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2017, il atteint le point de non-retour

L’anxiété d’Alexandre Bissonnette était à son comble dans les semaines avant le drame et cela l’incitait à boire

Alexandre Bissonnette
Photo d'archives Alexandre Bissonnette

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À l’aide de documents et de témoignages recueillis dans la famille et chez les professionnels entourant le tueur de masse Alexandre Bissonnette, notre Bureau d’enquête a retracé le parcours d’un individu déséquilibré qui a trop facilement déjoué le système canadien de contrôle des armes à feu pour commettre l’irréparable.


Au début 2017, l’anxiété de Bissonnette est au maximum. Il a de la difficulté à se rendre au boulot. Il consulte à nouveau un médecin qui lui change sa médication, puis lui signe un arrêt de travail.

Il abandonne également sa session d’université qu’il ne considère « plus importante ».

À ce moment, il se trouve des excuses pour rester chez ses parents, dans sa chambre, où il a rapporté ses armes. Il ne veut plus dormir à l’appartement.

Après discussion, ses parents acceptent qu’il reste à la maison. Le psychologue Marc-André Lamontagne indique que Bissonnette est ainsi capable de « manipulation ».

Le secteur du Centre culturel islamique de Québec qui est bouclé par les policiers à la suite du carnage fait par Bissonnette dans la mosquée.
Photo d'archives, Stevens LeBlanc
Le secteur du Centre culturel islamique de Québec qui est bouclé par les policiers à la suite du carnage fait par Bissonnette dans la mosquée.

Du 1er janvier au 29 janvier 2017, Bissonnette s’abreuve sur internet d’histoires sur le suicide, les tueries de masse et leurs auteurs. Il regarde YouTube et écoute de la musique en lien avec des massacres.

Alexandre montre à son père des vidéos d’un site « pro-arme ». Raymond Bissonnette a mentionné à la psychiatre Marie-Frédérique Allard qu’il savait que son fils regardait de telles vidéos. Il a également indiqué que son fils n’aimait pas la chasse, mais qu’il aimait aller au club de tir.

Plus le mois de janvier avance, plus Bissonnette est stressé et anxieux que les policiers lui enlèvent ses armes. Il craint aussi que ses parents constatent qu’il ne va pas bien.

Il boit aussi beaucoup d’alcool. « L’alcool a joué un rôle. Ça l’a beaucoup désinhibé. Il consommait beaucoup. Je ne pense pas que ses parents se rendaient compte qu’il buvait autant que ça », indique la Dre Allard.

Geste haineux

Contrairement à son plan à Laurier Québec, où Bissonnette voulait s’en prendre à tout le monde, il décide qu’il se rendra à la mosquée.

« J’avais réussi à me convaincre qu’à la mosquée, c’est tous des fanatiques », a-t-il déclaré lors de son évaluation de dangerosité.

« C’est clair que c’est un geste haineux. Mais c’est une haine beaucoup plus large que la haine de la communauté musulmane », affirme Marie-Frédérique Allard.

Pour le psychologue Marc-André Lamontagne, Bissonnette voulait devenir Dieu.

« Il a tenté de se convaincre qu’en faisant ça, il pourrait se venger, il pourrait être tout puissant et guérir la partie impuissante de lui-même. Mais il n’était pas capable de le faire sur n’importe qui. Rendu là, on voit qu’il a un raisonnement assez bancal. »

Alexandre Bissonnette a admis lors de ses évaluations de dangerosité qu’il était incapable de reconnaître un fanatique ou un terroriste. « Il a tenté de légitimer son geste, souligne M. Lamontagne. Ça prenait beaucoup de distorsion pour faire ça. »

D’ailleurs, selon tous les spécialistes en santé mentale qui ont analysé le dossier, Alexandre Bissonnette n’est pas un terroriste, mais il s’agit d’une personne raciste.


♦ La tuerie de la mosquée a coûté la vie à six citoyens de Québec, soit Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzeddine Soufiane et Aboubaker Thabti.

♦ Le drame a également fait huit blessés et 17 orphelins. Trente-neuf fidèles se trouvaient dans la mosquée ce soir-là.

♦ Une fois derrière les barreaux, Bissonnette mentira à nouveau. Après avoir triché pour obtenir son permis de port d’arme, il soutiendra qu’il entendait des voix. Un mensonge pour protéger ses parents, pour expliquer son geste, dira-t-il.

♦ Il a plaidé coupable aux accusations de meurtre et a écopé d’une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant d’avoir purgé 40 ans. Une peine qui fera l’objet d’un appel prochainement.

 

La journée fatidique du 29 janvier

  • Alexandre Bissonnette se lève à son appartement
  • Il consulte internet et lit sur le terrorisme et les tueurs de masse
  • Il s’achète du saké : « une boisson de samouraï », selon lui
  • Il boit aussi du brandy qui était caché dans sa voiture
  • Vers 10 h, il part en voiture, ce qui calme son anxiété. Il pleure sachant la fin arriver
  • Il décide de dîner dans un restaurant
  • Tout l’après-midi, il boit
  • Il se rend ensuite chez ses parents pour « un dernier souper »
  • Vers 18 h, il se réfugie au sous-sol
  • Il lit sur Twitter un message de Justin Trudeau concernant les demandeurs d’asile
  • Il prend sa carabine VZ et 2 chargeurs de 30 balles. Il met l’arme dans un étui de guitare. Il prend aussi son pistolet Glock et 5 chargeurs de 10 balles
  • Vers 18 h 45, il quitte la maison avec ses armes, soulignant vouloir aller au club de tir
  • Il roule jusqu’à la mosquée
  • Il se stationne et attend quelques minutes
  • Trop anxieux, il se rend dans un dépanneur acheter une Vodka Ice qu’il enfile d’un trait
  • Il retourne près du Centre islamique
  • Il aurait aperçu un individu qui le regarde à l’intérieur de la voiture. Il était certain que cette personne savait pourquoi il était là, à la mosquée
  • Il ne peut plus reculer, croit-il
  • Un peu après 19 h 45, il marche vers la mosquée
  • Il croise ses deux premières victimes. Il les abat
  • Il pénètre dans le lieu de culte et commence à tirer sur tout ce qui bouge
  •  Après son carnage de quelques minutes, Alexandre Bissonnette fuit les lieux
  • Il veut se suicider sous les étoiles de Charlevoix
  • À la hauteur du pont de l’Île-d’Orléans, il panique
  • Il téléphone au 911 pour se rendre