L’épineuse philosophie

L’épineuse philosophie
Photo Simon Clark

Coup d'oeil sur cet article

Le ministre Roberge s’est montré sensible aux arguments de la Fédération des cégeps sur la modernisation de la formation générale afin de pouvoir hausser le taux de diplomation et réduire le décrochage collégial. Concrètement, cela veut dire mettre au goût du jour les cours de philosophie et de français. Il n’en fallait pas plus pour qu’une meute d’intellectuels et de professeurs de ces deux disciplines monte aux créneaux pour crier au nivèlement par le bas. Se pourrait-il au contraire que leur conservatisme serait plutôt un frein à l’élévation du niveau de connaissances des jeunes cégépiens? 

Chose certaine, l’intention de moderniser s’avère percutante parce qu’on continue de tergiverser un mois après que cette information a été rendue publique. C’est particulièrement surprenant dans un univers de nouvelles en continue, tout sachant à quelle vitesse elles sont projetées et qu’elles chassent de nos mémoires les précédentes. Il faut croire que le sujet constitue un véritable enjeu de société et que la Fédération des cégeps a visé dans le mille. 

Je ne doute pas de l’importance de développer la capacité de réflexion et le sens critique chez les étudiants du collégial ainsi que leur intérêt pour la culture. Je suis également d’accord pour que l’éducation ne soit pas réduite à un utilitarisme dicté par le marché du travail. Cependant, le souci de rehausser les taux de réussite ne peut qu’être salué positivement et la Fédération des cégeps a raison de vouloir disposer de données qui permettront de mieux suivre l’évolution des cohortes. À la fois, les institutions pourront mieux identifier les causes de l’échec et procéder aux ajustements nécessaires. 

La volonté de rendre les cours de philosophie plus attrayants heurte certains au même titre que de rendre plus intéressant l’accès aux grands auteurs de la littérature augmente la susceptibilité d’autres. Pourtant, ce sont dans ces disciplines que le taux d’échec est particulièrement élevé et ce serait faire fausse route de croire que la faute est imputable strictement aux étudiants. De vrais professionnels de l’enseignement ont un devoir de réflexion sur les programmes et les pratiques pour s’assurer que l’éducation ne demeure pas le privilège d’une caste mieux nantie. 

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu des enseignants ou des professionnels du collégial pester contre leurs collègues des départements de philosophie en argüant que leurs pratiques n’avaient pas évoluées et qu’ils enseignaient comme dans les années 70. J’ai vu aussi des jeunes haïr les cours de philosophie et douter de leur utilité au point qu’il n’en restait que dalle à la sortie du collégial. Moi-même friand de philosophie lorsque je fréquentais le cégep au début des années 70, je me retrouvais dans des classes où la moyenne du groupe était inférieure à la note de passage, malgré mes notes au-dessus de 80%. C’est donc dire le nombre d’échecs qu’on y retrouvait déjà à la naissance des cégeps. 

La compréhension du monde est complexe et la philosophie est essentielle pour mieux l’appréhender. Un État doit pourvoir à ce besoin, mais dans le cadre actuel il ne remplit pas sa mission. Ce serait faire fausse route de continuer dans la même veine pour les cours de philosophie et ce serait adhérer au préjugé de certains profs qui aiment croire que le collégial n’est pas pour tout le monde, et ce, malgré le consensus des partenaires du marché du travail à l’effet que les emplois créés demain nécessiteront des études supérieures.