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#MoiAussi: «j’ai commis des fautes et j’assume», reconnaît Gilles Parent

Après une traversée du désert de deux ans, Gilles Parent souhaite «boucler la boucle» et être pardonné

Gilles Parent
Simon Clark/Agence QMI

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Deux ans après que des femmes aient dénoncé son comportement inapproprié, Gilles Parent espère pouvoir être pardonné et reprendre une vie plus normale.  

«Ce n’est pas moi qui décide, moi tout ce que je peux faire, c’est de travailler sur moi, et la dernière année en a été une autre importante pour avancer», dit-il, soucieux de témoigner de sa bonne foi et de son cheminement.    

En octobre 2017, l’animateur vedette a été emporté par la vague de dénonciations dans la foulée du phénomène #MoiAussi. Cinq femmes avec qui il a travaillé avaient alors dénoncé certains de ses agissements dans les pages du Journal, ce qui avait brusquement mis fin à sa carrière radiophonique en plus de causer une onde de choc dans la capitale.   

Gilles Parent compte 39 ans de carrière comme animateur de radio. Si le public le lui permet, il souhaiterait retourner derrière un micro.
Photo d'archives
Gilles Parent compte 39 ans de carrière comme animateur de radio. Si le public le lui permet, il souhaiterait retourner derrière un micro.

L’idée d’accorder, deux ans plus tard, une entrevue au Journal ayant publié l’affaire peut surprendre, convient Gilles Parent. «Mais je trouve que ça démontre bien le cheminement que je fais, dit-il. Sans dire que ça boucle la boucle, c’est significatif, car dans tout mon processus, mes démarches, cette entrevue-là me permet de libérer quelque chose.»    

ÉCOUTEZ l’entrevue de la chroniqueuse au Journal de Québec, Karine Gagnon, sur QUB radio:  

«Inacceptables»  

Celui qui compte 39 ans de carrière comme animateur de radio sait bien qu’il ne refera pas le passé.   

Gilles Parent
Simon Clark/Agence QMI

«Je sais que j’ai eu des comportements qui étaient inacceptables, d’ailleurs je l’ai reconnu, je le reconnais encore, et je m’excuse encore si je ne l’ai pas assez fait. J’ai commis des fautes, et je sais que ça a blessé des femmes, que ça leur a causé du tort, et j’assume.»    

Son comportement devait être dénoncé, estime-t-il deux ans plus tard.   

Gilles Parent
Simon Clark/Agence QMI

«Il fallait que ça sorte, que ça soit dénoncé. Ça a été fait, ça aussi j’assume. Maintenant, je souhaite pouvoir être pardonné un jour.»    

Depuis deux ans, Gilles Parent consulte une psychologue qui continue de l’aider énormément, et qui lui a fait prendre conscience de bien des aspects de sa personnalité. Il l’a déjà dit, il avait la grosse tête. La dénonciation de certains comportements l’a ramené sur terre. 

Gilles Parent
Simon Clark/Agence QMI

Puis il a lu, beaucoup, pour s’inspirer et comprendre, et s’est mis à la marche. «Ça peut paraître bizarre, mais toutes les démarches que je fais, je les fais d’abord pour moi, pour être une meilleure personne, mais c’est plus large que ça. C’est pour cheminer, avancer et réussir à progresser, et c’est majeur pour moi.»    

Plus de recul 

À sa première sortie publique, l’an dernier, il avait cheminé, mais pas encore assez, évalue celui qui aura bientôt 60 ans. Prendre conscience de ses agissements, aller au-delà du choc et de la peine qu’il a infligée à ses proches, ça nécessitait plus de temps et de recul encore.   

Gilles Parent
Simon Clark/Agence QMI

  «La psy m’a dit: voyons voir comment tu peux changer tes comportements, et surtout voyons ce que tu peux faire, maintenant que tu as fait du tort à des gens, que tu as admis que tu le regrettais amèrement, ce qui est mon cas et que je m’excuse encore. Mais une fois qu’on a fait ça, on ne peut pas se flageller toute la vie.»    

Élan collectif  

Les gestes qui sont reprochés à Gilles Parent ont été dévoilés dans la foulée de #MoiAussi, vaste mouvement qui a permis de dénoncer de nombreux scandales à caractère sexuel. «Un éveil collectif nécessaire», dit-il.   

