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Bande dessinée: dur dur d’être ado

<b><i>Les vacheries des nombrils tome 2</i></b><br>
Delaf et Dubuc<br>
Éd. Dupuis
Photo courtoisie Les vacheries des nombrils tome 2
Delaf et Dubuc
Éd. Dupuis

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Débutés en 2004 dans les pages du magazine québécois humoristique Safarir, Les Nombrils de Marc Delafontaine et Maryse Dubuc comptent aujourd’hui 10 albums déclinés en deux séries vendus à plus de 2,5 millions d’exemplaires dans toute la francophonie.

En 2005, le tandem présente une dizaine de gags à un éditeur de l’illustre structure éditoriale belge Dupuis, qui compte à son catalogue plusieurs séries mythiques, dont Spirou, Gaston Lagaffe, Gil Jourdan. À cette période, moult auteurs locaux commencent à percer ce marché. « Nous ne nous attendions pas à ce qu’il soit inspiré à ce point avec si peu de matériel », se remémore l’illustrateur Marc Delafontaine à l’autre bout du fil. « Maryse et moi doutions d’être en mesure de maintenir un réel intérêt passé ces histoires. » Le premier album paraît l’année suivante. L’humour vif, l’intelligence du récit, la pertinence du propos, et la grande beauté et la redoutable efficacité du dessin donneront raison à leur éditeur. Quinze ans plus tard, les tribulations du trio d’adolescentes composé de Jenny, Vicky et Karine ne cessent de gagner en profondeur et en popularité.

Revenir aux sources

Dans cet univers de papier où prévalent la superficialité, l’arrogance, la méchanceté et le nombre de « likes » sur Instagram, Les Nombrils convient les lecteurs et lectrices de tous âges à réfléchir sur des valeurs fondatrices, dont l’ouverture à l’autre et la tolérance. Au fil des huit tomes de la série principale, l’humour corrosif laisse place à l’émotion, au suspense. « En faisant évoluer la série, nous avons dû abandonner plusieurs intrigues. Au point où nous avions Maryse et moi envie de revenir aux sources de la série, au gag pur, mais aussi de renouer avec certains personnages, d’en raconter la genèse. » Question de remédier à la situation, ils proposent Les Vacheries des Nombrils, un retour à la période du premier album. Bien plus qu’un amuse-gueule entre deux albums de la série principale, Les Vacheries consolide et densifie brillamment la mythologie nombrilienne. C’est habité d’un réel bonheur que l’on retrouve comme de vieux amis longtemps perdus de vue les John John, Murphy et même Gabrielle, une figurante des premiers tomes davantage explorée ici.

Pari risqué

Ce choix de faire évoluer leurs personnages au fil du temps et des gags, contrairement à une série classique comme Gaston – qui a indéniablement bercé l’enfance de Delaf – était un pari risqué à plusieurs égards. Pourtant, il se dégage des Nombrils une modernité, une pertinence. Cette formidable série fait naître un sentiment d’attachement, à un point tel d’ailleurs que les lecteurs et lectrices de la première heure la font découvrir à leurs enfants.

Au moment où paraît le second chapitre des Vacheries des Nombrils arrive en ligne une série de capsules animées qu’il nous tarde de découvrir. Intitulées Salut les moches, elles mettront en vedette Vicky et Jenny dans les rôles de youtubeuses offrant des conseils beauté.

Au-delà d’un retentissant succès inédit dans l’univers de la bande dessinée québécoise, Delaf et Dubuc livrent une des meilleures séries des dernières décennies, qui rejoindra sans l’ombre d’un doute les classiques consacrés du panthéon franco-belge.

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<b><i>Zaroff</i></b><br>
Sylvain Runberg, François Miville-Deschênes<br>
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Sylvain Runberg, François Miville-Deschênes
Éd. Le Lombard

Publié en 1924, Les chasses du comte Zaroff de Richard Connell inspire une adaptation cinématographique huit ans plus tard qui marque les esprits. Il faudra attendre près d’un siècle avant que la bande dessinée s’y intéresse à son tour. Le tandem Runberg/Miville Deschênes imagine une suite au récit, qui nous plonge dans une terrifiante partie de chasse menée par un sanguinaire et excentrique comte russe. Magistralement mis en image par le dessinateur québécois de Reconquêtes François Miville- Deschênes, Zaroff nous plonge dans une haletante aventure, dont l’incandescente finale nous laisse espérer une suite.


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<b><i>Le projet shiatsung</i></b><br>
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Le projet shiatsung
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En guise de premier album, Brigitte Archambault nous offre une étonnante fable anxiogène qui n’est pas sans rappeler 1984 de Georges Orwell et La musique du hasard de Paul Auster. Une jeune femme vit seule dans un bungalow aseptisé et emmurée sous la gouverne d’un téléviseur de marque Shiatsung qui lui enseigne tout du monde extérieur. Porté par un saisissant graphisme près du pictogramme, le récit à glacer le sang nous place à la fois dans le rôle de victime d’une société consumériste déshumanisante et dans celui de voyeur. Des débuts fracassants d’une autrice qu’il nous tarde de lire à nouveau.


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Bootblack tome 1
Mikaël
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Après les cieux de Manhattan dans Giant, c’est dans les ruelles sombres et odorantes de la Grosse Pomme que nous convie l’auteur avec le premier volet enlevant du diptyque Bootblack. Fils de migrants allemands, le jeune Altenberg Ferguson se retrouve orphelin et jeté à la rue après l’incendie du nid familial. Pour survivre, il fait briller les chaussures des travailleurs de Wall Street à l’ère de la prohibition. L’artiste québécois poursuit sa passionnante exploration sociétale de l’Amérique d’entre deux guerres avec un aplomb graphique rare.