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Pour le 3e lien, si...

Le ministre des Transports François Bonnardel.
Photo d’archives, Jean-François Desgagnés Le ministre des Transports François Bonnardel.

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Depuis le début, je crois en la raison d’être d’un troisième lien entre Québec et Lévis. Mais le gouvernement Legault semble tellement naviguer à vue qu’il risque de voir s’effriter les appuis même chez ceux qui y étaient sympathiques.

« J’entends plus souvent des gens me questionner sur la pertinence maintenant qu’en campagne électorale », admet un membre du caucus des députés caquistes de la grande région de Québec.

Un autre ajoute que des collègues, après avoir entendu leurs citoyens durant l’été, « ne sont pas certains et demandent des explications ».

On les comprend. La CAQ a promis une première pelletée de terre avant la fin du mandat, mais ne sait pas combien de voies il y aura dans le tunnel, combien il coûtera, ni quel sera son impact sur le trafic.

Le ministre François Bonnardel a aussi effectué un virage à 180 degrés, ouvrant la porte à la possibilité d’imposer un péage, qu’il avait totalement exclue, encore en juin dernier. Le premier ministre François Legault justifie le salto arrière en disant : « Il faut être responsable ». Il avait pourtant assuré qu’il n’y aurait aucun péage tout juste avant le déclenchement de l’élection, il y a un an.

Alors dans l’opposition, François Legault a rejeté du revers de la main l’idée soumise à l’interne de proposer un péage sur l’éventuel troisième lien pour les camions commerciaux.

Il avait asséné que les Québécois sont trop taxés et qu’il n’était pas question « d’en rajouter ». Peut-être que la suggestion a fait son chemin.

Les entreprises accepteraient volontiers un péage pour obtenir une voie plus rapide vers l’est et cette contribution pourrait rendre l’onéreux projet un peu plus acceptable aux yeux des contribuables.

Vendre le projet

Des élus admettent du bout des lèvres que le troisième lien pourrait être mieux « vendu » par le gouvernement.

Le ministre des Transports, qui n’est pas issu de la grande région de la Capitale-Nationale, n’est pas le mieux placé pour en parler avec passion.

Pendant ce temps, les opposants martèlent que la pertinence n’est pas démontrée, que le trafic actuel est concentré à l’ouest et que le projet alourdira le bilan carbone du Québec.

Éternel fer à cheval ?

Je partage un certain scepticisme.

Mais je ne peux pas croire qu’il faille rester les bras croisés et souffrir de l’étau routier en fer à cheval de la région de Québec pour l’éternité.

Un troisième lien à l’est permettrait de briser ce moule et d’assurer une circulation rééquilibrée entre l’est et l’ouest, tout en rapprochant le nord et le sud.

Ce nouveau lien modifierait le développement, et inévitablement des employeurs seront intéressés à s’installer près des rives liées par l’infrastructure.

Il y aurait forcément diminution de la congestion vers les vieux ponts à l’ouest. Puis, il y a moyen de mettre en place un transport en commun moderne sur ce lien, qui gagnera en popularité au fil du développement.

Il faut toutefois que les coûts de construction soient raisonnables, ce qui est difficile à évaluer pour l’instant, puisque la CAQ a refusé même de donner un ordre de grandeur. Si l’instabilité du sol entraîne une explosion des coûts prévisibles, ce serait une autre paire de manches. Aussi, la CAQ doit présenter une solution à l’augmentation de trafic qu’entraînerait le troisième lien entre le secteur de Beauport et le centre-ville.

Pour l’instant, les députés caquistes de la région de Québec restent confiants et plaident qu’il n’y a pas de « panique à y avoir ». Sur la Rive-Sud, particulièrement, la pression est forte sur eux. Dans certains secteurs où la pénurie de main-d’œuvre est aiguë, le troisième lien favoriserait un afflux salutaire de travailleurs.

« Renier (le troisième lien) ça serait comme dire qu’on ne baissera pas le fardeau fiscal », a résumé un élu convaincu qu’il ne peut y avoir de marche arrière.

Mais le gouvernement devrait se montrer plus convaincant.