Gilles Parent
Simon Clark/Agence QMI

Sans rien vouloir minimiser, ça lui fait tout de même mal de penser qu’il ait pu être associé à des gens qui ont commis des viols, des abus sur des enfants et de la violence. « Il n’y a pas de petite ou de grande victime, dit-il, mais dans les accusations, dans la lourdeur... Je n’ai pas à juger de ça, mais j’espère juste qu’il y aura une nuance », souligne-t-il.    

Depuis toujours, Gilles Parent a été entouré de femmes fortes, intelligentes et féministes. Il pense notamment à sa mère «qui a été une guide exceptionnelle pour lui», et à sa conjointe des 22 dernières années.    

Aussi s’en veut-il, dans le contexte de ce mouvement social indispensable, qu’a représenté le #MoiAussi, d’avoir fait partie du problème au lieu de la solution. «Alors je me dis qu’il y a encore pour moi l’opportunité de mieux comprendre, mais surtout, d’avoir changé pour vrai.»    

Respecter la bulle 

Ses relations avec les autres ont notamment changé. Il a appris à respecter la bulle des autres, et à être plus à l’écoute des gens, ce qui vaut bien entendu aussi pour ses proches.   

Gilles Parent
Simon Clark/Agence QMI

Quand il évoque sa famille, sa conjointe et ses trois fils, ses frères et sœurs, et surtout Réal dont il est très proche, Gilles Parent devient très ému.    

On le sent profondément sincère. «Je veux qu’ils soient fiers de mes démarches, je ne voudrais pas qu’ils aient honte de dire: je suis le fils ou la blonde de Gilles Parent.»    

Il pense notamment à ses garçons, dont il souhaite regagner la pleine confiance. « La première chose qu’on leur apprend, c’est de respecter les femmes, et moi j’ai failli là-dessus, pas tout le temps, pas toute ma vie, mais j’ai failli à certains moments. »   

Gilles Parent
Simon Clark/Agence QMI

L’animateur s’en veut d’avoir ébranlé la confiance du public. En revanche, il remercie tous ceux qui ont exprimé envers lui une certaine bienveillance, depuis deux ans. Ceux qui savent faire la part des choses et ne voient pas en lui que ces gestes inconvenants. Que ce soient ses proches, ou des gens du public, d’ex-collègues ou des journalistes qu’il a côtoyés.    

Pour certains, il n’a pas assez payé ; pour d’autres oui. Dans le cercle familial et d’amis de Gilles Parent, tous se sont rapprochés, jusqu’à son ex-femme, mère de ses deux premiers fils. Ça aurait pu au contraire briser tous les liens.    

«Je me dis qu’eux aussi voient ce qu’il y a de bon en lui», témoigne celle qui partage sa vie depuis 22 ans. «Il y a des choses qui sont inacceptables, et s’il avait traversé de ce côté, je serais partie» [...], dit celle qui a senti non pas des regrets, de la part de son conjoint, mais des remords profonds par rapport à ce qu’il avait fait.    

 

Pour Catherine Bachand

L'animatrice Catherine Bachand
Photo courtoisie
L'animatrice Catherine Bachand

L’un des aspects qui a fait le plus mal à Gilles Parent lors des dénonciations le concernant, ce fut d’apprendre que sa comparse pendant 12 ans, l’animatrice Catherine Bachand, avait elle aussi souffert d’un geste qu’il avait posé à son endroit. Cette dernière a raconté en ondes que ce dernier lui avait touché un sein alors qu’elle était enceinte de son premier enfant, et l’avait autorisé à lui toucher le ventre, parce que son bébé bougeait. Il regrette profondément son geste, dont il n’avait pas réalisé la gravité à l’époque, mais surtout souhaiterait plus que tout qu’elle lui pardonne. «On a été très proches, même avec nos familles, et j’espère un jour pouvoir réparer ça», dit-il, ajoutant qu’il aimerait beaucoup avoir la chance de lui formuler ses excuses en personne.   

Retour souhaité    

S’il n’a pas de plan précis pour un éventuel retour à la radio, Gilles Parent ne s’en cache pas: si le public lui donne cette chance, il aimerait retrouver son micro un jour. «J’y vais par étapes, et je pense qu’il faut que je mérite ma place», dit-il, ajoutant que ce sera au public de décider.