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L’Allier se livre dans ses mémoires

L’ancien maire de Québec revient sur ses années en politique et sur les impacts sur sa famille

Jean-Paul L’Allier en novembre 1996, à Québec.
Photo d’archives Jean-Paul L’Allier en novembre 1996, à Québec.

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Jean-Paul L’Allier a eu une vie bien remplie et épanouie, mais concilier la famille et la politique a été difficile, révèle l’ancien ministre et maire de Québec, qui se livre comme jamais dans ses mémoires inachevés, publiés trois ans après son décès.

Quelques années avant sa mort en janvier 2016, Jean-Paul L’Allier a entrepris de rassembler ses souvenirs et ses réflexions sur sa vie, ses engagements politiques, sa carrière, sa famille. C’est sa femme qui l’a incité à le faire. Maintenant veuve, Johanne Mongeau, aidée de l’historien et bibliothécaire Gilles Gallichan, a réuni ses mémoires ainsi que divers documents d’archives, dont sa dernière entrevue accordée à Radio-Canada, deux mois avant son décès.

L’historien Gilles Gallichan et la veuve de Jean-Paul L’Allier, 
Johanne Mongeau, se sont replongés dans les mémoires 
écrits par l’ancien maire de Québec et les ont réunis dans 
un livre, Le Relais, qui retrace la vie de l’homme politique. 
Il sera publié le 10 septembre.
Photo Simon Clark
L’historien Gilles Gallichan et la veuve de Jean-Paul L’Allier, Johanne Mongeau, se sont replongés dans les mémoires écrits par l’ancien maire de Québec et les ont réunis dans un livre, Le Relais, qui retrace la vie de l’homme politique. Il sera publié le 10 septembre.

Intitulé Le Relais, le livre qui en découle paraîtra le 10 septembre. Jean-Paul L’Allier s’y livre de façon franche. « Il s’ouvre dans ce livre-là comme il ne l’a jamais fait », souligne Johanne Mongeau, notamment sur sa famille.

<i>Le relais – Mémoires inachevés</i><br>
<i>Jean-Paul L’Allier</i><br>
Parution le 10 septembre, Éditions Septentrion
Photo courtoisie
Le relais – Mémoires inachevés
Jean-Paul L’Allier
Parution le 10 septembre, Éditions Septentrion

Après presque sept ans en politique provinciale et une défaite électorale en 1976, il a une conversation avec son fils Jean-Christophe, 11 ans. Le petit lui demande ce qu’il va faire après avoir perdu son emploi de député et de ministre. Quand il lui dit qu’il retournerait travailler comme avocat, Jean-Christophe rétorque : « Je ne savais pas que tu étais avocat. »

« Quand ton fils, après sept ans, ne sait pas qui tu es sur le plan professionnel parce que la politique a tout caché, la politique t’a empêché d’avoir cette communication, c’est un prix très élevé à payer », écrit L’Allier.

Dure défaite

« Après une défaite électorale, on retrouve ses enfants, mais on est devenu, d’une certaine façon, un étranger qui habite leur environnement. »

Affichette électorale du Rassemblement populaire en 1989. Pour le parti, c’était une nouvelle façon de faire campagne. (Collection privée)
Photo courtoisie
Affichette électorale du Rassemblement populaire en 1989. Pour le parti, c’était une nouvelle façon de faire campagne. (Collection privée)

Sa séparation d’avec sa première épouse, raconte-t-il, a été causée par l’éloignement imposé par la politique. « Pour les enfants, j’imagine que ç’a été assez dur. Je le regrette toujours parce qu’on se sent un peu coupable, mais en même temps, on ne peut rien y changer. »

La chute, en politique, peut être très dure, exprime-t-il. « Quand tu te fais battre, c’est comme débouler un escalier sur le dos. Ce n’est pas la même chose que marcher tranquillement jusqu’en bas. Au lendemain d’une défaite électorale, le téléphone ne sonne plus. C’est le silence, et seuls vos vrais amis, moins d’une dizaine de personnes, cherchent votre compagnie pour échanger sur ce qui s’est passé. » Sa famille n’a pas été épargnée lors de l’épisode de la prostitution juvénile, alors que de fausses rumeurs laissaient entendre que le maire ait pu être impliqué. « Cette histoire a été dure pour la famille. Cela dit, ça s’est cicatrisé maintenant. Les enfants sont assez vieux pour comprendre ce qui s’est passé. »

