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«Peu importe notre condition, on peut accomplir de grandes choses»

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Photo Agence QMI, Steve Madden Portrait de Maxime Drolet-Gauthier. Pour la section témoignage du dimanche, ce jeune homme quadraplégique nous raconte comment il se prépare en vue de réaliser le marathon de Montréal en chaise roulante et comment il relève de nombreux défis au quotidien depuis son accident, a Montréal, mardi le 13 aout 2019. Sur la photo: Maxime Drolet-Gauthier STEVE MADDEN/AGENCE QMI

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Le jour où on lui a annoncé qu’il ne marcherait plus jamais, Maxime Drolet-Gauthier avait deux options devant lui : s’apitoyer sur son sort ou mordre dans la vie. Six ans après son accident de voiture, il s’apprête à participer au marathon de Montréal.  

«Quand je pense qu’au début, je faisais à peine 10 mètres sur ma chaise, je me dis que tout est possible pourvu d’y mettre les efforts», explique l’athlète tétraplégique de 25 ans qui s’entraîne plusieurs kilomètres par jour en vue de son épreuve de 42,2 km le 22 septembre prochain. 

Maxime revient de loin. Le 17 août 2013, le jeune homme faisait partie d’un petit groupe qui était à bord d’une voiture filant à 120 km/h sur l’autoroute en direction d’Ottawa. À la hauteur de Hawkesbury, ils ont remarqué que le conducteur du véhicule à leur droite s’était endormi. Pire, le bolide déviait vers eux. En donnant un coup de volant pour l’éviter, son ami a perdu le contrôle de la voiture, qui a fait huit tonneaux. Le choc fut si brutal que quatre des cinq personnes à bord ont été éjectées. Les autres en ont été quittes pour des blessures mineures, mais pas Maxime.  

«Quand j’ai repris connaissance, j’étais étendu sur le gazon. J’entendais crier autour de moi. Quand j’ai essayé de me lever, je ne sentais plus mon corps.»  

Maxime s’est réveillé une semaine plus tard à l’hôpital du Sacré-Cœur, complètement paralysé et maintenu en vie grâce à un respirateur artificiel. L’accident avait provoqué une fracture des cervicales 6 et 7 qui a affecté sa moelle épinière. Les médecins lui ont annoncé qu’il ne marcherait plus jamais. «Ça s’est bousculé dans mon esprit. J’avais seulement 19 ans. J’avais peur de ne plus jamais pouvoir jouer au hockey, avoir une blonde ou mener une vie normale.»  

Lente réadaptation  

 Les médecins ont expliqué à Maxime que les six premiers mois de réadaptation étaient décisifs pour retrouver un maximum de fonctions motrices. Le jeune homme a mis les bouchées doubles pour obtenir des résultats, tout en étant suivi par un physiothérapeute, un kinésiologue et un ergothérapeute.  

Au bout de 4 mois, ses épaules bougeaient un peu. Mais les semaines passaient, et les probabilités de pouvoir marcher à nouveau se réduisaient comme peau de chagrin. «Je voyais les autres patients faire des progrès et retourner à leur routine, tandis que j’étais cloué sur mon lit, incapable d’accomplir le moindre geste seul. C’était très frustrant. J’ai dû faire plusieurs deuils sur ma vie d’avant, mais je suis une personne fondamentalement positive. C’était arrivé, point. Il fallait continuer à avancer.»  

Après treize mois de réadaptation intensive, Maxime parvenait à bouger suffisamment les épaules et les bras pour se déplacer en fauteuil roulant et avait la force nécessaire pour se transférer de son fauteuil à un autre endroit comme son lit ou son bain.  

Fin août 2014, soit une semaine après sa sortie du centre de réadaptation, il retournait au cégep pour finir son DEC, ce qu’il a accompli en un an et demi, non sans difficulté. «Tout était plus long. Un travail qui me demandait 10 heures à l’ordinateur m’en prenait 30. Mais pour moi, il n’était pas question d’abandonner.»  

Son rapport au temps avait changé. Le regard des autres aussi. «C’est évident que j’attirais les regards, mais en même temps, tu réalises que les gens sont bienveillants. Ils sont souvent prêts à proposer leur aide.»  

Une vie active  

À la même époque, Maxime s’est fait approcher pour jouer au rugby dans une équipe de parathlètes. «Au départ, j’étais mal à l’aise de me retrouver parmi d’autres personnes en fauteuil roulant. Ça me ramenait toujours à ma condition. Progressivement, j’y ai pris goût», raconte celui qui fait maintenant partie de l’équipe du Québec de rugby paralympique.  

En août 2016, Maxime a commencé des études au HEC Montréal. Le jeune homme rêve de se lancer en affaires avec son frère jumeau Simon et son grand ami Mathieu Giroux. Le trio a déjà un projet en chantier : bâtir un chalet destiné aux personnes à mobilité réduite dans Lanaudière. «On veut rendre la nature plus accessible à ces personnes-là. En fait, partout où vous allez à Montréal ou au Québec, il y a très peu d’endroits adaptés à des gens comme moi.»  

C’est l’une des raisons pour lesquelles Maxime a créé la fondation Neuro-Concept en 2017. L’organisme à but non lucratif milite en faveur de lieux publics plus accessibles pour les personnes à mobilité réduite et souhaite amasser des fonds pour offrir à cette clientèle des soins spécialisés. «Ma famille a dû débourser 35 000 $ sur cinq ans pour assurer ma progression. Je suis conscient que ce ne sont pas toutes les personnes qui bénéficient d’un tel soutien.»  

Heureux malgré tout  

Depuis deux ans, Maxime vit avec son frère dans un logement adapté à LaSalle où il peut presque tout accomplir seul. Lorsqu’il n’est pas occupé avec sa fondation ou ses entraînements, le jeune homme file le parfait bonheur avec Katherine, une infirmière qu’il a rencontrée il y a trois ans et demi. «Elle est tombée en amour avec moi, pas avec mon physique.»  

Le fait d’avoir trouvé l’amour malgré sa condition lui a injecté une grande dose de confiance. «Au lieu de voir les limites, elle pense à des solutions. J’ai trouvé une personne fonceuse que rien n’arrête. Elle m’a initié à la motoneige, et on est allé à Las Vegas récemment. C’est une femme incroyable.»  

Alors qu’arrive à grands pas la date du marathon de Montréal, Maxime réalise tout le trajet qu’il a parcouru depuis le jour de l’accident. Il espère que son exemple en inspirera d’autres comme lui à relever la tête.  

«Peu importe notre condition, on peut accomplir de grandes choses.»  

Faire le marathon pour la cause  

En participant au marathon de Montréal, Maxime Drolet-Gauthier s’est fixé comme objectif de récolter 10 000 $ pour sa fondation. L’argent servira essentiellement à payer les coûts d’une réadaptation intensive dans un centre spécialisé pour trois personnes à mobilité réduite sur une période de 90 jours. «On est toujours à la recherche de dons et de commanditaires», indique l’athlète.  

Maxime ne sera pas seul sur la ligne de départ, il peut compter sur son frère Simon et leur copain Mathieu Giroux. Depuis cinq mois, le trio s’entraîne régulièrement ensemble et Maxime s’exerce à raison de six jours par semaine dans son quartier. «J’espère bien compléter le marathon en 4 h 15, mais l’essentiel, c’est d’envoyer un message d’espoir aux personnes à mobilité réduite.»  

Il est possible d’appuyer Maxime et ses amis via la page Facebook de la Fondation Neuro-Concept.