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Un deuil difficile

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La publication des mémoires inachevés de Jean-Paul L’Allier aurait pu représenter une forme d’exutoire pour sa femme et grande complice, Johanne Mongeau. Le vide immense causé par son départ subit, toutefois, persiste.

« Oh, je pense qu’il n’y aura pas d’exutoire avant un grand bout de temps, soupire la veuve de M. L’Allier. Je pense que ce n’est même pas ça qui va tourner la page [...] Je ne sais pas qu’est-ce qu’il va me falloir... »

Devant ce projet de parution tant souhaité de sa part, beaucoup de gens de son entourage parlent à Mme Mongeau de cette opportunité de passer à un autre chapitre de sa vie. « Je n’en reviens pas encore qu’il ne soit pas là. J’en reviens pas ! Il y a des matins où je me lève, je regarde autour et je me dis : c’est beau ici, mais Jean-Paul n’est pas là. Et s’il était là, je ne serais pas ici. »

Assise à la table de cuisine de sa nouvelle demeure, Johanne Mongeau se livre de façon très franche et sincère. On sent bien toute la douleur qui l’afflige encore.

Sur la terrasse Dufferin en 1956. C’est lors de cet été passé à la Citadelle qu’il tomba amoureux de Québec, se promettant de venir y vivre un jour. (Collection privée)
Photo courtoisie
Sur la terrasse Dufferin en 1956. C’est lors de cet été passé à la Citadelle qu’il tomba amoureux de Québec, se promettant de venir y vivre un jour. (Collection privée)

Nouveau domicile

L’un des premiers gestes qu’elle a envisagés fut de mettre la maison en vente. « C’était beaucoup trop grand pour moi toute seule, trop d’entretien », dit-elle en nous accueillant dans son nouvel environnement, son adorable chienne Olive sur les talons. L’un des fils du couple a nouvellement acquis la maison qu’habitaient ses parents à l’île d’Orléans. « Au début, il m’avait dit qu’il l’aurait achetée dans 10 ans, mais moi, je ne pouvais pas attendre ». Puis, son fils et sa conjointe, parents de deux enfants, ont appris qu’ils auraient aussi des jumeaux. Les choses se sont précipitées, et Mme Mongeau en est bien heureuse. « Des fois, je berce un bébé dans la chambre, c’est dans l’ancien bureau de Jean-Paul, et j’ai le réflexe de regarder tout autour et de penser à lui, de le revoir dans son bureau. »

Rassemblement de victoire à l’hôtel Holiday Inn du centre-ville de Québec.
Photo Jules Rochon
Rassemblement de victoire à l’hôtel Holiday Inn du centre-ville de Québec.

« Chateaubriand disait que l’âme des anciens veille sur l’avenir des enfants », glisse avec tact, à ses côtés, l’historien Gilles Gallichan. Mme Mongeau a fait appel à cet ancien voisin et personne de confiance pour l’aider en vue de la publication des mémoires. On sent bien la complicité qui les a unis au fil de ce travail singulier.

Pas de vacances

Quoi qu’il en soit, cet été, Mme Mongeau n’avait pas de projets de vacances, pour la première fois de sa vie. « Je ne savais pas où aller et rien ne me tentait. Alors, j’ai dit : je vais rester ici et travailler », dit celle qui œuvre aux communications du Salon international du livre de Québec depuis de nombreuses années.

Chaque automne, cette sportive gravit une montagne. Un projet de se rendre en Iran est toutefois tombé à l’eau, vu le contexte peu sécuritaire. Elle se reprendra, dit-elle, l’œil pétillant, et Jean-Paul ne sera pas inquiet comme il l’était quand elle partait pour l’une de ces randonnées. D’ici là, sa famille, ses enfants et petits-enfants, son travail comblent son quotidien. « Je ne m’ennuie pas dans la vie, mais il y a toujours cet immense vide qui n’est pas comblé. Et je ne vois pas de quelle façon je vais le combler. » Pas question de se lancer dans les projections, « car on ne sait pas, souffle-t-elle, ce qui nous attend dans la vie... »