Campagne électorale provinciale de 1970. Guy Bélisle, au micro, et son épouse Jacqueline Nadon, assise à la droite de Robert Bourassa, ont fait une campagne intensive, à travers tout le comté de Deux-Montagnes, appuyant le candidat libéral, Me Jean-Paul L’Allier. (Collection privée)
Photo courtoisie
Campagne électorale provinciale de 1970. Guy Bélisle, au micro, et son épouse Jacqueline Nadon, assise à la droite de Robert Bourassa, ont fait une campagne intensive, à travers tout le comté de Deux-Montagnes, appuyant le candidat libéral, Me Jean-Paul L’Allier. (Collection privée)

Déraciné

Il raconte aussi comment il a été coupé de sa propre famille quand, comme plusieurs enfants des campagnes, il est devenu pensionnaire, car ses parents voulaient lui permettre de mener des études.

« Leurs sacrifices eurent cependant pour conséquence que la famille naturelle s’est finalement disloquée parce que nous sommes tous devenus pensionnaires. [...] Mes parents me visitaient le dimanche, m’apportaient des gâteries de la maison, mais ils étaient davantage mes pourvoyeurs que mes éducateurs, qui étaient mes professeurs. C’était comme cela pour tous mes amis. Nos racines se rempotaient ailleurs. »

Avec la délégation de l’Association internationale des maires francophones (AIMF) déambulant dans les rues de Québec, 1999.
Photo d'archives, Ville de Québec
Avec la délégation de l’Association internationale des maires francophones (AIMF) déambulant dans les rues de Québec, 1999.

Luttes et combats

De la crise d’Octobre aux chicanes de clocher entre les villes de l’agglomération de Québec, en passant par les relations tendues avec Ottawa et son engagement pour la culture, dans le style coloré qu’on lui connaît, l’ancien maire raconte ses souvenirs, ne manquant pas d’écorcher certaines personnalités comme la mairesse de Sainte-Foy Andrée Boucher ou le maire de Lévis Jean Garon.

Pour une rare fois, les quatre maires réunis dans la salle du conseil de l’hôtel de ville de Québec, lors des célébrations du 400e anniversaire, le 2 juillet 2008 : Jean Pelletier, Régis Labeaume, Gilles Lamontagne et Jean-Paul L’Allier. (Collection privée)
Photo courtoisie
Pour une rare fois, les quatre maires réunis dans la salle du conseil de l’hôtel de ville de Québec, lors des célébrations du 400e anniversaire, le 2 juillet 2008 : Jean Pelletier, Régis Labeaume, Gilles Lamontagne et Jean-Paul L’Allier. (Collection privée)

La plupart de ses notes ont été enregistrées, puis couchées sur papier par son adjointe. « C’est ce que je trouve bouleversant là-dedans, exprime Johanne Mongeau. C’est qu’on dirait qu’on est en train de lui parler, dans son bureau ou autour d’un verre de vin. C’est très vivant et très émouvant en même temps. »

« C’est un témoignage qu’il vaut la peine de rendre public parce que Jean-Paul L’Allier a eu un rôle important dans l’histoire du Québec et de la ville de Québec », soutient Gilles Gallichan.


► Jean-Paul L’Allier

Rassemblement de victoire à l’hôtel Holiday Inn du centre-ville de Québec.
Photo Jules Rochon
Rassemblement de victoire à l’hôtel Holiday Inn du centre-ville de Québec.

