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Sous les beaux paysages

<b><i>La vie  au-dehors</i></b><br>
Geneviève Boudreau<br>
Boréal<br>
168 pages
Photo courtoisie La vie au-dehors
Geneviève Boudreau
Boréal
168 pages

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La campagne est souvent associée à des images bucoliques. Sous la plume de Geneviève Boudreau, elle se fait plutôt cruelle, et c’est décrit avec grande finesse.

Vingt-huit nouvelles composent La vie au-dehors et, si les thèmes y sont diversifiés, un ton particulier lie chacune d’entre elles : que l’implacable rôde, que tout peut déraper.

Geneviève Boudreau est d’abord poète, déjà auteure de quatre recueils de poésie. Elle sait donc manier les mots, donner vie aux images, révéler l’imperceptible et faire parler le silence. C’est justement ce qui séduit dans sa première incursion dans le monde de la nouvelle.

On est donc à la campagne et celle-ci est décrite sans concession, comme le fait voir la série de « Portraits » qui ponctuent le livre. Une grange, par exemple, devient « une bâtisse aussi grise que novembre, imposante, un colosse momifié sur le sol ». Ou parlant d’un village : « Lorsqu’on s’y arrête l’hiver, le village est une bête couchée qui a froid [...]. »

Dilemme

Dans ces lieux, de vrais drames se vivent, tirés d’un monde qui a ses lois. À cet égard, l’une des nouvelles les plus troublantes du livre, « La mort t’avait paru facile », met en lumière le dilemme d’un jeune garçon de 15 ans qui doit tuer un raton laveur pris dans un piège. Suffit de laisser tomber la hache...

De même, la nouvelle « La clé de la Barbe bleue » fait état de la confrontation entre un producteur et son taureau. Un instant d’inattention et c’en est fait de l’homme, même s’il a toujours pris soin de la bête.

Avec délicatesse, Geneviève Boudreau soulève aussi des enjeux incontournables du travail sur une ferme, comme la solitude ou la difficulté de réserver du temps à la famille. Ou la catastrophe économique que représente une épidémie qui fait tomber le marché...

À quoi s’ajoute la cruauté des rapports humains, miroir des rapports sans états d’âme qu’ont entre elles les bêtes. Sans éclats, sans épanchement, on se jalouse et on se déteste dans bien des histoires racontées. On meurt aussi, et on tue.

Ou on pratique un détachement presque pathologique – comme cette enfant qui veut imiter ses grands frères, tourmenteurs de petits animaux. Ou ce cultivateur, qui court après un veau qui s’est sauvé : rien de mignon ici, ça finira durement.

Les nouvelles sont courtes – la plus longue ne fait pas dix pages. Mais chacune concentre suffisamment de fines observations pour que chaque fois, tout un monde s’y déploie.

La nature est d’ailleurs décrite de telle manière qu’on la ressent physiquement : chaussures qui s’enfoncent dans le sol, humidité d’un tronc qui mouille les fesses, arbres courbés comme des vieillards, épaisseur tranquille de la lumière...

C’est toute cette beauté qu’on retient de la lecture, beau paradoxe d’un livre qui veut remplacer la joliesse de la vie à la campagne pour lui rendre sa froide réalité. Marquant et saisissant.