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Bissonnette ou les voyants rouges ignorés

La tuerie de la mosquée de Québec aurait pu être évitée si les signaux avaient été entendus.
Photo d'archives La tuerie de la mosquée de Québec aurait pu être évitée si les signaux avaient été entendus.

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L’attentat de la mosquée de Québec de janvier 2017 a instantanément suscité un déluge de théories explicatives, dont plusieurs n’ont vraiment pas résisté à l’analyse des faits.

Le remarquable travail de Nicolas Lachance du Bureau d’enquête dans nos pages nous fait saisir la complexité du cas Bissonnette.

Aspect négligé

Il soulève entre autres un aspect étonnamment négligé dans les nombreuses tentatives d’explications de ce terrible événement : certaines carences graves dans le contrôle des armes à feu.

J’écris « étonnamment », car lors de tueries précédentes, l’opinion publique y avait tout de suite vu une cause évidente et avait fini par pousser les gouvernements à agir en ces matières.

Après Polytechnique en 1989 et Dawson en 2006, entre autres, des lois fédérales et québécoises ont instauré un contrôle plus serré des armes.

Or, depuis janvier 2017, rarement a-t-on entendu cette question simple, vers laquelle pointe tout le récit du collègue Lachance : comment un jeune homme aussi évidemment malade a-t-il pu acquérir autant d’armes ?

Il lui a suffi de cocher « non » dans un questionnaire pour cacher ce qui était pourtant évident pour ses proches et ses médecins : pensées suicidaires, diagnostic de dépression, abus d’alcool, problèmes comportementaux.

Une fausse déclaration suivie d’aucune vérification. Et, plus tard... d’un épouvantable massacre.

Un privilège

Au Québec et au Canada, détenir une arme à feu n’est pas un droit, mais un privilège. Heureusement.

On voit à quel point une conception romantique et idéologique du deuxième amendement de la Constitution américaine engendre chez nos voisins un problème de santé publique grave.

Suffit d’aller consulter le Mass Shooting Tracker en ligne, qui établit que depuis le début de 2019, il y a eu 350 événements du genre aux États-Unis !

Nos lois ne nous immunisent pas totalement contre ce type de violence délirante bien de notre époque. Mais elles pourraient être plus efficaces, notamment à empêcher que des armes, dont des semi-automatiques, tombent — ou restent — dans des mains de personnes malades.

Malgré sa condition mentale, rappelons-le, Alexandre Bissonnette a obtenu les permis pour se procurer six armes, dont deux à autorisation restreinte.

Question politique

Le débat électoral qui sera lancé incessamment doit aborder cette question du contrôle des armes à feu. « Nous prendrons des mesures pour débarrasser nos rues des armes de poing et des armes d’assaut », promettait Justin Trudeau en 2015.

La loi C-71, adoptée de peine et de misère au printemps, ne remplit pas cette promesse. Certes, elle étend à « la vie entière » l’examen obligatoire des « critères d’admissibilité du demandeur » d’un permis, alors qu’auparavant la loi se bornait aux cinq années précédentes.

Les conservateurs d’Andrew Scheer garantissent que s’ils prennent le pouvoir, ils abrogeront cette loi. (Nulle surprise ici, les gouvernements Harper se sont employés à miner le contrôle des armes à feu au Canada.)

Au fait, tout demandeur d’un permis, surtout pour une arme restreinte, ne devrait-il pas avoir à prouver, documents à l’appui, qu’il a une condition médicale adéquate ?