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L’orque et le léopard des mers: les grands prédateurs des glaces en Antarctique

Iceberg tabulaire de la mer de Weddell.
Photo courtoisie, Benjamin Dy Iceberg tabulaire de la mer de Weddell.

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Dans les décors polaires de bout du monde de l’Antarctique, le léopard des mers et l’orque règnent comme les prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire marine. L’un est un prédateur, l’autre, un super prédateur. En effet, l’orque n’a aucun prédateur naturel alors que le léopard des mers, même si cela est rarissime, peut être tué par les orques.

Le léopard des mers estle second plus grand phoque d’Antarctique après l’éléphant de mer qui, lui, réside principalement en Géorgie du Sud. Les femelles, plus grandes que les mâles, peuvent mesurer jusqu’à 4.5 m et peser jusqu’à 600 kg. Les mâles mesurent rarement plus de trois mètres pour 300 kg.

Les orques adultes en surface.
Photo courtoisie, Benjamin Dy
Les orques adultes en surface.

Même s’ils sont très connus pour se nourrir de manchots, de jeunes phoques crabiers et d’otaries, ils se nourrissent aussi largement de krill. Ce phoque aux actes de prédation spectaculaires est relativement abondant, puisque sa population autour du continent blanc est estimée à environ 300 000 individus.

Au cours du printemps et de l’été austral, il est présent sur l’ensemble du littoral et des bordures de banquise, à l’affût des allées et venues des manchots vers leurs colonies ou encore de jeunes phoques et otaries qui se reposent sur la glace.

Un léopard de mer sur plaque de banquise.
Photo courtoisie, Benjamin Dy
Un léopard de mer sur plaque de banquise.

Au cours de l’hiver, leur écologie est moins bien connue. Les adultes restent en lisière de banquise dans l’océan austral alors que les jeunes ont tendance à remonter vers les parties plus septentrionales de leur aire de répartition, parfois jusqu’aux côtes des îles subantarctiques, de la Terre de Feu, de la Nouvelle-Zélande ou même de l’Afrique Sud. Mais son royaume reste majoritairement celui des glaces.

L’orque

Cependant, le réel prédateur de l’océan austral et des eaux de l’Antarctique reste incontestablement l’épaulard, ou l’orque.

Deux écotypes de cette espèce sillonnent les pourtours de l’Antarctique.

Un groupe d’épaulards chasseurs de manchots  dans la péninsule antarctique.
Photo courtoisie, Benjamin Dy
Un groupe d’épaulards chasseurs de manchots dans la péninsule antarctique.

Un écotype est une population d’orque donnée, qui possède des caractéristiques morphologiques et comportementales particulières, adaptées à un habitat donné. Ces caractéristiques sont héréditaires au sein de cette population.

Le premier écotype qui fréquente les eaux de l’Antarctique est considéré comme nomade et change de localisation en fonction du déplacement saisonnier de ses proies favorites, soit les rorquals de Minke, les phoques et les otaries.

Ce sont des épaulards blanc et noir de grande taille. Les mâles peuvent mesurer entre sept et neuf mètres et peser de cinq à huit tonnes. Leur aileron dorsal est démesuré et peut s’élever jusqu’à 1.80 m au-dessus de leur dos.

Une orque sous la surface des eaux.
Photo courtoisie, Benjamin Dy
Une orque sous la surface des eaux.

Ils vivent sur l’ensemble du pourtour du continent hors de la zone de la banquise dans des groupes sociaux très structurés et à caractère matriarcal de 6 à 8 individus en moyenne. Ces groupes possèdent des dialectes acoustiques très complexes qui leur sont propres et qui leur permettent de communiquer très efficacement.

Un léopard de mer bien installée sur  une plaque de banquise.
Photo courtoisie, Benjamin Dy
Un léopard de mer bien installée sur une plaque de banquise.

Le deuxième écotype d’orques, pour le moment divisé en deux sous-populations, qui affectionne particulièrement les eaux de l’Antarctique au cours de l’été est l’écotype dit de la banquise.

Une première sous-population est spécialisée dans la chasse des phoques réalisée dans les glaces dérivantes. Lui aussi vit dans des groupes structurés à caractère matriarcal au nombre d’individus relativement similaire (5 à 7 individus en moyenne). Ces orques sont de plus petites tailles et leurs ailerons dorsaux pour les mâles, moins imposants. Ces animaux coordonnent leur chasse de façon spectaculaire pour parvenir à se saisir de leurs proies dans cet univers de glace.

Un léopard de mer.
Photo courtoisie, Benjamin Dy
Un léopard de mer.

Parfois même en créant des vagues déferlantes à l’aide de leur queue pour chasser les phoques de leurs refuges flottant afin de s’en saisir. La synchronisation de ces animaux est telle, qu’il émane de ces groupes une impression d’intelligence sociale rarement observable dans le monde animal.

La deuxième sous population de cet écotype est spécialisée dans la chasse des manchots. Le nombre d’individus au sein des groupes de cette sous-population atteint parfois la vingtaine.

Que ce soit le léopard des mers dont l’agilité et la beauté de la robe sont spectaculaires dans les eaux translucides, ou que ce soit un groupe d’orques qui se déplace calmement à la surface miroitée des baies, le spectacle de ces animaux dans leur environnement naturel laisse sans mot.

Ces prédateurs marins sont l’âme de ces eaux polaires australes, des icônes d’un monde sauvage préservé dont la seule présence possède un charme unique.


► Benjamin Dy est biologiste et ­photographe de faune sauvage. Il prend plaisir à parcourir des territoires peu explorés.