/opinion/columnists
Navigation

Trudeau, le doigt dans l’œil

Coup d'oeil sur cet article

Parmi les plus gros reproches que formulait Justin Trudeau envers le gouvernement Harper, il y avait le laxisme des processus d’évaluation des grands projets. En matière d’environnement et de consultation des communautés autochtones, les conservateurs auraient tourné les coins ronds.

Dit autrement, l’accusation de manque de rigueur dans les mécanismes d’approbation revient à dire qu’au Canada, il était devenu trop facile de réaliser de grands projets. Aux dires des libéraux, sous Harper, on passait vite sur l’environnement et les autochtones, et bingo, une grande entreprise pouvait réaliser trop rapidement son projet.

C’est pour remédier à cela que le programme libéral proposait de « rétablir une surveillance rigoureuse et des évaluations environnementales approfondies ». Les engagements des libéraux en la matière ne furent que partiellement réalisés.

Vrai ou faux ?

Le plus intéressant aujourd’hui consiste à vérifier si l’hypothèse de départ de Justin Trudeau était juste. Est-il trop facile de réaliser des projets au Canada ? Des pipelines, par exemple. Quatre ans plus tard, je ne pense pas que Justin Trudeau et son entourage aient toujours la même impression.

Le casse-tête qu’est devenu le projet Trans Mountain a dû leur fournir toute une leçon. Faisons l’historique. Le gouvernement Trudeau souhaite voir ce projet se réaliser depuis le départ. Au début du mandat, le projet est porté par l’entreprise privée. C’est la normalité. Sauf que le promoteur Kinder Morgan fait face à d’innombrables obstacles.

L’environnement, les Autochtones, la province qui fait volte-face, le projet s’enlise devant les tribunaux. Les reports se multiplient, les délais deviennent ridicules, au point où le promoteur se décourage. Il ferme les livres.

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

L’État comme promoteur

Le gouvernement Trudeau croit tellement au projet qu’il investit 4,5 milliards $ de notre argent et risque sa crédibilité environnementale pour acheter le pipeline. Le gouvernement canadien devient le promoteur qui opérera le chantier pour tripler la capacité de Trans Mountain. Même avec l’État comme promoteur, ça continue à être compliqué.

Depuis l’acquisition par l’État, ce sont surtout des gens portant des toges qui ont bossé sur le projet plutôt que des gens portant des casques de construction. Il y a quelques jours, des ministres de l’équipe Trudeau avaient annoncé le début des travaux. Cette semaine, la Cour d’appel a accepté d’entendre six autres contestations. Le bal est reparti.

Monsieur Trudeau, êtes-vous toujours aussi convaincu que c’est trop facile de réaliser ce genre de grands projets au Canada ? Poser la question, c’est y répondre.

Derrière ce constat, il y a tout un monde d’hypocrisie. Les groupes environnementaux les plus militants réclament sans cesse des processus plus rigoureux d’évaluation des projets. Mais au fond, quel est leur but ? Que tout projet d’exploration, d’exploitation ou de transport des produits pétroliers soit refusé.

Si n’importe quel projet est accepté, même après des mois d’analyse, cela devient une preuve que le processus d’évaluation était vicié. Un piège à con.

Justin Trudeau a joué ce jeu en promettant de « renforcer » les mécanismes d’évaluation. Cela aura fonctionné le temps d’une élection.