 

  • Né à Hudson, le 12 août 1938, et décédé à Québec, le 5 janvier 2016, à l’âge de 77 ans
  • Fils du boulanger Paul L’Allier et de Georgette Duquette
  • A passé son enfance à Mirabel
  • Avocat
  • Député libéral de Deux-Montagnes, de 1970 à 1976
  • Ministre de la Fonction publique, de 1970 à 1972
  • Ministre des Affaires culturelles, de 1975 à 1976
  • Délégué général du Québec à Bruxelles, de 1981 à 1984
  • Maire de Québec, de 1989 à 2005

Un style franc et coloré

Cérémonie de remise des insignes de l’Ordre national du Québec par le premier ministre du Québec, Jean Charest, à l’hôtel du Parlement de Québec le 23 juin 2004. Marie Laberge, une amie de longue date, recevait également cette haute distinction, le même jour.
Photo Daniel Lessard
Cérémonie de remise des insignes de l’Ordre national du Québec par le premier ministre du Québec, Jean Charest, à l’hôtel du Parlement de Québec le 23 juin 2004. Marie Laberge, une amie de longue date, recevait également cette haute distinction, le même jour.

L’ancien maire de Québec avait un style combatif et le sens de la formule. Il parsème ses mémoires de réflexions sur divers sujets. En voici quelques extraits.

Sur les fausses rumeurs de prostitution juvénile

« Le chauffeur d’autobus de mes enfants écoutait André Arthur qui faisait toujours des insinuations. André Arthur, c’est un gars extrêmement intelligent, il sait faire du journalisme, mais il peut se faire vicieux, c’est son choix, mais je ne répondais jamais à Arthur, jamais, jamais, jamais, jamais. Le chauffeur d’autobus écoutait ça parce que c’était du croustillant, puis mes enfants n’aimaient pas entendre ça quand ils prenaient l’autobus. »

Sur Andrée P. Boucher

Jean-Paul L’Allier et la mairesse de Sainte-Foy Andrée P. Boucher en avril 2000.
Photo d’archives
Jean-Paul L’Allier et la mairesse de Sainte-Foy Andrée P. Boucher en avril 2000.

« Avec madame Boucher, si vous creusez la documentation, vous allez trouver qu’on était en désaccord sur beaucoup, beaucoup de sujets, mais que personnellement, on avait une bonne relation. On ne se criait pas de noms. Elle ne m’appelait pas Louis XIV et moi, je ne l’ai jamais appelée la sorcière de Salem. Cette relation-là nous a aidés à être en désaccord poliment et à respecter la personne. »

Sur les Nordiques

« Quand est arrivée l’affaire de la vente des Nordiques, j’ai écrit à tous les maires de la région, rive nord, rive sud, en leur disant : “Pourrait-on se mettre ensemble, faire en sorte que le Colisée devienne une propriété de toute la grande région, qu’il soit rénové, qu’on sauve ensemble cette activité sportive ?” J’ai reçu un seul appui. Le maire de Pintendre m’a écrit en disant : “Moi, je suis un amateur de hockey et je suis prêt à collaborer. On va sauver le Colisée.” Ce n’était pas assez, Pintendre et Québec, on ne faisait pas le poids. Tous les autres ont dit : “Allez vous faire foutre !” »

Sur les fusions

« Les maires des villes de la Communauté urbaine se sont entendus pour récupérer chacun ce qui représentait une somme d’à peu près 4500 $ [d’un surplus régional dégagé de la candidature aux Jeux olympiques, NDLR]. Je trouvais ça mesquin, c’était l’occasion de créer un fonds collectif pour développer et faire la promotion du sport dans la région. Ce fut le déclic pour dire qu’on ne pouvait pas développer la région avec des mentalités comme celle-là. Je pense qu’à ce moment-là, j’ai pris la décision d’aller de l’avant avec les fusions. »

Sur la crise d’Octobre

« Au moment de la crise d’Octobre, on ne savait rien, on ne voyait rien, mais on devait décider et on l’a fait “en bon père de famille” sur la base des informations policières qui nous étaient présentées. Il fallait revenir aux affaires courantes de nos ministères, ce que chacun a fait, essayant d’oublier la très mauvaise et très désagréable impression que m’a laissée cet épisode de ma vie politique. »

Sur la capitale et les gouvernements

« La capitale n’a pas été traitée justement par les gouvernements qui se sont succédé à Québec. Le gouvernement fédéral nous a carrément toujours mis de côté comme capitale. Ça ne veut pas dire qu’il ne s’est pas occupé de certaines de ses choses à lui, mais ça a toujours été la croix et la bannière avec le gouvernement fédéral libéral. »